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Glyphosate : ce que l'on sait sur sa dangerosité

Cette semaine, la parution d’un rapport sur le fonctionnement des agences réglementaires en charge de l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux a ravivé la polémique sur la dangerosité du produit.

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Glyphosate : ce que l'on sait sur sa dangerosité

Le glyphosate est-il moins dangereux que la viande rouge ?

En début de semaine, la polémique a enflé suite aux propos tenus par le sénateur UDI de Haute-Garonne Pierre Médevielle, dans l'édition de La Dépêche du Midi datée du dimanche 12 mai. En tant que vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), il avait affirmé au quotidien Sud Ouest que "la cancérogénicité de la molécule n’est pas démontré par la science" et même qu’"en l’état actuel de nos connaissances, le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge".

Ses propos étaient présentés comme livrant en avant-première le contenu d'un rapport de l'OPECST paru jeudi. Or, il s'est avéré qu'ils ne reflétaient en rien le contenu réel du document rendu public jeudi 16 mai.

En effet, le but de ce rapport n'était pas de trancher sur la dangerosité du glyphosate mais d’étudier le fonctionnement des agences réglementaires en charge de l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux. Les élus se sont donc penchés sur le travail des différentes agences d’évaluation sanitaire en France et en Europe (leurs procédures et leurs missions). Ils dressent une série de recommandations pour donner plus de poids à leurs avis. Et essayer de mettre au jour l’action des lobbys, car certaines agences sont accusées d’avoir directement repris l’argumentaire du fabricant Monsanto.

"Probablement cancérogène" ?

Difficile de trancher sur les risques sanitaires du glyphosate tant les rapports se contredisent. Malgré tout, les craintes sur son impact sanitaire existent depuis des années. Ainsi, en mars 2015, le centre international de recherche sur le cancer (le CIRC) qui dépend de l’OMS, l'a classé "probablement cancérogène". 

Mais huit mois plus tard, ce verdict est contredit par l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Selon elle, il est "improbable" que le glyphosate représente un danger pour l’homme. Mais attention depuis, des scientifiques et des ONG ont démontré que les experts de l'EFSA se seraient basés sur des pages entières quasiment copier-coller de rapports fournis directement par Monsanto.  

Le jeu des lobbys

Depuis, plusieurs études ont été publiées et se contredisent. La clarté n’est toujours pas au rendez-vous d’autant que les lobbys pèsent de tout leur poids dans ce domaine. Dernier exemple en date : le fichage par des communicants travaillant pour Monsanto de près de 200 journalistes et personnalités politiques et syndicales français en fonction de leurs supposées positions par rapport au glyphosate. Un fichage révélé par Le Monde la semaine dernière. 

Pour essayer d’apporter une réponse claire sur la dangerosité du glyphosate, une nouvelle enquête française devrait bientôt être mise en place. Fin février, alors que se tenait à Paris le salon de l’agriculture, l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) avait annoncé qu’elle allait lancer une étude, à la demande du ministère de l’agriculture, menée par des chercheurs indépendants afin d’éclairer sur la toxicité du glyphosate et son caractère cancérogène. Elle pourrait commencer d’ici quelques mois. Il faudra donc encore un peu de patience avant de démêler le vrai du faux dans ce débat sanitaire très controversé. 

Autorisé en Europe jusqu'en 2022

Quoi qu’il en soit, en attendant, le glyphosate demeure très utilisé. Son emploi est interdit aux particuliers depuis janvier 2019 mais les agriculteurs, eux, sont encore très nombreux à l’épandre, en particulier dans l’Aube, l’Indre et Loire et en Charente Maritime. Près de 9000 tonnes de glyphosate ont été vendues en France en 2017. Dans le monde, le recours au glyphosate n’a cessé d’augmenter, passant de 56 000 tonnes vendues en 2004 à 826 000 tonnes en 2014. Certains agriculteurs estiment qu’il serait difficile de s’en passer, arguant qu’ils n’ont pas d’alternatives aussi efficace et bon marché à leur disposition. 

Conséquence pour les consommateurs : on retrouve des traces de l’herbicide dans les produits du quotidien comme les céréales du matin ou les lentilles, bien que ce soit dans des quantités infimes. Sa disparition n’est pas pour demain. En 2017, l'Union européenne a prolongé l’autorisation de son utilisation jusqu’à 2022.  

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