"La vague est devant nous, pas derrière", deux réanimateurs sur le pont témoignent

Le nombre de malades du Covid hospitalisés vient de repasser le seuil des 10.000, dont plus de 1.800 en soins critiques.

Dr Anne Sikorav
Dr Anne Sikorav
Rédigé le , mis à jour le
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Un amer goût de bis repetita. Redoutée, attendue, la cinquième vague est bien là. Deux chefs de réanimations nous racontent.

Le Pr Jean-Michel Constantin, chef de service de réanimation polyvalente de l’hôpital la Pitié- Salpêtrière à Paris - qui compte au total huit services spécialisés de réanimation-, témoigne de l’afflux brutal de patients.  "Il y avait un bruit de fond depuis des semaines avec environ un malade par semaine qui rentrait en réanimation pour Covid, et là en 5 jours, on en a 20 ". Concernant le profil des patients, "on a 80 % de patients non vaccinés, 10 % de malades greffés ou insuffisant rénaux. Ce qui est nouveau concerne les 10% restants : ces patients doublement vaccinés sont souvent âgés de plus de 70 ans, avec une deuxième dose au printemps dernier, et n’ ont pas eu le temps de faire la 3 ème" explique-t-il.  

Dans le service du Pr Djillali Annane, chef de réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, la situation est encore plus alarmiste.

"La situation est très tendue, il n’y a plus de places disponibles. 95 % des lits de réanimation sont occupés, avec 75 % de patients Covid". Pr Djillali Annane

"Hier, un médecin de garde a dû refuser encore 10 patients", détaille le Pr Annane. Concernant le profil des patients hospitalisés, c’est un peu plus diversifié dans son service. "On voit de tout. Vaccinés avec dernière dose de plus de 6 mois, et en attente de la 3 ème dose, des patients très immunodéprimés, et des patients non vaccinés". Les contaminations augmentent donc "mécaniquement, il y a aussi plus d’ infections chez des patients vaccinés". Le réanimateur insiste sur l’importance de la vaccination, qui permet de réduire le risque de formes graves.

Une "configuration de guerre comme avant"

Avec lassitude, Pr Constantin explique remettre son équipe en "configuration de guerre comme avant ", en "faisant sortir les malades plus tôt que d’habitude si besoin",  ce qui n’a "réjoui personne" parmi les soignants. Lui non plus, n’a aucune envie de "remettre le couvert" mais "on est la pour ça" ,dit- il. 
Les réanimateurs sont unanimes : hors de question de reproduire les restrictions de visite de la première vague. C’est "l’humain"  qui prime. 

Dans leurs services, les visites des familles seront aménagées pour des questions d’organisation, mais autorisées 24h/24h, sous conditions d’un pass sanitaire valide et du respect strict des règles d’hygiène.  

Réanimation : les patients sont-ils triés ?  —  Magazine de la Santé

" La vague est devant nous, pas derrière "

"A ce jour, on ne fait pas de réanimation hors de murs, mais il y a une sensation de déjà-vu qui arrive" , explique le Pr Constantin. 
Les difficultés sont à venir et le pic est devant nous, insiste le Pr Annane. A ces difficultés, vont certainement s’ajouter les "complications des virus hivernaux classiques qui ressurgissent devant une moins bonne observance des gestes barrières", observe le réanimateur.

Pour lui, le pire est à venir. Il ne serait pas surpris que le "plan blanc" soit activé dans les prochains jours, et que les "chirurgies froides soient déprogrammées à nouveau".  

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