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Cholestérol et DMLA : les liaisons dangereuses ?

Des variants de gènes impliqués dans le métabolisme du cholestérol influenceraient la survenue de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), d'après des chercheurs bordelais de l'Inserm. Ces résultats confirment des données scientifiques américaines qui avaient déjà démontré cette association.

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Cholestérol et DMLA : les liaisons dangereuses ?
Cholestérol et DMLA : les liaisons dangereuses ?

Le tabac, l'hypertension et l'obésité: facteurs de risque de DMLA

La DMLA est la première cause de cécité après 55 ans dans les pays industrialisés. Elle se manifeste par une baisse de la vision, une déformation des images et une amputation du champ visuel. Cette maladie rétinienne est un problème majeur de santé publique.

Depuis plusieurs décennies, de nombreux scientifiques s'intéressent à l'implication de certains facteurs dans la survenue d'une DMLA: les facteurs environnementaux, les facteurs liées au mode de vie mais aussi et surtout les facteurs génétiques. Dans le but d'adopter des stratégies de prévention dans la prise en charge de la DMLA, le Dr Jennyfer Zerbib, ophtalmologue, a démontré en 2010 dans son travail de thèse, les facteurs épidémiologiques responsables de la DMLA exsudative (la forme la plus fréquente). Parmi ces risques, elle cite le tabac, l'hypertension artérielle et l'obésité. Elle note par ailleurs que la consommation d'huile riche en oméga 3 et une grande consommation en fruits seraient protecteurs vis-à-vis de la DMLA. Aucune relation significative n'a été prouvée dans son travail entre le cholestérol et la DMLA.

Beaucoup d'autres scientifiques la rejoignent. Dans la littérature, les différentes études internationales sont discordantes sur l'éventuelle association entre le cholestérol et la survenue de DMLA (quelque soit le type de cholestérol) et il n'y a pas de consensus sur le sujet. Le Dr Zerbib suggérait d'ailleurs en 2010, la nécessité de réaliser des travaux plus précis sur le cholestérol pour démontrer son éventuelle association avec la DMLA. C'est ce qu'a cherché à démontrer une équipe de scientifiques bordelais de l'Inserm dans l'étude ALIENOR.

Découverte de gènes responsables de DMLA

On sait que la lutéine et la zéaxanthine, deux molécules antioxydantes (retrouvées dans la rétine) protègent de la DMLA et que ces deux molécules sont transportés par le HDL, protéine de transport du cholestérol. L'équipe du Dr Bénédicte Merle, chercheur à l'unité U897 de l'Inserm de Bordeaux, a démontré récemment que les variants de certains gènes jouant un rôle dans le métabolisme du cholestérol, influent sur la survenue de DMLA et sur les concentrations plasmatiques de la lutéine et de la zéaxanthine. "Nous avons étudié sur un échantillon de la population française, d'une part l'association de variants des gènes codant pour le métabolisme du cholestérol et le risque de survenue de DMLA et d'autre part, l'association de ces variants avec la concentration plasmatique en lutéine plasmatique et en zéaxanthine", explique le Dr Merle. "C'est la première fois que l'on prouve cette association sur une population française mais des études américaines l'avaient déjà démontré auparavant", poursuit-elle.

Sur les 5 gènes étudiés, deux des cinq gênes semblent avoir une influence sur la survenue de DMLA. Un variant d'un des gène étudié (le gène LIPC) est significativement associé à une réduction du risque de DMLA, ainsi qu'à une concentration plasmatique plus élevée de zéaxanthine. Un variant d'un autre gène (le gène LPL) est à l'inverse associé à une augmentation du risque de DMLA précoce et à une plus faible concentration de lutéine. Ces résultats suggèrent que ces deux gènes pourraient modifier le risque de DMLA et le métabolisme de la lutéine et de la zéaxanthine.

Cette découverte prometteuse permettra peut-être par des recherches ultérieures, de proposer des traitements préventifs ou curatifs de cette pathologie oculaire très handicapante.

 

Source:

Association of HDL-Related Loci with Age-Related Macular Degeneration and Plasma Lutein and Zeaxanthin: the Alienor Study. B. Merle et coll. PloS ONE. 6 novembre 2013.