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Coeur artificiel : une réussite made in France

Le 18 décembre 2013, le premier cœur artificiel et définitif a été implanté chez un homme de 75 ans, en insuffisance cardiaque terminale, à l'hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris. Le Pr Christian Latrémouille, chirurgien cardiovasculaire de l'HEGP, a réalisé cette opération exceptionnelle qui a duré pas moins de dix heure, en binôme avec le Pr Daniel Deveau du CHU de Nantes. Retour sur cette révolution médicale avec le Pr Alain Carpentier, créateur du cœur artificiel Carmat et le Pr Christian Latrémouille.

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Les professeurs Alain Carpentier et Christian Latrémouille étaient sur le plateau du Magazine de la santé le 6 janvier 2014.

"Le patient se porte bien, il récupère jour après jour, il a pu se mettre au fauteuil pour lire son journal et se remettre debout", explique le Pr Latrémouille. La seule alternative pour ce patient en insuffisance cardiaque terminale était la greffe de ce cœur artificiel définitif. Son âge avancé contre-indiquait en effet son inscription sur liste d'attente de greffe cardiaque. Il s'agissait là de sa dernière chance vu l'état avancé de son insuffisance cardiaque, qui le menait tous les quinze jours à l'hôpital. "Sans cette intervention, il ne serait peut être plus là aujourd'hui", souligne le chirurgien.

Le Pr Alain Carpentier, créateur de cette machine révolutionnaire, explique s'être lancé dans cette "aventure" pour palier le manque de greffons cardiaques et apporter une alternative aux patients insuffisants cardiaques nécessitant une greffe. "Mon but principal était de réaliser un cœur définitif et non pas un cœur destiné à attendre une transplantation cardiaque", nous confie t-il.

A la différence des autres cœurs artificiels temporaires qui sont "éclatés" en différentes parties, le cœur Carmat est le premier cœur artificiel monobloc, où tout le système mécanique est à l'intérieur d'une même structure.

La deuxième caractéristique qui fait de ce cœur une révolution est de mimer au plus près la physiologie du cœur humain. "C'est un cœur qui réagit comme un cœur normal : aux sollicitations d'efforts, aux sollicitations d'émotions et même aux situations pathologiques", explique le Pr Carpentier.

La troisième caractéristique évoquée par le professeur est la bonne tolérance et compatibilité de ce cœur par le patient qui le porte. Il ne nécessite pas de prise de médicaments anti-rejet (immunosupresseurs) comme c'est le cas habituellement pour les greffes de cœur et un risque bien moindre de formations de caillots", ajoute le Pr Carpentier.

Ce cœur a été conçu pour améliorer la qualité de vie du malade et éviter les contraintes. La seule contrainte qui existe est une contrainte d'énergie : porter à la ceinture une batterie pour alimenter le cœur. Il faudra que le patient recharge ses batteries, comme on recharge un téléphone portable. Il s'agit là de la seule contrainte pour le porteur du cœur. 

"La durée de vie du cœur Carmat a été fixée à environ 5 ans dans le cahier des charges. Il faut relativiser cette durée si on veut la comparer à un programme de transplantation cardiaque où la durée de vie moyenne d'un transplanté cardiaque est de 12 à 13 ans, pour tous patients confondus. Mais si on restreint à une tranche d'âge de plus de 60 ans, cette durée est de l'ordre de 8 ans. On peut donc penser qu'on arrivera à 8 ans pour le cœur artificiel", précise le chirurgien.

En cas de dysfonctionnement de l'une des pièces du cœur artificiel Carmat, le cœur devra être changé dans son intégralité. Sa constitution monobloc ne permet pas au chirurgien de changer la pièce défaillante comme on pourrait changer une valve dans un cœur normal. Il faudra changer la prothèse dans son ensemble.

Ce cœur est encore en phase d'essai clinique. Le traitement de l'insuffisance cardiaque terminale reste pour le moment la transplantation cardiaque. "Les patients à qui on implante le cœur artificiel sont des patients qui ne sont pas éligibles à la transplantation cardiaque", précise le chirurgien.

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