Prothèses mammaires : un risque accru de développer un cancer rare

Un groupe d'experts de l'Institut National du Cancer (INCa) annonce que le lien entre la survenue d'un cancer rare localisé au niveau du sein et le port d'implants mammaires est désormais "clairement établi". Le groupe souligne que "la fréquence de cette complication" est cependant "très faible".

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Prothèses mammaires : un risque accru de développer un cancer rare

Les lymphomes sont des cancers qui se développent à partir de cellules de la lymphe (voir encadré). Cette prolifération anarchique de cellules se produit le plus souvent dans la moelle osseuse, la rate, le thymus ou les ganglions lymphatiques. Dans des cas beaucoup plus rares, les cellules anormales se multiplient au niveau du sein. On recense annuellement 1,7 cas de lymphomes mammaires pour 1.000.000 de Françaises.

La lymphe est ce liquide clair qui circule entre les tissus et les cellules. Elle draine des nutriments, des lipides et toutes sortes de déchets issus des cellules. Elle est ensuite entraînée dans les vaisseaux lymphatiques. Ceux-ci circulent parallèlement aux veines.

Présents dans tout l'organisme, les vaisseaux lymphatiques se rassemblent dans des gros vaisseaux collecteurs, comme le canal thoracique, qui finit par déverser son contenu au niveau d'une grosse veine du tronc, la veine sous-clavière gauche.

Fin 2011, dans le sillage du scandale des prothèses mammaires défectueuses de marque PIP, la presse a évoqué le cas d'une patiente marseillaise décédée des suites d'un lymphome mammaire. Le lien de cause à effet n'était, alors, pas avéré.

Mais depuis cette date, 17 autres porteuses de prothèses de diverses marques ont développé un lymphome mammaire (en l'occurrence, un sous-type de lymphome, nommé lymphome anaplasique à grandes cellules), selon le recensement de l'ANSM(1).

Sollicité par la Direction Générale de la Santé, l'Institut National du Cancer a désigné un groupe d'experts pour examiner la situation.

Les chiffres sont clairs : rapporté au nombre de femmes portant des prothèses sur le territoire, ce nombre est statistiquement trop élevé pour être le fruit d'une coïncidence. Le risque de développer ce lymphome rare apparaît de 4 à 8 fois plus élevé chez ces femmes(2).

Au regard de ces données, les experts jugent que cette pathologie "est une entité spécifique". Une corrélation existant entre un sur-risque de lymphomes anaplasiques à grandes cellules chez les porteuses d'implants mammaires, une terminologie spécifique doit, selon eux, être employée ("lymphome anaplasique à grandes cellules associé à un implant mammaire", ou LAGC-AIM).

Une marque de prothèses plus représentée

Pour l'heure, 14 des 18 cas ayant fait l'objet d'un signalement à l'ANSM sont associés à des prothèses de la marque étasunienne Allergan®. La résistance des prothèses ne semble pas être en cause, mais plutôt leur tolérance par l'organisme. L'une des hypothèses avancée par les chercheurs est que la texture de l'enveloppe externe des prothèses pourrait favoriser une réaction inflammatoire, entraînant une prolifération de cellules. En effet, "le port d'un implant macrotexturé était retrouvé dans l'histoire de la majorité des femmes". Mais cette caractéristique pourrait tout aussi bien n'avoir aucun rôle dans le développement de la maladie (les prothèses Allergan® sont macrotexturées, et sur-représentées ; d'autres spécificités techniques pourraient être à l'origine du phénomène détecté).

Les chercheurs notent que si le nombre de cas est suffisant pour démontrer l'existence du phénomène, "il ne permet pas d'identifier formellement des facteurs de risque associés à la survenue de cette pathologie autres que le port d'un implant mammaire".

Une complication qui reste très rare

Selon les données recueillies par les experts de l'Institut National du Cancer, le LAGC- AIM "surviendrait en moyenne entre 11 à 15 ans après la pose du premier implant". Toutefois, "de grandes variations de ce délai sont cependant possibles (2 à 37 ans)".

Cette complication reste, a priori, rare. L'INCa insiste, de fait, sur "un risque extrêmement faible" de développer "une forme rare de lymphome".

Une vigilance particulière reste toutefois de mise : "face à des signes fonctionnels ou physiques (épanchement, augmentation de volume, douleur, inflammation, masse, ulcération, altération de l'état général) […] chez une femme porteuse d'implant mammaire, le diagnostic de LAGC-AIM doit être évoqué", notent les chercheurs. Ils préconisent de réaliser, en présence de ces symptômes, "une échographie à la recherche d'un épanchement autour de l'implant, d'une masse ou d'un épaississement capsulaire et d'explorer les aires ganglionnaires". Si cet examen est négatif, il convient alors de réaliser une IRM.

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(1) Les seuls cas de lymphome anaplasique à grandes cellules (LAGC) rapportés à l'ANSM depuis le début de la décennie sont liés à des prothèses mammaires. Cependant, il serait faux de conclure que les LAGC ne surviennent que chez les porteuses de prothèses : en effet, les cas de LAGC qui n'apparaissent pas liés à un dispositif médical ne font pas l'objet d'un signalement à l'ANSM.

(2) Les chercheurs notent que le risque de cette complication pourrait être sous-estimée, du fait de "la sous-notification potentielle des cas de LAGC-AIM".

Source : INCa - Avis d'experts du 4 mars 2015 sur les lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés à un implant mammaire [pdf -797.13 KB]