Record de taille pour un virus

Une équipe française a découvert dans l'océan Pacifique le plus gros virus connu à ce jour. Plus gros de 6 % par rapport à Mimivirus découvert en 2003, ces virus pourraient constituer un "chaînon manquant" entre les virus et les organismes vivants.

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Record de taille pour un virus
Record de taille pour un virus

Petit mais énorme, c'est ce qu'on peut dire de Megavirus chilensis, le virus découvert le long des côtes chiliennes par une équipe de chercheurs du laboratoire Information Génomique et Structurale (CNRS - Université de la Méditerranée) qui a publié lundi 10 octobre 2011, ses résultats en ligne dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS). En effet, l'ADN de Megavirus comporte 1 259 197 paires de bases (les plus petits virus à ADN en possèdent environ 5 000). Il est le plus gros virus découvert depuis Mimivirus en 2003 qui possède 1 181 404 paires de bases. Ces virus sont aussi plus gros que les plus petites bactéries connues.

La découverte de Megavirus est d'autant plus importante qu'il ne possède que 594 gènes en commun avec Mimivirus comme l'explique Jean-Michel Claverie, directeur de l'IGS et co-auteur de la publication : "Jusqu'à présent, les autres virus géants décrits depuis la découverte de Mimivirus étaient remarquablement proches de ce dernier, avec des génomes identiques à plus de 95 %. C'est donc un peu comme si on avait retrouvé des isolats différents du même virus. Ici, une chose importante est que non seulement Megavirus chilensis est plus gros que Mimivirus, mais il est aussi très différent : il ne partage avec ce dernier que 50 % environ de son ADN."

Des virus en tant qu'organismes vivants ?

Une des autres spécificités de Megavirus est qu'il possède dans son ADN des séquences codant pour sept enzymes (soit trois de plus que Mimivirus) qui sont caractéristiques des organismes vivants. Or les virus en étaient jusqu'ici exclus par leur absence de métabolisme. On ne sait pas encore si ces enzymes sont fonctionnelles pour le nouveau virus mais celles de Mimivirus le sont. À mi-chemin entre le virus réplicateur et l'organisme vivant, il est encore trop tôt selon le professeur pour ajouter une quatrième branche à l'arbre phylogénétique de la vie (dont les branches principales sont les bactéries, les archées et les eucaryotes dont nous faisons partie. En effet Megavirus et Mimivirus sont considérés comme des fossiles vivants et il n'est pas impossible que leur ancêtre commun ait été un eucaryote.

Ces virus possèdent des séquences qui ne ressemblent à rien de connu dans le monde vivant. Il est possible que les structures génétiques qui les composent, remontent à un milliard d'années. Ils se seraient ensuite séparés progressivement des fonctions qu'ils pouvaient retrouver chez leur hôte.

"Les virus auraient commencé très grands à partir d'un génome cellulaire et comme ce sont des parasites, ont ensuite rapetissé. C'est ce qu'on appelle l'évolution réductive commune à tous les parasites (bactéries, virus, parasites)". En fait, le virus perd certaines fonctions qu'il n'a pas besoin de conserver puisqu'il peut les trouver dans la cellule qu'il infecte et les détourner à son usage, ajoute le professeur Claverie.

Le but de la mission scientifique étant l'impact des virus sur la biosphère marine et son impact sur l'environnement (la majeure partie des virus parasitant d'autres organismes que l'Homme), leur étude pourrait par extension permettre de mieux comprendre le fonctionnement des virus à ADN double brin comme les "poxvirus", ceux de la variole ou de l'herpès, cousins éloignés, qui sont encore mal connus.

Source : AFP

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