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Incendie de Rouen : peut-on se fier aux indices habituels de qualité de l'air ?

Les polluants émis par l’incendie de l’usine Lubrizol ne figurent pas dans la liste des particules quantifiées pour évaluer au quotidien la qualité de l’air. Des analyses exceptionnelles sont menées pour les identifier et les mesurer.

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Incendie de Rouen : peut-on se fier aux indices habituels de qualité de l'air ?
Crédits Photo : Frédéric Bisson / Flickr

Que vaut l’air que l’on respire à Rouen depuis l’incendie ? Le jeudi 26 septembre, vers 2h40, un incendie démarre sur le site de l’usine Lubrizol qui fabrique des additifs pour enrichir des huiles, des carburants et des peintures. L’incident entraîne la formation d’un panache de fumée long de 22 km et large de six. Le jour même, ATMO Normandie, responsable de mesurer la qualité de l’air au quotidien dans cette région, ne publie pas de mesures pour la ville de Rouen.

Et pour cause : "le calcul de cet indice donne une représentation synthétique de la qualité de l’air à l’échelle d’une agglomération et rend compte de la pollution quotidienne (trafic routier, chauffage, activités industrielles etc.)" rappelle ATMO Normandie dans un communiqué du 29 septembre. Mais "ce mode de calcul ne prend en compte ni les odeurs, ni les polluants atypiques émis lors d’accidents comme l’incendie de Lubrizol à Rouen" ajoute l’association.

Métaux, hydrocarbures, monoxyde de carbone…

En effet, dans le cas d’une pollution quotidienne et d’une pollution exceptionnelle comme celle liée à l’usine Lubrizol, les particules à surveiller ne sont pas les mêmes. Au quotidien, les polluants mesurés sont le dioxyde de soufre SO2, le dioxyde d’azote NO2, l’ozone O3 et les particules fines PM10.

Mais depuis l’incendie, il faudrait en plus mesurer les taux de dioxines, d’hydrocarbures Aromatiques Polycyliques (HAP) comme le toluène, le benzène ou le xylène, de composés soufrés dont le sulfure d’hydrogène (H2S), de métaux ou encore de monoxyde de carbone (CO).

Il sera cependant "impossible d’obtenir une liste exhaustive" des composés présents dans l’air, avertit Christophe Legrand, directeur-adjoint d’ATMO Normandie. Tout d’abord parce que les analyses recherchent des "familles de composés" et non des composés isolés, mais aussi parce que les tests chimiques ne sont pas parfaits : "on ne sait pas encore capter dans l’air ni mesurer certains composés que l’on parvient pourtant à sentir avec notre nez" révèle Christophe Legrand.

Les analyses lancées en complément des mesures habituelles sont en cours, mais les résultats ne sont pas encore connus car elles sont réalisées "en laboratoire de chimie sur des prélèvement d’échantillons d’air ou de retombées" explique ATMO Normandie. "Les premiers résultats devraient être disponibles ce soir, puis régulièrement dans les jours à venir puisque les analyses se poursuivent" nous confie Christophe Legrand.

"Qualité localement dégradée avec des odeurs perçues sous les vents"

Pendant l’incendie, ATMO Normandie avait mis à disposition des pompiers du matériel de prélèvement d’air et avait installé des capteurs sous le panache de fumée. Pour les polluants mesurés (CO, benzène, toluène, éthylbenzène, xylène, H2S et oxysulfure de carbone), ATMO Normandie rassure : les concentrations le jour de l’incendie étaient "en dessous des valeurs de référence pour les risques sanitaires à court terme". Mais ces relevés ne permettent pas, selon l’association, de statuer sur la qualité de l’air ambiant.

Depuis l’incendie, ATMO Normandie a installé d'autres collecteurs d’air autour de l’usine Lubrizol, "en prenant en compte la météo et l’orientation du vent " précise Christophe Legrand. Sur le site internet d’ATMO Normandie, la publication des mesures de la qualité de l’air a repris le 27 septembre, avec un avertissement : "la qualité de l’air reste localement dégradée avec des odeurs perçues sous les vents du site de Lubrizol."

Signaler toute odeur inhabituelle

Des odeurs entêtantes entraînant parfois des vomissements, des maux de tête, des irritations et des picotements ont en effet été rapportées. Des galettes d’hydrocarbures ont également été identifiées sur la Seine et dans les cours d’eau environnants. "Nous invitons toutes les personnes qui ressentent une odeur inhabituelle à le signaler sur le site internet d’ATMO Normandie" lance Christophe Legrand. "Cela nous permet d’identifier les zones d’impact de ces odeurs qui peuvent être très fluctuantes selon la météo" ajoute-t-il.

Le panache de fumée s’étant déplacé vers le Nord dans les jours qui ont suivi l’incendie, une centaine de communes des Hauts-de-France auraient aussi été impactées par les retombées de ce nuage. Au total, dans 112 communes situées sur la trajectoire du panache, les éleveurs ne peuvent plus commercialiser le lait, le miel et les œufs qu’ils produisent. Mais tant que les taux de polluants n’auront pas été quantifiés, les risques sanitaires restent difficiles à évaluer.

En attendant les résultats d’analyse de l’air, les habitants de Rouen et des communes sinistrées témoignent sur les réseaux sociaux où les photos de dépôts épais de suie noires et grasses se multiplient.