Cancer de la prostate des agriculteurs, une maladie professionnelle en passe d'être reconnue

De récentes études prouvent que les pesticides augmentent de 20% le risque de cancer de la prostate. En France, seulement quelques agriculteurs ont réussi à obtenir une reconnaissance juridique de leur maladie.

Emilie Spertino
Rédigé le , mis à jour le

C’est une promesse du ministre de l’Agriculture, le cancer de la prostate devrait être reconnu comme maladie professionnelle pour tous les agriculteurs.

Aujourd’hui retraité, Christian Jouault est ancien éleveur et cultivateur de maïs. Mais il est difficile pour lui de profiter de son temps libre car il est atteint d’un cancer de la prostate

Les pesticides en cause

"La maladie s’est déclarée, j’avais cinquante-neuf ans. Physiquement, j’allais plutôt bien, j’étais à une réunion, une terrible envie de faire pipi me prend. Je vais aux toilettes et je vois que ce n’était que du sang. Après tous les examens, on a diagnostiqué un cancer de la prostate "gleason 9", une forme assez agressive et qui n’était pas opérable, qu’on a traitée avec chimio, radiothérapie et hormothérapie", explique Christian Jouault, ancien agriculteur.

Les médecins lui expliquent alors qu’il y a probablement un lien entre la forme de son cancer, particulièrement dangereuse, et les pesticides dont il s’est servi pendant plus de trente ans.  

"J’ai utilisé des herbicides, des fongicides, des insecticides. Dès qu’on voyait des mauvaises herbes, on prenait le livre, on suivait la ligne, et en face il y avait un produit. C’était magique, on avait des solutions à tous les problèmes", confie Christian Jouault. 

A l’époque, les agriculteurs ignorent tout des risques liés aux produits phytosanitaires

"J’imaginais que les pesticides étaient dangereux si on les avalait. On ne prenait aucune précaution, moi j’ai démonté les buses et j’ai soufflé dedans pour les déboucher, quand ce n’était pas bien mélangé, on y mettait un petit peu la main. Enfin, on a fait des tas de choses qu’on n’aurait pas dû faire", commente Christian Jouault.   

Un cancer requalifié en maladie professionnelle

En parallèle de ses traitements, Christian demande alors la reconnaissance de son cancer comme maladie professionnelle. Un combat juridique mené avec Michel Besnard, président d’un collectif de victimes. 

Septembre 2020, l’éleveur reçoit enfin le jugement qu’il espérait.   

"Ce jugement dit que mon cancer est reconnu comme une maladie professionnelle. C’est un soulagement, c’est un premier pas pour tout le monde", confie Christian Jouault.  

"Pour toi et pour d’autres derrière. Ce que j’espère, c’est que les gens qui sont dans ma situation ne soient plus obligés de faire ça. Que le simple fait d’envoyer un certificat initial de maladie professionnelle à la MSA reconnaisse leur statut de maladie professionnelle et leur permette d’avoir une vie décente", explique Michel Besnard, PSDT du "collectif de soutien aux victimes de pesticides de l'ouest".  

Des agriculteurs exposés au cancer de la prostate

Cette décision juridique entraîne des indemnités pour les malades. Les associations attendent désormais l’élargissement de cette reconnaissance pour tous les agriculteurs concernés.  

"Ça va être un tournant par rapport à toutes les maladies professionnelles jusqu’à présent reconnues parce que celle-ci, elle est vraiment très très présente dans les campagnes. Là, je crois que ça va faire un déclic. Oui, effectivement, on a quand même utilisé des produits qui étaient dangereux et aujourd’hui je règle la note", commente Michel Besnard. 

En France, près d’une personne sur quatre, atteinte de cancer de la prostate, est issue du monde agricole. 

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