Pollution : la circulation alternée, efficace, pourrait être mieux organisée

La circulation alternée instaurée le 17 mars en région parisienne en plein pic de pollution a permis de réduire la concentration de particules de 6%, selon un rapport publié le 14 mai 2014 par l'agence de surveillance de l'air en Ile-de-France (AirParif). Toutefois, la méthode de désignation des automobiles par les plaques d'immatriculation, ainsi que le moment choisi pour imposer le dispositif sont mises en question par les auteurs du document.

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Pollution : la circulation alternée, efficace, pourrait être mieux organisée
Pollution : la circulation alternée, efficace, pourrait être mieux organisée

"Une réelle diminution de l'exposition aux particules fines et une diminution encore plus forte de l'exposition au dioxyde d'azote, liée à la mise en place de l'action, a pu être révélée", constate Airparif dans son rapport.

Une telle mesure avait déjà été mise en place en 1997 pour lutter contre le dioxyde d'azote. La décision prise le 17 mars avait, pour la première fois, l'objectif lutter contre une pollution aux particules PM10 (matières microscopiques en suspension reconnues comme cancérigènes par l'Organisation mondiale de la santé).

En Ile-de-France, 30% des émissions de PM10 sont émises par l'industrie, 25% par le transport routier, 25% par le secteur résidentiel et tertiaire (chauffage au bois) et 15% par l'agriculture (labourage, engins agricoles).

Entre 05h30 et minuit, la diminution induite par la mesure est estimée à plus de 6%, soit une baisse de 4 microgrammes de PM10 par mètre cube, à proximité du trafic et notamment sur les grands axes parisiens. Le chiffre atteint les 10% pour le dioxyde d'azote en journée sur le périphérique.

Dans les zones éloignées, "l'impact est moins perceptible" avec une amélioration de 2% pour les PM10.

Pour réaliser ce calcul, Airparif a modélisé et comparé les émissions polluantes des véhicules circulant le 17 mars avec celles d'un lundi de trafic "normal", en l'occurrence celui du 10 mars. Ce jour-là, le seuil d'information avait été dépassé (concentration de plus de 50 microgrammes par m3 d'air).

La mesure de circulation alternée avait été prise par le gouvernement le samedi 15 mars, dix jours après le début d'un épisode de pollution allant crescendo qui affectait particulièrement la région parisienne. La photo de la Tour Eiffel à peine visible derrière un voile grisâtre avait alors fait le tour du monde.

Le 17 mars, le dépassement du seuil d'information étant attendu, les véhicules aux immatriculations impaires ont été interdites de circulation. En échange, tous les transports en commun étaient gratuits. A Paris, la circulation s'est avérée de 18% inférieure à celle du lundi précédent, de 13% en petite couronne et de 9% sur la grande couronne, selon Airparif, et le seuil d'information n'a pas été atteint.

Cibler les véhicules les plus polluants

Mais, pour l'agence, viser les véhicules en fonction de leur plaque d'immatriculation n'est pas la bonne méthode.

"Elle ne permet pas de cibler de façon sélective les véhicules les plus polluants", souligne l'agence, précisant : "des véhicules très émetteurs, de plaques impaires, ont circulé ce jour".

Pas le meilleur jour pour agir

Selon Airparif, le choix de la journée du 17 mars n'aurait pas non plus été tout à fait pertinent.

En effet, les effets de la circulation alternée sont à leur maximum lorsque la pollution est forte et stagnante, soit une situation anticyclonique, peu de vent et une forte inversion de température (phénomène typique en hiver quand le sol se refroidit durant la nuit et qu'un grand soleil chauffe l'air en altitude, provoquant un couvercle empêchant la dispersion des polluants). Or, selon Airparif, "ces conditions n'étaient pas complètement réunies lors de la journée du 17 mars". Un vent d'ouest avait commencé à souffler deux jours avant, et une inversion de température, pourtant prévue, n'a pas eu lieu.

La circulation alternée a un "impact quantifiable et visible", conclut Aiparif, mais il faut "une action pérenne de grande envergure sur le trafic" pour s'attaquer à la pollution chronique, et pas seulement aux pics, qui touche entre 1 et 4 millions de Franciliens chaque année.

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