Vers un don de cellules cardiaques pour aider les victimes d'infarctus ?

Des chercheurs espagnols ont annoncé ce 30 janvier avoir utilisé des cellules cardiaques allogènes (issues de donneurs) pour améliorer la guérison de sept patients ayant eu un infarctus. Une démarche novatrice, dont l'efficacité thérapeutique n'est pas encore démontrée.

Florian Gouthière
Rédigé le , mis à jour le

Selon un communiqué diffusé par l'hôpital Gregorio Marañon à Madrid, un total de 55 patients doivent être traités dans le cadre de cet essai clinique. "Actuellement, l'intervention a été réalisée chez sept malades, pour lesquels l'évolution est favorable, en dépit d'une déficience grave du tissu cardiaque."

"C'est la première fois que ce type de cellules est utilisé pour réparer les dégâts engendrés par un infarctus aigu du myocarde, avec [une telle] atteinte [des tissus]", insistent les auteurs.

Mi-janvier, une équipe française avait présenté les résultats d'une procédure assez proche, qui mettait en jeu des cellules cardiaques dérivées des cellules souches du malade lui-même.

"L'annonce espagnole est intéressante parce que l'avenir est, dans le cadre de l'infarctus, aux cellules allogènes", nous confie le professeur Philippe Menasché, coordinateur des recherches françaises. Le prélèvement et la culture des cellules souches est, en effet, "un processus long et compliqué" – il dure entre un et deux mois – non compatible avec le traitement d'un infarctus. "Ici, les cellules peuvent être stockées – congelées – et utilisables à la demande."

Dans le protocole espagnol décrit par l'hôpital Gregorio Marañon, les cellules cardiaques sont prélevées sur des donneurs ayant subi une chirurgie cardiaque (par exemple, une opération des valves cardiaques), puis sélectionnées, mises en culture, et stockées. Elles sont ensuite implantées via l'artère coronaire du patient, sept jours après l'infarctus.

"Qu'il s'agisse de cellules allogènes ou endogènes (dérivées du malade lui-même), elles sont rejetées de toute façon. L'important est qu'elles aient le temps de libérer les facteurs de croissance qui permettent à l'organe de se réparer", explique le Pr Menasché.

Pour l'heure, il n'est pas possible de savoir si l'ajout de cellules cardiaques contribue sensiblement au rétablissement des patients. "Comme dans nos propres travaux, l'injection de cellules est couplée à une opération, ici une revascularisation par angioplastie, qui est elle très efficace. Pour l'heure, il n'y a pas de bénéfice détectable. En revanche, on constate que [ce traitement additionnel] est bien toléré. L'étape suivante de ces recherches est de comparer avec des groupes contrôles, pour voir s'il y a un bénéfice [à court, moyen ou long terme]."