Scandale du charnier de Descartes : il y avait "des embouteillages de corps"

Le professeur Guy Vallancien, urologue et ancien directeur du Centre du don des corps (CDC), a été entendu comme témoin en juillet dans l’enquête du charnier de Paris-Descartes. Les familles réclament sa mise en cause.

Mathieu Pourvendier avec AFP
Rédigé le , mis à jour le
Fin 2019, L'Express révélait les conditions effroyables de conservation de corps donnés à la science au CDC de Paris-Descartes
Fin 2019, L'Express révélait les conditions effroyables de conservation de corps donnés à la science au CDC de Paris-Descartes  —  Shutterstock

L’affaire du charnier de Paris-Descartes continue. Selon des éléments d'enquête dont l'AFP a eu connaissance vendredi 23 décembre, l'urologue Guy Vallancien a été entendu comme témoin en juillet dernier dans l'enquête sur le scandale du Centre du don des corps (CDC), qu'il dirigeait entre 2004 et 2014. Il a alors indiqué avoir fait ce qu'il "pouvait" face aux alertes.      

Quel rôle a joué l'ancien directeur ?

Fin 2019, L'Express révélait les conditions effroyables de conservation de corps donnés à la science au CDC, et soulignait le rôle du Pr Vallancien mais aussi de son Ecole européenne de chirurgie (EEC), créée en 2001 au sein de Paris-Descartes.       

Puis, en mars 2020, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) rendait un rapport soulignant que "la direction par M. Vallancien du CDC jusqu'en 2014 a participé à la construction de la situation établie en 2016".      

"On faisait ce qu'on pouvait"

M. Vallancien a été entendu comme témoin les 22 et 28 juillet 2022 dans l'information judiciaire ouverte mi-2020. Celui qui, dans un courrier début 2012, contestait de "graves dysfonctionnements" au CDC, malgré des alertes, s'est ainsi défendu devant la juge d'instruction : "On faisait ce qu'on pouvait avec les préparateurs, qui faisaient un boulot de chien". Le CDC n'était "pas nickel" mais "pas désastreux". Il y avait bien "des embouteillages de corps" dans les chambres froides. "Mais c'était temporaire" justifie l'ancien dirigeant.       

En outre, M. Vallancien affirme avoir fait remonter des problèmes d'hygiène aux patrons de l'université, Axel Kahn jusqu'en 2011, Frédéric Dardel ensuite.      

L'urologue conteste par ailleurs la vente par le CDC de corps à des tiers, évoquant une mise à disposition indemnisée et temporaire.   

Un conflit d’intérêts ?

Les magistrats instructeurs ont aussi interrogé l'ex-chirurgien sur son potentiel "conflit d'intérêts" ainsi résumé par l'Igas : "l'EEC présidée par M. Vallancien bénéficie directement des corps gérés par le CDC dirigé par le même professeur".      

L'EEC n'a pas fait de "bénéfice" et n'a pas eu de traitement préférentiel de l'université, a répondu l'urologue. 

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L'université et son président mis en examen

"Les familles estiment qu'il (...) devrait être mis en cause", a réagi Maître Frédéric Douchez, l'avocat de près de 200 parties civiles, sollicité par l'AFP. En matière de délits, la prescription est de six ans. L'enquête a été ouverte en novembre 2019.       

À l'été 2021, le parquet de Paris a refusé une demande de Me Douchez d'extension de l'enquête avant novembre 2013.       

Enfin, l'Université de Paris, structure ayant absorbé Paris-Descartes, l'ancien président Frédéric Dardel, ainsi que deux préparateurs, ont été mis en examen pour "atteinte à l'intégrité d'un cadavre".      

Charnier de Paris-Descartes : le scandale continue  —  Le Magazine de la Santé

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