Ch@t : La cybersexualité

Ch@t du 25 mars 2010 Avec les réponses du Pr. Michel Reynaud, psychiatre et addictologue, Naomi Seguy, psychologue et du Dr Charlotte Tourmente, médecin généraliste.

La rédaction d'Allo Docteurs

Par La rédaction d'Allo Docteurs

Rédigé le , mis à jour le

Les réponses du Pr. Michel Reynaud, psychiatre et addictologue

L'infidélité n'est pas en oui ou non, des parties de nous même restent secrètes. L'infidélité vous savez vous même, si vous passez ou non la barrière. Votre partenaire peut avoir une autre vision.

Essayez de reprendre le sujet. Il est difficile de savoir s'il était vraiment addict. La qualité de la relation globale et amoureuse qu'il a avec vous est le plus important.

Oui tout à fait, cela dépend aussi de la dépendance de la dépendance. On peut avoir des moments d'accrochage à internet qui deviennent moins importants quand on a une relation.

Oui, le porno peut-être une façon de maintenir une excitation fantasmatique qui est ensuite mise en acte avec sa partenaire.

Oui, le cyber sexe peut influencer la vie sexuelle dans la réalité, pour le meilleur comme pour le pire.

On ne peut pas répondre oui ou non. L'infidélité est une notion différente selon chaque personne. Elle dépend où vous mettez la barrière et peut être totalement différente d'une personne à autre personne.

C'est peut-être une solution trouvée pour préserver votre couple. Essayez d'en parler avec lui.

L'important est de trouver le mode de relation et d'activité sexuelle qui vous conviennent. Essayez d'en parler avec lui.

Comme vous voulez, avez-vous d'autres relations sentimentales et sexuelles satisfaisantes ?

Pas de question mais une réponse, vous avez raison, les choses sont techniquement plus simples mais ce n'est pas forcément mieux.

Consultez avec elle un sexologue. On ne peut pas donner de solutions en deux lignes.

La cyber-sexualité et le porno ne sont pas une pathologie, mais votre mari ou compagnon doit comprendre que cela vous choque et vous préserver de ce qui vous est déplaisant et choquant.

Non, mais la question est la qualité des relations dans la vraie vie.

La vraie vie, ce sont les vraies relations même si c'est plus difficile que devant son écran.

Cela est très banal, mais il faut vraisemblablement réinterroger votre relation amoureuse.

Une addiction, c'est quand on ne contrôle plus et quand le comportement amène des ennuis, des difficultés, ou une souffrance.

Oui, mais il doit quand même vous préserver, être discret et partager avec vous ses plaisirs sexuels

Oui, les Dépendants affectifs et sexuels anonymes

S'il n'a qu'une vie sexuelle via Internet, il y a vraisemblablement un problème. Parlez-en avec lui.

Avant de vous inquiéter pour l'addiction, il y a peut-être lieu de restimuler le désir écoutez votre sexologue.

Pour certains ou pour certaines. Mais cela peut effectivement devenir une obligation. Et oui, même pour les hommes.

Votre mari devrait comprendre que les préliminaires sont aussi importants pour vous que l'excitation pour lui. Bon courage.

Oui la cyber-sexualité remplace souvent la relation affective, notamment quand celle-ci inquiète ou fait peur.

Oui, il peut y avoir une sensibilité globale aux addictions. Il y a des tempéraments qui ont besoin de beaucoup de sensations.

Oui, mais il n'apprend pas grand chose sur les subtilités et les plaisirs de la relation qui sont quand même un des éléments majeurs d'excitation et de plaisir.

Oui, mais c'est vraisemblablement moins bien.

Ça dépend du site et de la réalité et de votre réactivité.

Vous pouvez consulter soit un addictologue, soit un psychiatre soit un sexologue.

Vous pourriez consulter un psychiatre ou en psychothérapeute.

Réponse bien difficile, peut-être lui en parler.

 

Les réponses de Naomi Seguy, psychologue

Il est important de parler avec votre mari du fait qu'il ne risque pas de faire "mal au bébé" en ayant des rapports sexuels avec vous jusqu'au terme de votre grossesse. La barrière est souvent psychologique et en parler à deux ou avec votre médecin peut le rassurer. Par ailleurs, la pornographie qu'il va chercher sur Internet lui sert de support pour avoir une sexualité seul. Elle n'est pas incompatible avec une sexualité de couple. Parlez-en avec lui pour savoir justement s'il en a "besoin" ou si c'est juste ponctuel.

L'image crue et surprenante (puisque trouvée par erreur) que ce garçon de 10 ans nourrit ses fantasmes (riches à cet âge où l'imagination est importante). Il est important qu'il puisse en parler, exprimer ses peurs. S'il vous en parle, écoutez-le, rassurez-le. Si vos inquiétudes persistent à cause d'un comportement inhabituel chez lui, n'hésitez pas à consulter un psychologue. Mais, en le rassurant à plusieurs reprises, cela devrait apaiser ses craintes. Il n'y a pas forcément "traumatisme". Observez juste un changement pertinent de comportement s'il y en a un. Il est important d'installer un logiciel de protection des mineurs (contrôle parental, filtrage) pour éviter ce genre d'accidents.

Le "cyber espace" autorise et nourrit les fantasmes qui restent souvent à cet étape de fantasme. Il se peut donc très bien qu'il ne franchisse pas le pas. Que vous en parliez ensemble est un bon signe. "Décroché" n'est à envisager que s'il en est "accroc" et s'il le souhaite également. Pour l'aider, vous pouvez toujours lui en parler pour savoir ce qu'il recherche comme satisfaction. Les groupes de parole anonymes fonctionnent aussi très bien. Il peut se renseigner s'il considère être dépendant et souhaite se défaire de cette dépendance.

Absolument pas.

Il est important de savoir ce que vous pointez dans vos disputes. Est-ce son passé sexuel ou les conséquences de ce passé dans votre présent de couple ? De quoi avez-vous peur exactement ? Si ces peurs sont envahissantes, n'hésitez pas à en parler à quelqu'un d'extérieur, à consulter un ou une psychologue.

Votre désir est aussi important que le sien. Se forcer alors que votre désir est "coupé" ira progressivement à l'encontre de l'épanouissement sexuel de votre couple. Essayez d'en parler avec lui pour dédramatiser et voir ce qu'il recherche sur ces sites et ce qu'il cherche à partager avec vous ensuite.

Votre personnalité "en grande partie détruite" est un problème très personnel que vous allez devoir aborder seule en profondeur, avec une aide extérieure d'abord (votre choix d'un monde virtuel permet cet anonymat et ainsi d'être en confiance pour se confier sans conséquence). Vous pourriez retrouver cela en allant consulter un psychologue. Ensuite, lorsque ce sera moins vif, vous pourrez l'aborder avec votre conjoint. Sinon, il risque de ne pas être armé, être impuissant pour répondre à votre détresse à ce sujet. Votre souhait de le partager est compréhensif, mais essayez d'aborder d'abord ce sujet avec quelqu'un d'extérieur et de qualifié, tout disposé à cela.

Le désir sexuel va et vient dans un couple. C'est tout à fait normal. L'intervention d'un tiers (amant, maitresse) n'est en rien indispensable au retour du désir dans un couple. La séduction est parfois à retravailler après l'installation d'une routine qui use l'enthousiasme des débuts. Le retour au source des premiers émois est souvent plus fiable qu'une recherche d'excitation en dehors du couple.

Vous considérez "perdre votre temps" tout en retirant une satisfaction suffisante pour "ne pas pouvoir vous en passer". La question est : qu'allez-vous chercher comme plaisir sur ces sites ? Leur consultation n'est pas un problème en soi. La perte de liberté de ne pouvoir s'empêcher d'y aller peut poser problème pour vous. Vous pourriez en parler dans un groupe de paroles pour briser cet automatisme quotidien si celui-ci devient un handicap pour vous.

La présence d'un appétit sexuel indique qu'il n"y a pas "d'état dépressif". En revanche, une sexualité qui serait exclusivement une "cybersexualité" peut isoler et refermer sur soi. Cet isolement peut alors être dépressiogène dans certains cas.

La masturbation, tout comme le rapport sexuel avec un partenaire, indique un appétit sexuel qui rend improbable un état dépressif. Cependant, une vie sexuelle limitée à la masturbation exclusivement peut générer de l'isolement et donc un "état dépressif" à se refermer sur soi.

Votre recherche d'affection ne pourrait être comblée par des inconnues, justement parce que l'affection, contrairement à la sexualité pure, implique des sentiments. Essayez de discuter avec elle de ce qui la bloque, en passant par de la communication et de la séduction. Si vous souhaitez parler de votre désarroi, vous pouvez également vous confier à un spécialiste pour vous décharger un peu de ce mal être.

La notion de "dépendance" intervient lorsque vous perdez la liberté de ne pas le faire en regardant de la pornographie. 2 à 3 fois par semaine n'est pas une fréquence inquiétante. Si vous continuez à vous masturber en fantasmant sur d'autre support que les sites pornographiques (je pense notamment à votre imaginaire), il n'y a pas de risque. La masturbation est saine à votre âge et si vous suivez des valeurs religieuses auxquelles vous adhérez et qui pronent l'abstinence jusqu'au mariage, il reste possible de satisfaire un éveil physique tout à fait normal pour votre âge. Ne perdez juste pas de vue que la pornographie n'est pas le reflet de la réalité de la vie sexuelle de couple.

Les réponses du Dr Charlotte Tourmente

La sexualité via internet.

A l'adolescence, on découvre son corps, ses pulsions, c'est normal. On est aussi timide et on n'ose pas forcément passer à l'acte avec une personne en chair et en os. Cela pose problème s'il se limite à internet et que sa pratique l'empêche de rencontrer des filles dans la réalité. Vous pouvez l'aider en discutant avec lui de ses envies de rencontrer une fille, de ce qui l'empêche de le faire (si c'est le cas). Car il peut être équilibré ainsi s'il a une vie à l'extérieur.

Pour protéger ses enfants, il existe des logiciels pour bloquer l'accès aux sites pour adultes de la toile.

Parlez en simplement d'une part en lui demandant s'il consulte ces sites parce qu'il a un manque dans votre vie sexuelle (ce qui n'est pas forcément le cas), d'autre part en lui demandant ce qui lui ferait plaisir sexuellement, afin de faire évoluer votre sexualité. Et prenez confiance en vous, faites-vous plaisir sans vous poser trop de questions ;-)

Si cette activité n'a aucun retentissement sur votre vie personnelle, sexuelle, affective, professionnelle, non, il n'y a pas à s'inquiéter. Si vous êtes en manque quand vous ne le faites pas, que votre vie se met à tourner autour de cette pratique, que vous vous isolez, là, il faudra réagir (en consultant un thérapeute).

Les hommes sont stimulés visuellement, Internet offre facilement un nombre considérable de stimulations potentielles. Il permet aussi d'assouvir certains fantasmes et de flirter avec l'infidélité sans tromper réellement sa femme. Mais le risque est de tomber dans la dépendance et la compulsion, même s'il n'est pas systématique.

Parce qu'il prend du plaisir autrement qu'avec vous. Vous vous sentez sans doute un peu exclue de sa sexualité, peut-être pouvez-vous lui en parler ou regarder avec lui certains films (à la condition que cela vous plaise ! Ne vous forcez surtout pas).

C'est naturel d'avoir des besoins sexuels et de les assouvir, un film porno peut être une bon moyen de le faire. Ce qui est plus gênant, c'est que vous dites ne pas avoir eu de relations sexuelles depuis 4 ans, pourquoi ? Est-ce votre activité sur internet qui vous freine, est-ce de la timidité, un moyen de gérer votre stress ? Il faut vous pencher sur les causes de votre comportement. S'il ne vous isole pas de la "vraie" vie, ne vous inquiétez pas.

Votre ami a sans doute un peu "honte" de son attitude. Si la communication est difficile, il faudrait faire intervenir un sexologue pour rétablir le dialogue. Mais acceptera-t-il ? Si ce n'est pas le cas, essayez d'aborder de temps en temps le sujet, peut-être de regarder un film érotique ensemble (si vous en avez envie).

Parce que c'est toujours très difficile de reconnaître que l'on est dépendant, quelle que soit l'addiction. Le caractère sexuel rajoute une dimensions taboue de plus.

Peut-être n'avez-vous tout simplement pas trouvé une personne qui vous plaise ? Si vous pensez que votre pudeur est excessive et vous limite, vous pouvez travailler avec un thérapeute pour la surmonter.

Votre conjoint développe peut-être des fantasmes liés à ce qu'il voit sur le net, oui, c'est possible. Respectez vos limites, expliquez-lui pourquoi vous n'avez pas envie d'utiliser un anneau vibrant et optez pour une épilation partielle du maillot par exemple.

Ca compense le fait de ne pas avoir de rapports avec vous. Essayez de trouver un autre mode de sexualité, il n'y a pas que la pénétration. Et surtout expliquez-lui qu'il ne peut pas faire mal au bébé (vous pouvez lui montrer la Question/Réponse à ce sujet sur le site).

S'il est trop fatigué ou stressé pour faire l'amour, il a malgré tout besoin d'être stimulé sexuellement, c'est ce qu'il cherche grâce aux sites pornos. Essayez de partager tout de même une sexualité via des caresses, du sexe oral, proposez-lui de regarder avec lui un film si cela vous tente.

Il n'y a pas de normalité dans ce domaine ! Une fois par semaine, ce n'est pas beaucoup et ça n'a apparemment pas de retentissement sur votre vie sexuelle. A moins que cela limite votre sexualité la semaine et que vous soyez frustrée de ne pas avoir de relations en semaine ? Parlez-en dans ce cas.

Sa sexualité a apparemment évolué avec son addiction et il a sans doute du mal à avoir une relation réelle. Il faudrait en parler avec lui, essayez d'une part d'avoir des rapports plus fréquents et d'autre part plus satisfaisants pour vous. Consulter un sexologue vous ferait du bien.

Une cyber-relation ne reflète pas la réalité, il faut que vous en ayez conscience. Elle peut en plus faire de l'ombre à votre relation "réelle". Mais si vous vous ennuyez dans votre vie de couple, c'est un autre problème. Vous avez les réponses en vous, un choix est toujours difficile, faites-vous conseiller par des proches si vous en ressentez le besoin.

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En 2010, il semble difficile d'échapper au sexe sur Internet. Les sites de rencontres se sont totalement banalisés, mais d'autres utilisations apparaissent, dont certaines sont moins anodines. Inquiétant, pour les parents d'ados, de savoir que leurs enfants s'échangent allègrement des photos osées par mail ou téléphone portable...

Apparition de nouveaux risques pour les couples comme la cyber-infidélité, ou l'addiction aux sites pornos, rendus beaucoup plus accessibles avec Internet... Faut il diaboliser le cybersexe ? Quels sont réellement les risques ? Comment apprendre à nos ados à utiliser ces nouveaux outils ?

Une étude sur la dépendance au cybersexe a été menée en 2005 par l'Institut de sexologie en collaboration avec la faculté de médecine Lariboisière, auprès d'hommes âgés pour la moitié de moins de 25 ans.

58 % de ces adeptes du cybersexe disaient ressentir de la culpabilité et 72 % parlaient d'une banalisation du sexe. Preuve que le sexe virtuel peut avoir des effets bien réels.

Autres chiffres tirés d'une étude CSA de 2004 menée auprès de jeunes de 14 à 18 ans. Près d'un garçon sur quatre - contre une fille sur cinquante - a vu fréquemment (au moins dix fois durant l'année) des images X à la télévision, en vidéo et sur Internet.

L'un des inconvénients, justement, du sexe sur Internet, réside dans sa libre accessibilité, à n'importe qui, de n'importe où et à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. C'est là que la vigilance doit se faire et qu'il faut apprendre à réguler...

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