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Un coeur en bonne santé à 50 ans réduit le risque de démence

Selon une étude française, avoir une bonne hygiène de vie pour prendre soin de son coeur et de ses artères permet aussi de préserver son cerveau.  

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Un coeur en bonne santé à 50 ans réduit le risque de démence
Un coeur en bonne santé à 50 ans réduit le risque de démence ©Fotolia

Aujourd’hui, dans le monde, 50 millions de personnes sont atteintes de démence. Elles seront 82 millions en 2030, puis 152 millions en 2050 d’après l’OMS. Prévenir ces pathologies, dont la maladie d’Alzheimer, est donc un enjeu de santé publique majeur. Bonne nouvelle : la prévention semble fonctionner.

Une étude, publiée jeudi 8 août dans le British Medical Journal, montre qu’adopter un mode de vie sain, qui protège des maladies cardiovasculaires, permet aussi de préserver la santé du cerveau. "La grande nouveauté c’est que nous nous sommes intéressés à des personnes jeunes, de 50 ans", souligne Archana Singh-Manoux, directeur de recherche à l’Inserm.

Un score sur 14 points

Son équipe, dirigée également par Séverine Sabia, s’est appuyée sur un score de santé, le Life’s Simple 7, créé en 2010 par l’Association américaine de cardiologie (AHA). Celui-ci s’appuie sur 7 paramètres identifiés comme les plus importants pour soigner son cœur et ses artères : le tabagisme, le régime alimentaire, l’activité physique, l’indice de masse corporelle (IMC), la glycémie, le taux de cholestérol et la tension artérielle.

Si vous réalisez ce test, accessible gratuitement sur le site de l’AHA, vous devrez doter chaque paramètre d’une note de 0 (niveau à risque), 1 (niveau intermédiaire) ou 2 (niveau optimal). L’outil permet ainsi de calculer un score de 0 à 14. Il reflète le niveau de protection vis-à-vis des maladies cardiovasculaires.

"L’effet protecteur est évident !" 

Conclusion de l’étude : pour chaque point gagné sur ce score, le risque d’atteinte cérébrale diminue de 11 %. Autrement dit, il n’y a pas de petite victoire. Chaque effort est payant.

Les chercheurs de l’équipe EpiAgeing de l’Inserm ont fait leurs calculs sur près de 7 900 fonctionnaires britanniques de la cohorte Whitehall. Tous avaient 50 ans. Après 25 ans de suivi environ, 347 cas de démences ont été enregistrés.

Par rapport au groupe ayant un niveau de santé cardiovasculaire faible (score de 0 à 6), les individus ayant un niveau intermédiaire (score de 7 à 11) et ceux ayant un niveau optimal (12 à 14) avaient un niveau de risque de démence abaissé respectivement de 39 % et 43 %, détaille Le Monde dans un article.

"L’effet protecteur est évident !" assène Archana Singh-Manoux. "Cela signifie qu’il faut commencer à s’intéresser à la santé du cerveau bien avant l’apparition des premiers symptômes de démence." Un état de santé qui dépend beaucoup de son hygiène de vie. "Mais quels sont les mécanismes ? Nous n’avons pas encore de réponse..."

Maladie d'Alzheimer : "Attention à ne pas tout mettre dans le même sac"

Le rapprochement avec la maladie d’Alzheimer est tentant. Alors, est-elle liée à l’état du cœur et des artères ? "Attention à ne pas tout mettre dans le même sac", prévient le Pr Bruno Dubois, neurologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. "L’apparition de la maladie d’Alzheimer n’est pas due à des facteurs cardiovasculaires", ni à une hygiène de vie particulière.

Les lésions dégénératives liées à cette maladie apparaissent près de 15 ans avant les premiers symptômes de démence. "Mais le cerveau est capable de compenser ces lésions, de lutter pendant un certain nombre d’années", explique le spécialiste.

Avec une bonne santé cardiovasculaire, et donc une bonne oxygénation du cerveau, "l’expression des lésions de la maladie sera retardée". En clair, le cerveau aura plus de force pour compenser plus longtemps. "L’impact est donc indirect", tient à préciser le Pr Dubois.

Une nouvelle vision de la prévention

L’année dernière, une autre équipe de l’Inserm dirigée par Cécilia Samieri avait publié dans le Journal of the American Medical Association une étude comparable (10 000 Français de 65 ans ont été suivi pendant 15 ans). Dans ce cas, les chercheurs avaient noté une baisse de risque de 10 % par point supplémentaire au score Life’s Simple 7.

Pour Célia Samieri, ces études "sont intéressantes d’un point de vue de santé publique." La prévention dans le domaine de la santé a jusqu’ici ciblé les dangers, souligné les facteurs de risques. En attestent les messages présents sur les paquets de cigarettes : "Fumer bouche les artères et provoque des crises cardiaques et des attaques cérébrales" par exemple.

"Ici nous pouvons raisonner à l’inverse !" indique la chercheuse. "Nous montrons que cumuler les bons comportements diminue les risques. C’est plus incitatif."

Le calendrier de prévention pourrait donc changer. Plutôt que d’inciter la population à éviter de développer des maladies en réduisant les facteurs de risque existants, il pourrait se dessiner une stratégie de prévention plus en amont, dite "primordiale." Les acteurs de la santé publique pourraient s’attacher à prévenir l’apparition de ces facteurs de risques.

Pour Célia Samieri cela ne fait aucun doute : "La piste est prometteuse."  

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