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Des jumeaux nés de pères différents, est-ce fréquent ?

Le fait divers, surprenant, a bénéficié d’une importante couverture médiatique ce week-end aux Etats-Unis. Un test de paternité réalisé sur des jumelles à la demande d’un tribunal a révélé que les enfants… n'avaient pas le même père. Nos explications.

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Superfécondation hétéroparentale : dans la mythologie grecque, Hercule et Iphiclès, nés le même jour du ventre d'Alcmène. Iphiclès est le fils d'Amphytrion, Hercule celui de Zeus. - Vidéo : entretien avec le Pr Michaël Grynberg

L'affaire a initialement été décrite par la revue judiciaire New Jersey Law Journal. Une habitante du New Jersey demandait une pension alimentaire au père de ses jumelles ; devant les tribunaux, elle avait toutefois avoué avoir eu une relation sexuelle avec un autre homme "une semaine après la date de conception présumée" des enfants. La défense exige alors un test de paternité.

Superfécondation : vous avez sept jours !

Une fois que l'ovulation se produit, l'œvule reste viable pendant 12 à 48 heures. Les spermatozoïdes restent, eux, viables jusqu'à 5 jours. Un spermatozoïde issu d'une relation sexuelle survenue 5 jours auparavant peut rencontrer un ovule neuf, tandis qu'un second ovule peut être fécondé 48 heures plus tard par un gamète mâle originaire d'un autre rapport.

Coup de théâtre : bien que nés le même jour, les deux enfants n’ont pas le même père. Ils sont donc "demi-frères". La mère ne vivant plus aujourd’hui avec aucun des deux pères, ceux-ci lui verseront une pension alimentaire, chacun pour son enfant.

Cette situation est loin d’être inédite. Elle découle du fait qu’une femme peut ovuler plusieurs fois au cours du même cycle ovarien. Si les deux ovules sont fécondés au cours d’un même rapport sexuel (par des spermatozoïdes différents), les enfants qui naîtront seront des "faux jumeaux". Mais les spermatozoïdes fécondants peuvent provenir de relations sexuelles différentes. Les biologistes parlent alors de "superfécondation". Ce phénomène concernerait une naissance de faux jumeaux sur 12.

Si les spermatozoïdes n’appartiennent pas au même individu (c’est-à-dire que les relations sexuelles fécondantes ont impliqué des partenaires différents), on parle de superfécondation hétéro-parentale.

En 1992, une analyse publiée dans la revue Acta geneticae medicae et gemellologiae, montrait que sur 39.000 tests de paternité relatifs à des jumeaux, seuls trois cas de "superfécondation hétéro-parentale" étaient recensés (soit un cas sur 13.000). Du fait du recours limité aux tests de paternités, certains auteurs avancent que la fréquence du phénomène pourrait être sous-estimée d’un facteur 30 (en d'autres termes, il pourrait être trente fois plus fréquent).

De telles affaires sont régulièrement rapportées dans la presse, notamment lorsque l’hétéro-parentalité est particulièrement flagrante (jumeaux particulièrement dissemblables).

Un cas célèbre (il remonte à 1993) est celui d’une superfécondation hétéro-parentale survenue in vitro, aux Pays-Bas, suite à une erreur de manipulation d'un laborantin. Les spermes de deux hommes distincts ont fécondé les ovules d'une même femme… qui a accouché de demi-frères à son corps défendant.

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