1. / Maladies
  2. / Coeur
  3. / Hypertension artérielle

Hypertension artérielle : des vaisseaux sous pression

En France, plus de quatorze millions de personnes souffrent d'hypertension artérielle. La plupart du temps, une meilleure hygiène de vie et la prise de médicaments suffisent pour la traiter. Mais ce n'est pas le cas pour les hypertendus résistants qui risquent alors l'accident cardiovasculaire ou cérébral.

Rédigé le , mis à jour le

Hypertension artérielle : des vaisseaux sous pression
Hypertension artérielle : des vaisseaux sous pression
Sommaire

La tension, mode d'emploi

Marina Carrère d'Encausse et Régis Boxelé expliquent la tension artérielle

L'hypertension artérielle est une maladie silencieuse qui touche 14,5 millions de Français, majoritairement les hommes. L'hypertension peut avoir de graves conséquences sur notre santé. Elle est l'un des principaux facteurs de risque des maladies cardiaques, de l'insuffisance rénale et des accidents vasculaires cérébraux.

L'hypertension artérielle est une maladie qui progresse avec l'âge : une personne sur deux après 65 ans est touchée. Mais c'est aussi une maladie qui touche de plus en plus d'adolescents en surpoids.

Le coeur est un muscle et une pompe. Quand il se contracte, il expulse le sang dans les artères pour aller irriguer les organes. La tension correspond à la pression exercée par le sang sur les parois des "tubes" que sont les vaisseaux sanguins. Quand le coeur se contracte, la pression sanguine dans les vaisseaux est maximale : c'est ce qu'on appelle la pression systolique. Les vaisseaux se dilatent. Quand le coeur se relâche, la pression est minimale : c'est ce qu'on appelle la pression diastolique. Les vaisseaux se rétractent.

Pour mesurer la tension artérielle, le médecin utilise un tensiomètre autour du bras, qui indique deux chiffres (par exemple 12/8). Le premier (12) correspond à la pression systolique, c'est la pression maximale, celle qui est mesurée au moment où le coeur se contracte. Le deuxième (8) correspond à la pression diastolique, mesurée quand le coeur se relâche entre deux battements. On parle d'hypertension artérielle à partir d'une tension à 14/9.

Dans la très grande majorité des cas, les causes de l'hypertension ne sont pas clairement identifiées, même si on sait que l'hérédité joue un rôle important. Mais les facteurs qui la favorisent et l'aggravent, eux, sont bien connus : une trop grande consommation de sel, le stress, le tabagisme, le surpoids, ou un manque d'activité physique... Beaucoup plus rarement, la hausse de la tension artérielle est la conséquence d'une maladie comme un mauvais fonctionnement des reins, des glandes surrénales ou de la thyroïde.

Dérèglement artériel

Richard passe un test d'effort pour déterminer le type d'hypertension dont il souffre.

Si la mesure de la tension est supérieure à 14 pour le premier nombre ou à 9 pour le deuxième, on parle d'hypertension artérielle (HTA), une situation anormale pour l'organisme car les conséquences sur les vaisseaux et sur certains organes sont parfois mortelles.

Le sang étant propulsé trop vite dans les vaisseaux, ceux-ci vont en effet mal réagir à cette pression excessive. Leur paroi se fragilise et, à la longue, peut menacer de se rompre pour provoquer une hémorragie. Cela augmente aussi le risque de caillots qui peuvent boucher une artère. Arrive alors l'infarctus ou l'attaque vasculaire cérébrale, le fameux AVC, qui tue 170.000 personnes par an en France.

Comment détecter une hypertension ?

Consultation spécialisée pour trouver la cause d'une hypertension résistante.

Le plus souvent, l'hypertension ne s'accompagne d'aucun symptôme, ce qui la rend difficile à détecter. Mais des maux de tête répétés, à la nuque, le matin au réveil, des bourdonnements d'oreille, des sensations de mouches volantes devant les yeux ou des saignements de nez sont quelques unes des manifestations qui doivent alerter.

Les reins et les yeux sont aussi des cibles pour l'hypertension artérielle car ils sont irrigués par de nombreux petits vaisseaux. Insuffisance rénale et troubles de la vision sont ainsi des signes fréquents d'une hypertension.

Mais le seul moyen de dépister formellement une hypertension est d'en faire la mesure au cours d'une visite médicale : 11% d'entre elles concernent d'ailleurs des problèmes liés à l'hypertension. Enfin, pour détecter et contrôler sa tension, on peut pratiquer l'automesure, à l'aide d'un appareil automatique.

Pour améliorer la prise en charge des malades hypertendus dont les traitements ne sont pas suffisamment efficaces, il existe aujourd'hui des consultations spécialisées de l'hypertension. Les patients viennent sur recommandation de leur généraliste. L'objectif est de faire le tour de la situation de santé du malade, pour essayer de trouver la cause de cette hypertension résistante.

Savoir mesurer sa tension

L'un des meilleurs moyens d'avoir un traitement adapté est de pratiquer l'automesure de la tension artérielle à la maison.

Savoir bien prendre sa tension quand on est un hypertendu, ça n'est pas si simple. Surtout qu'il existe différents appareils dans le commerce et que chacun a ses particularités. Mais pour que les hypertendus les plus résistants soient le mieux dépistés et orientés, l'automesure peut être très utile.

Les hommes et les personnes âgées ont plus de risque d'être hypertendus. 70% d'entre eux souffrent d'une hypertension. La mesure de la tension est même recommandée une fois par an à partir de 40 ans.

Certains comportements sont aussi mauvais : si vous êtes en surpoids, par exemple, que vous mangez salé et gras, vous encrassez vos artères en favorisant le dépôt de plaques de graisse sur leur paroi. Le coeur doit fournir alors un travail plus important.

Les fumeurs sont également plus susceptibles d'avoir une hypertension. En effet, la fumée abîme les artères et le cœur tandis que la nicotine augmente la tension artérielle. Enfin, le manque d'activité sportive est un facteur aggravant l'état d'hypertension.

Contrairement aux idées reçues, l'état de stress ne favorise pas l'hypertension.

Des stages pour apprendre à contrôler son hypertension

Un stage pour patients hypertendus

Depuis 2002, l'hôpital de Dinard en Bretagne propose une prise en charge spécifique pour les patients dont l'hypertension a entraîné des complications cardiovasculaires. Au programme : quatre semaines de stage intensif pendant lesquelles les patients bénéficient d'ateliers d'éducation thérapeutique, diététique et physique.

Au cours de ces divers ateliers, les participants apprennent notamment à mesurer correctement leur tension, à bien manger et à identifier les aliments dont il faut limiter la consommation... Ils participent également à des séances d'activité physique adaptée pour lutter contre l'inactivité physique, un autre facteur de risque de l'hypertension.

Grossesse et hypertension : relâcher la pression

Reportage à la maternité de l'hôpital Antoine-Béclère à Clamart

L'hypertension durant la grossesse est une menace importante pour le bébé comme pour la maman. Pour les hypertendues chroniques, la grossesse augmente encore la tension. Mais d'autres femmes peuvent déclencher une hypertension uniquement durant cette période. Dans les deux cas, la prise en charge est indispensable pour contrôler les variations de tension.

On exerce la même surveillance de l'hypertension quand elle est chronique ou si elle est survenue durant la grossesse.

Il existe de nombreux médicaments qui permettent de réguler la pression artérielle, en agissant sur coeur, les vaisseaux ou le taux de sel dans le sang. Ils sont si fréquemment utilisés qu'ils représentent 12% des prescriptions pharmaceutiques.

Faire du sport pour lutter contre l'hypertension

Du sport pour lutter contre l'hypertension

Pour lutter contre l'hypertension, le sport est une solution efficace en complément des médicaments. À condition que cette pratique soit encadrée.

Le sport n'est pas du tout incompatible avec l'hypertension, au contraire il est même conseillé par les médecins. Les malades doivent préalablement passer un bilan médical complet pour définir un programme sportif sur mesure.

Les entraînements sont intensifs, inspirés de ceux des grands sportifs comme l'explique le Dr Roland Krzentowsky, médecin du sport : "Nous entraînons les patients comme les champions. Ce qui est valable pour améliorer le coeur et les muscles des champions est aussi valable pour améliorer le coeur et les muscles des patients hypertendus. Et c'est l'amélioration de ces indicateurs de la condition physique qui feront l'efficacité thérapeutique".

En une année, 800 personnes ont pu suivre des stages sportifs. Mais il n'est pas pris en charge par la Sécurité sociale pour le moment et il coûte en moyenne 1.800 euros par an.

Hypertension : prévenir les risques de troubles cognitifs

Reportage du 15 septembre 2016

Pour prévenir les risques de troubles cognitifs chez les patients hypertendus, une étude est en cours à l'hôpital Broca, à Paris.

"On sait depuis quelques années que l'hypertension artérielle augmente le risque de troubles de la mémoire et de maladie d'Alzheimer. On dit que l'hypertension artérielle multiplie ce risque par deux, voire par trois. Et il a été démontré dans certaines études que le traitement antihypertenseur peut réduire le risque de démence, de maladie d'Alzheimer", explique le Pr Olivier Hanon, chef du service gériatrie à l'hôpital Broca.

L'objectif de cette étude est de confirmer ces résultats. Pour cela, les participants sont soumis à des prises régulières de tension mais aussi à des questionnaires sur la mémoire. Les patients de l'étude présentent des troubles cognitifs modérés, détectés grâce à un examen IRM systématique : "Grâce à l'IRM cérébrale, on peut maintenant détecter des petites lésions vasculaires qui vont être responsables des troubles de la mémoire, souligne le Pr Hanon, ces petites lésions s'appellent des hypersignaux de la substance blanche (…) elles vont multiplier par quatre le risque de développer une maladie d'Alzheimer. On voit donc tout l'intérêt de pouvoir débuter un traitement antihypertenseur avec un objectif tensionnel très strict pour éviter qu'au cours du temps, il y ait une aggravation de ces lésions afin de prévenir les troubles de la mémoire". Les résultats de cette étude portant sur 800 patients devraient être connus en 2018.

Hypertension : l'effet blouse blanche

L'effet blouse blanche ou quand les médecins font grimper la tension de leurs patients (reportage diffusé le 13 décembre 2017)

Il arrive que la tension ne grimpe qu'en présence du médecin. C'est ce qu'on appelle l'effet blouse blanche. Un effet connu qui peut conduire certains patients à prendre des médicaments inutilement. Au CHU de Nancy, une étude clinique en cours vise donc à repérer ces cas pour leur proposer un arrêt de traitement sous contrôle médical.

Dans 30% des cas, l'hypertension peut être provoquée par le stress de la consultation. Pour savoir si un patient est victime de l'effet blouse blanche, ce dernier doit réaliser des mesures en présence du médecin et des mesures, seul, à domicile.

L'étude clinique réalisée au CHU de Nancy va permettre "d'identifier des patients qui sont faussement considérés comme hypertendus alors qu'ils présentent une hypertension blouse blanche. Et on pourra éventuellement leur faire gagner quelques années ou ils pourront se passer de traitement pendant quelques années car le traitement n'est pas utile en cas d'hypertension blouse blanche", explique le Pr Jean-Marc Boivin.

Sur les 300 patients nécessaires à l'étude, 170 ont été inclus. Les résultats sont attendus pour 2019.

Hypertension : un stimulateur implantable à l'essai

Un régulateur de tension implantable à l'essai (reportage diffusé le 13 décembre 2017)

Chez certains patients, la tension reste élevée malgré la prise de plusieurs médicaments. Un essai clinique teste l'efficacité d'un stimulateur implantable capable de faire baisser la tension.

Le régulateur de tension est implanté sous la peau du patient. Il s'agit d'une sorte de batterie reliée à une petite électrode placée dans le cou du patient à la surface de l'artère carotide.

Grâce à un courant électrique, l'électrode stimule les capteurs de pression défaillants et leur permettre ainsi de jouer leur rôle dans la régulation de la pression artérielle.

Toutefois, ce système n'est pas la solution miracle comme l'explique le Pr Patrick Rossignol, médecin vasculaire : "On n'arrêtera pas les médicaments car les patients en ont besoin. Mais peut-être que ce dispositif permettra d'améliorer le contrôle tensionnel et de les protéger par rapport au risque de survenue de complications cardiovasculaires, rénales… au cours des années suivantes".

Jusqu'à présent, ce boîtier a été implanté chez 48 personnes. Il faut attendre la fin de l'essai en 2019 pour savoir s'il apporte un réel bénéfice pour les patients.

En savoir plus :

  • Liste des centres participants à l’étude : ESTIM-rHTN
    (Evaluation médico-économique de la stimulation unilatérale du sinus carotidien dans le traitement de l’hypertension artérielle résistante: essai multicentrique contrôlé, randomisé, ouvert avec évaluation d’efficacité tensionnelle et de sécurité (IDRCB : 2014-A00632-45).

Voir aussi sur Allodocteurs.fr

Sponsorisé par Ligatus