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Sida : le Truvada® tient ses promesses

Le Truvada® diminuerait de 86% les risques d'être infecté par le sida lors d'un rapport homosexuel à risque. Dévoilés le 24 janvier, les résultats de l'essai Ipergay démontrent largement l'efficacité de ce traitement préventif, alimentant tous les espoirs dans la lutte contre le VIH.

Rédigé le , mis à jour le

Image : Comprimés de Truvada® (cc-by-sa Jeffrey Beall) - Vidéo : entretien avec Vincent Pelletier, directeur général AIDES

Un grand pas vient d'être franchi dans la lutte contre le sida. Le traitement antirétroviral Truvada® "à la demande" a définitivement prouvé son efficacité, réduisant de 86% le risque d'infection par le VIH. Ces résultats, présentés le 24 février lors de la 22e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, sont le fruit de l'essai Ipergay. L'histoire commence en 2012 où un groupe de 414 hommes homosexuels volontaires, a été étudié. La moitié du groupe devait prendre du Truvada® avant et après un rapport sexuel à risque, tandis que l'autre prenait un placebo. Ni les médecins, ni les participants n'étaient au courant de la composition du médicament administré. La répartition a été tirée au sort.

Comment agit le Truvada® ?

Le Truvada® est un traitement antirétroviral destiné à réduire les risques d'infections lors d'une exposition virale. Il associe deux molécules : ténofovir et emtricitabine. "Ce médicament, une fois absorbé, va se diffuser en quelques heures dans la salive, dans le sang, les tissus de l'anus", avait précisé le Pr Molina au Magazine de la Santé en 2014. "Lorsque le virus va essayer de pénétrer dans l'organisme au niveau de ses muqueuses, il va se heurter à la barrière médicamenteuse, ne pourra plus infecter la personne". Le Truvada® bloque ainsi la réplication du virus dans l'organisme. Il peut être pris jusqu'à 48 heures après un rapport à risque et 24 heures avant.

Chacun des groupes était accompagné par des mesures de prévention comme la distribution de préservatifs, de tests de dépistage ainsi qu'une vaccination contre certaines infections sexuellement transmissibles, comme l'hépatite B.

Deux ans plus tard, le secret a été levé sur les dossiers des participants. Parmi les 414 hommes, seize ont contracté le VIH durant l'essai, quatorze faisaient partie du groupe placebo et deux du groupe qui avait reçu le Truvada®. Les deux personnes contaminées dans le groupe Truvada® avaient arrêté leur traitement "plusieurs semaines avant la survenue de l'infection". L'efficacité du traitement a donc pu être évaluée à 86% de réduction des risques infectieux. Les chercheurs précisent néanmoins que, compte tenu de la marge d'erreur, la réduction des risques doit être estimée entre 40 et 99%.

Un travail collaboratif

Malgré tout, ces conclusions restent au delà de tout espoir, sachant que la majorité des participants ne se protégeaient pas systématiquement. 34% d'entre eux ont d'ailleurs contracté une autre infection sexuellement transmissible pendant l'essai. Les hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes sont les plus exposés au VIH, en France et dans le monde. Ils représentent 43% des nouvelles infections chaque année. Les chercheurs précisent que le Truvada® "n'a pas engendré d'effets secondaires graves". Seules des douleurs abdominales et des nausées ont été observées.

L'essai Ipergay est le fruit d'un travail collaboratif entre milieu associatif et centre de recherche. Pour le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de recherche à l'Agence Nationale de Recherche sur le sida et les hépatites virales, instigatrice de l'essai, ce succès est aussi celui d'un partenariat "avec l'association AIDES d'une part, qui a construit avec nous le protocole de recherche, en a co-assuré le suivi et a joué un rôle majeur dans le recrutement et l'accompagnement des participants, et avec un comité d'associations LGBT d'autre part, qui a veillé tout au long de l'étude à ce que soit garanti l'intérêt des participants à la recherche". Un accompagnement qui a permi d'améliorer l'observance du traitement selon Aides.

Le préservatif toujours de mise

Si ces résultats sont positifs en matière de lutte contre le sida, pas question d'abandonner le port du préservatif pour autant. "Il est important de ne pas relâcher les politiques de prévention qui ont fait leur preuve : utilisation systématique du préservatif, dépistages réguliers du VIH et des autres IST, et leur traitement", précise le Pr Jean-Michel Molina, coordinateur de l'étude. Imaginer que des patients prennent du Truvada® quotidiennement pour éviter d'avoir à porter des préservatifs semble peu probable, d'autant plus que ce traitement coûte extrêmement cher : 500 euros la boîte, soit 10.000 euros par an pour une prise quotidienne.

Pour évaluer la tolérance du traitement à long terme, mais aussi pour voir si la prise de Truvada® influence le comportement sexuel, les participants vont être suivis jusqu'en mars 2016. Actuellement, le Truvada® n'est pas autorisé en France en tant que traitement préventif, mais uniquement comme traitement d'urgence après un rapport à risque. Fort de ces résultats, Aides demande à l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) d'accorder une recommandation temporaire d'utilisation, pour pouvoir rendre le Truvada® accessible "aux personnes vulnérables au VIH". "Nous espérons que ces résultats vont accélérer le processus" espère Bruno Spire, le président de Aides. Aux États-Unis, le Truvada® est disponible comme traitement préventif depuis 2012.

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