Le DMP, un gouffre pour l'Etat ?

Le DMP, un gouffre pour l'Etat ?

Il devait simplifier la vie des professionnels de la santé, et même permettre de réaliser des économies de budget. Pourtant, le Dossier Médical Personnel (DMP), lancé en janvier 2011, peine à trouver sa place. Pire, il coûterait même cher à l'Etat, selon un rapport de la Cour des  comptes…

La rédaction d'AlloDocteurs
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Une stratégie défaillante de l'Etat, un manque de rigueur, une évaluation erronée de son utilité et un mauvais suivi financier : les critiques émises par la Cour des comptes au sujet du DMP, un carnet de santé numérique dont la création était évoquée depuis 2004, sont nombreuses… C'est ce que nous révèlent nos confrères du journal Le Monde (édition du 27 août 2012), qui se sont procurés le rapport, destinés aux parlementaires.

La Cour des comptes chiffre à près d'un demi-milliard d'euros le coût de la mise en place de cet outil électronique, gratuit et accessible sur le net de manière sécurisée. Très peu soutenu par les pouvoirs publics, le DMP n'aurait coûté pas moins de 210 millions d'euros à l'Etat de 2005 à 2011. Ajoutez à cela le coût des dossiers informatisés des patients et l'installation du système dans les hôpitaux, et le montant atteint alors plus de 500 millions d'euros fin 2011, selon ce même rapport.

Conçu par la loi de 2004, le DMP a été mis à disposition des usagers en janvier 2011 par le ministère de la Santé. Rempli par le personnel de santé, le DMP d'un patient contient toutes ses informations médicales (comptes rendus d'hospitalisation, traitements, antécédents…) et il est censé, d'ici peu, remplacer l'historique Carnet de santé. Plus simple d'utilisation pour le personnel de santé, l'enregistrement des données personnelles du patient  sur la toile devait également permettre de réaliser des économies.

Moins de 190 000 DMP ouverts depuis janvier 2011

Mais force est de constater que la mayonnaise ne prend pas. Outre la méfiance des usagers quant à la circulation d'informations confidentielles sur la toile, d'autres obstacles se dressent face au projet, au sein même de la profession. Les médecins généralistes, pas tous persuadés de sa réelle utilité, ne le proposent pas encore assez aux patients, et le coût d'installation de l'équipement freine certains hôpitaux… Testé dans quatre régions pilotes (Alsace, Aquitaine, Picardie, Franche-comté), le DMP (non obligatoire) se répand actuellement dans dix autres.

L'ASIP-Santé, chargée du développement du projet DMP, avait pour objectif d'ouvrir un million de DMP d'ici 2013. Près d'un an et demi après son lancement, on ne compte pour le moment en France que près de 190 000 dossiers ouverts…

Dans son rapport, la Cour des comptes estime "qu'il est temps que l'état définisse enfin, une stratégie d'ensemble pour intégrer le DMP dans une vision globale de l'organisation du dispositif de soins et des systèmes d'information en santé". 

Une réalité, sous peine de voir le projet d'un Dossier Médical Personnel pour tous, ne devenir qu'une simple illusion…

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