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Adulte, je suce encore mon pouce

Il existe sûrement des questions que vous n'avez jamais osé poser, par pudeur, crainte, voire même honte... Notre journaliste, Mélanie Morin, a posé ces questions à votre place. Aujourd'hui, il est question de la succion du pouce à l'âge adulte.

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Adulte, je suce encore mon pouce

Lorsque l'on fait une recherche sur Internet avec le terme "succion", on obtient "succion pouce adulte", puis "succion définition", "succion du pouce" et enfin "succion pouce psychanalyse". La succion du pouce chez l'adulte génère près de 55.500 résultats. De nombreuses personnes s'interrogent donc sur la succion du pouce chez l'adulte.

Pourquoi les bébés sucent-ils leur pouce ?

Selon un pédiatre contacté par nos soins, la succion du pouce commence très tôt et cela varie d'un foetus à l'autre. La succion du pouce survient entre la douzième et la seizième semaine de vie dans le ventre de la mère. On parle de réflexe car il s'agit d'un geste très instinctif et naturel. Après la naissance, le bébé trouve un certain apaisement dans le fait de sucer son pouce, cela facilite son endormissement, cela peut calmer sa faim et cela lui évoque la tétée, qu'il soit allaité ou qu'il boive au biberon. Tout objet approché de sa bouche provoquera cet irrépressible besoin de succion.

En moyenne, la succion du pouce se poursuit jusqu'à l'âge de 3, 4, 5 ans mais il est compliqué de généraliser. Il s'agit d'une tendance, tous les enfants sont différents. En plus, le contexte joue beaucoup : un enfant de 7 ans peut se mettre à sucer son pouce s'il est fatigué, s'il s'ennuie ou s'il est contrarié par un évènement. 

Pourquoi certains gardent-ils cette habitude à l'âge adulte ?

Selon des psys contactés par nos soins, il s'agirait simplement d'un rituel réconfortant, d'un petit cocon qu'on cherche à se recréer pour se protéger. Dans la plupart des cas, sucer son pouce est considéré par ces personnes comme quelque chose de très apaisant, de rassurant. Une façon de contrer le stress ou les contrariétés. Cela évoque ces petits gestes qui trahissent une certaine nervosité comme le fait de se ronger les ongles ou de se tripoter les cheveux… Mais la succion du pouce paraît plus "inoffensive" car elle intervient souvent dans un contexte intime, rarement en public et on se fait rarement mal en suçant son pouce contrairement à certains cas de "triturage" de cheveux ou de rognage extrême d'ongle.

Les psys sont unanimes, la succion du pouce est une façon d'atténuer son anxiété. Cela procure un certain plaisir et mieux vaut sucer son pouce plutôt que de fumer une cigarette… Les adultes "suceurs de pouce" ne sont pas si rares mais en général, ce n'est pas LE motif de leur consultation chez le psy. Cela peut ressortir au détour d'une conversation dans un contexte plus large.

Le fait de sucer son pouce inspire beaucoup les psychanalystes. Le plus célèbre d'entre eux, Freud, a beaucoup évoqué l'acte de succion dans ses travaux. Cela renvoie au fameux stade "oral" où l'enfant ne peut s'empêcher de porter des choses ou ses propres doigts à la bouche. Il a notamment évoqué le plaisir suscité par cet acte, y voyant même une dimension érotique.

On retrouve ces interprétations dans certains articles actuels. Dans un article intitulé "À 40 ans, je suce encore mon pouce", un sexothérapeute pousse l'analyse assez loin. Selon lui, "sucer son pouce en public revêt une forte dimension sexuelle. C'est d'abord un acte d'exhibition autoérotique, d'où la gêne des autres qui vont surprendre cette intimité. Et c'est aussi, plus ou moins inconsciemment, un acte de provocation, car un adulte n'ignore pas le caractère phallique du pouce, le fait de le sucer renvoyant évidemment à la pratique de la fellation…".  Selon plusieurs spécialistes interrogés, l'approche psychanalytique a tendance à voir des phallus partout, il faut donc relativiser.

Une régression inquiétante ?

Sucer son pouce à l'âge adulte est perçu comme une pratique honteuse. Cette pratique renvoie à l'image d'un grand bébé, d'une personne peut-être fragile, vulnérable qui aurait tendance à se replier sur elle-même. C'est en tout cas ce qui ressort des témoignages des suceurs de pouce adultes. Les psychiatres et psychanalystes sont plus modérés en rappelant combien il est bon parfois de lâcher prise, de s'autoriser à retrouver une part d'enfance et des moyens bénins de lutter contre le stress. Il faut s'en préoccuper et consulter si la personne en souffre, si cela impacte négativement sa vie quotidienne et sociale. Dans ce cas, certaines thérapies comportementales et cognitives peuvent être efficaces.

Si un enfant de 5 ans suce encore son pouce et essuie quelques remarques de son entourage, il faut dédramatiser. Les pédopsychiatres recommandent de ne surtout pas leur mettre la pression, ce qui serait contre-productif. Il faut consulter lorsque, comme pour l'adulte, cela a des conséquences sur la vie sociale de l'enfant. Il n'y a pas de recette miracle pour accompagner ce sevrage, c'est vraiment du cas par cas. Si le jeune patient suce son pouce très tardivement et très souvent, le psy peut l'aider à en comprendre la raison et à s'en passer. Il arrive aussi que la première visite chez l'orthodontiste fasse office d'électrochoc quand l'enfant comprend que cela a pu abîmer ses dents ou quand la pose de l'appareil dentaire rend la succion tout d'un coup moins agréable… 

En Australie, une famille a créé un casque pour lutter contre l'envie de sucer son pouce. L'idée est de gêner la personne avec le mouvement d'un balancier activé par une télécommande.

N'hésitez pas à envoyer vos questions gênantes par mail : melanie@allodocteurs.fr

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