Virus H7N9 : doit-on avoir peur ?

Selon le dernier bilan officiel, au total 105 personnes ont été contaminées en Chine par le virus H7N9, parmi lesquelles 21 sont mortes. Faut-il avoir peur de ce nouveau virus ? David Zavaglia, docteur en biologie cellulaire et moléculaire, fait le point sur la dangerosité du virus H7N9.

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Chronique de David Zavaglia, du 22 avril 2013

Le nouveau virus H7N9 est assez différent de la dernière pandémie en date, celle de H1N1 en 2009, mais il est très inquiétant. Le 31 mars 2013, les premiers cas ont été rapportés auprès des autorités de santé à Hong-Kong. Le premier patient décédé avait 87 ans mais le second avait seulement 27 ans. Depuis, le nombre de cas n'a cessé d'augmenter et aujourd'hui on dénombre 17 morts et 87 cas de contamination avérés, mais il y en a sûrement beaucoup plus.

Les virus de la grippe
Origine du virus H7N9

La plupart des victimes ont été en contact avec des volailles et oiseaux, c'est pour cette raison que H7N9 est qualifié de virus de la grippe aviaire. Ce virus était déjà connu chez l'animal mais il n'y avait jamais eu de cas chez l'homme. La gravité des symptômes et le taux de mortalité chez l'homme particulièrement élevé (19%) sont inquiétants. Et la grande inconnue est de savoir si ce virus H7N9 pourrait se transmettre d'humain à humain.

D'où vient ce nouveau virus ?

Sur le plan scientifique, il faut reconnaître que les chercheurs ont été très rapides pour identifier précisément ce virus. Et pour bien comprendre, il faut passer par la biologie structurale. Les virus de la grippe sont une très grande famille et ils se distinguent par des sortes de petites antennes qu'ils ont à leur surface. Il en existe deux types. Les hémagglutinines, H, servant au virus à pénétrer dans sa cellule cible, car un virus est incapable de se reproduire seul, il doit utiliser la machinerie de la cellule infectée. L'autre type, ce sont les neuraminidases, N, qui servent au virus fraîchement fabriqué à s'échapper de la cellule infectée.

Il y a beaucoup de types de hémagglutinines et de neuraminidases et leur combinaison définit le virus. La famille H7 est connue chez les volailles depuis longtemps. Mais le H7N9 est très peu virulent chez l'animal alors qu'en passant chez l'homme, il donne des infections très sévères.

Quant à son origine, un article paru il y a quelques jours dans le New England Journal of Medicine (NEJM) décrit les premiers cas mais aussi toute la séquence génétique du virus. Ce virus serait apparemment issu de la recombinaison de différents virus présents chez les canards, les pinsons et les oiseaux sauvages. Mais cette recombinaison a eu lieu chez un hôte pour l'instant inconnu, même si le pigeon fait partie des hypothèses privilégiées.

Des combinaisons plus dangereuses que d'autres ?

Il y a beaucoup de recherches, mais cela reste en partie un mystère. C'est aussi la raison pour laquelle chaque nouvelle apparition de virus est alarmante car tout peut arriver. Il y a non seulement des recombinaisons entre différents virus, mais à l'intérieur de l'hôte chaque virus peut aussi subir d'autres mutations pouvant lui donner de nouvelles compétences.

Un autre article paru dans le NEJM a listé les caractéristiques les plus inquiétantes du virus H7N9. Tout d'abord l'infection par H7N9 peut passer inaperçue chez les volailles puisque cela ne les tue pas, une épidémie animale pourrait donc se développer en silence et contaminer beaucoup d'humains au contact de ces animaux. Le virus H7N9 a également des mutations dans les hémagglutinines H qui font qu'il est non seulement plus capable de s'accrocher dans les cellules du système respiratoire humain, mais en plus il est capable de se transférer via des gouttelettes venant du système respiratoire et projetées par un hôte infecté. Cela a été démontré par des tests chez le furet. Ce serait donc grave s'il s'avère que le virus peut se transmettre d'homme à homme.

Pour l'instant, l'OMS affirme qu'il n'en est pas capable mais ce n'est pas encore certain. Il faut enfin ajouter qu'un cas de porteur asymptomatique du virus a déjà été identifié mi-avril 2013. On a en effet détecté H7N9 chez un enfant de 4 ans mais sans aucun symptôme. Ce genre de personnes peut propager les virus sans qu'on le sache puisqu'eux-mêmes ne sont pas malades. En conclusion, le virus H7N9 n'est pas un virus à prendre à la légère et dans les semaines à venir, il faudrait absolument en savoir plus sur ses capacités de transmission, même si pour l'instant il n'y a pas pandémie.

Comment lutter contre ce genre de virus ?

Pour lutter contre ce genre de virus, il existe plusieurs stratégies. La plus classique est de réagir après-coup, c'est ce qui se passe actuellement. Le virus est détecté puis identifié précisément ce qui permet notamment de vite savoir à quel médicament est sensible le virus. Le H7N9 résiste à certains médicaments mais heureusement il reste sensible à d'autres, en particulier le célèbre Tamiflu®. À partir de sa structure, les chercheurs essayent ensuite de développer un vaccin, mais cela prend des mois avant d'arriver à l'obtenir en masse.

Une stratégie plus intéressante consiste à anticiper les problèmes et à déterminer quelles mutations rendent un virus très dangereux, pour ensuite essayer de développer des vaccins. Mais cela implique de créer en laboratoire des virus très virulents. Cette stratégie est risquée car il faut non seulement éviter que le virus s'échappe du labo, mais aussi ne pas donner de mauvaises idées à des terroristes. Fin 2011, une importante polémique a impliqué des chercheurs qui avaient mis au point un virus H5N1 bien pire que le virus naturel circulant.

Le H7N9 est le virus de la grippe aviaire que tout le monde redoute. Il tue les volailles et se transmet parfois à l'homme, il a déjà fait des victimes mais pour l'instant il ne se transmet pas efficacement d'homme à homme. Mais s'il mute, il pourrait donner une terrible pandémie. Les chercheurs l'avaient volontairement fait muter et réussi à obtenir ce supervirus. Mais la publication des résultats a été bloquée en raison du risque de bioterrorisme. Mais finalement mi-2012, l'article a été publié dans Science car fabriquer un tel virus est très difficile, et surtout le bénéfice en terme de développement potentiel de vaccin est très supérieur au risque de terrorisme.

En finira-t-on un jour avec les virus de la grippe ?

Il y a tellement de virus différents et tellement d'hôtes potentiels qu'il faut s'attendre au pire à tout moment. En 2009, la pandémie de AH1N1 a été un peu un pétard mouillé, mais il faut savoir que quand les chercheurs ont regardé de près les hémagglutinines de ce virus ils se sont aperçus qu'aucun autre virus de pandémie passée n'était aussi proche de celui de la grippe espagnole de 1918, qui a fait de 40 à 100 millions de morts. À une ou deux mutations près, cela aurait donc pu être catastrophique. Il faut donc s'armer le plus vite possible pour faire face à la prochaine pandémie qui surviendra.

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