Cell se la joue ‘‘comics’’

Cell se la joue ‘‘comics’’

♫ Viens p'tit scientifiq' dans mon comic strip. ♫ Viens faire des bulles, viens faire des "wip", des "bang", des "zebrafish" ! ♫ N’ayant plus à démontrer son sérieux et sa rigueur éditoriale, la revue bimensuelle de biologie cellulaire Cell propose cette semaine en "une"... une bande-dessinée de super-héros. Un prétexte pour mettre en valeur une découverte scientifique importante, et détourner les stéréotypes attachés aux chercheurs dans la culture populaire.

Florian Gouthière
Rédigé le , mis à jour le
La couverture du numéro 155-4 de la revue Cell, signée Athens Qin
La couverture du numéro 155-4 de la revue Cell, signée Athens Qin

Pour un scientifique, une publication dans Cell est une consécration en soi. En moyenne, les articles retenus par cette revue scientifique ont pour destinée d’être référencés dans plus de 160 autres travaux de recherche.

Pour mettre en valeur une importante découverte sur les cellules souches, la rédaction du très sérieux journal a publié une "une" des plus inattendue : une bande dessinée de super-héros en quatre cases, présentant l’histoire d’un savant filiforme humilié par un monsieur-muscle prétentieux.

L’individu bodybuildé s’adresse à une cellule souche de type IPS (une cellule pluripotente induite), appartenant à une souris : "Hé, maigrichonne, tu ne peux pas fabriquer de muscles !" La bravade fait référence à la difficulté qu’ont les chercheurs, depuis de nombreuses années, à forcer les cellules souches à se "spécialiser" pour devenir des cellules musculaires. Dans la deuxième case, l’homme tout en muscles se rit d’ailleurs des biologistes qui, malgré tous leurs diplômes, ne parviennent pas à percer les secrets de la myogenèse (la formation des muscles).

Mais un personnage non moins caricatural, avec tout l’attirail du "savant" (blouse blanche, stéthoscope et lunettes), offre à la cellule pluripotente une dose de potion magique, qui la transforme bientôt en montagne de muscles. Cette mixture, c’est un extrait de poisson zèbre

Piqué par la curiosité, le lecteur feuillettera avidement les pages de Cell pour découvrir, page 909, la nature exacte de ce composé. Il découvrira que l’équipe du biologiste Cong Xu est parvenue à isoler, en mettant en culture des cellules souches de poisson, six composés chimiques dont la combinaison force la multiplication et la spécialisation de toute cellule souche en cellule musculaire.

"Qui est le sac d’os, maintenant," demande l’ex-cellule souche au colosse impoli, en dernière case de la bande dessinée ? Celui-ci reste sans voix. Et pour cause : le chercheur à lunettes vient de lui démontrer que les molécules qui coordonnent la spécialisation des muscles chez le poisson sont efficace sur la souris. Au fil de l’évolution, le mécanisme chimique qui assure la myogenèse chez le poisson zèbre est resté fonctionnel chez la souris.

Avec cette couverture, Cell exploite et se joue du cliché du "scientifique avorton" colporté par la bande dessinée et le cinéma américain. Qui a dit que les scientifiques n’avaient pas le sens de l’humour et de la dérision ?

 

Source : A Zebrafish Embryo Culture System Defines Factors that Promote Vertebrate Myogenesis across Species. Cong Xu et coll. Cell, nov. 2012. doi:10.1016/j.cell.2013.10.023

 

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