OGM : l'article controversé du Pr Séralini republié

La revue Food and chemical toxicology avait décidé, mi-novembre 2013, de retirer de ses archives une étude controversée sur les OGM, signée par le professeur Gilles-Eric Séralini. Le chercheur republie ses travaux dans une nouvelle revue scientifique, en appelant "à plus de transparence dans les tests d'homologation" des OGM.

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OGM : l'article controversé du Pr Séralini republié
OGM : l'article controversé du Pr Séralini republié

L'éditeur de la revue Food and chemical toxicology n'avait relevé "ni fraude, ni représentation fausse et intentionnelle des données" dans l'étude du professeur Séralini. Il jugeait toutefois que "les résultats présentés, s'ils ne sont pas incorrects, ne permett[ai]ent pas de conclure", ce qui justifiait le retrait de l'article de ses archives.

Un argument surprenant, qui s'il était appliqué systématiquement par tous les éditeurs de revues scientifiques, entraînerait la suppression de milliers d'articles scientifiques par an...

Reste que, depuis sa publication, l'étude du professeur Séralini (qui concluait à la toxicité chronique, sur des rats, de l'herbicide Roundup et du maïs NK603, produits par Monsanto) avait été critiquée de toutes parts. Elle a en effet été réalisée sur un trop petit nombre d'animaux, par ailleurs génétiquement enclins à développer spontanément les pathologies observées.

Mais les études réalisées par Monsanto, pour justifier l'absence de toxicité des OGM, sont réalisées sur des groupes de rats de taille similaire. La question posée par les travaux de Gilles-Eric Séralini est donc la suivante : les critères d'évaluation actuellement retenus par les institutions pour protéger la santé des citoyens sont-ils suffisamment rigoureux ?

Une revue libre d'accès

"Nous avons eu des propositions de cinq éditeurs pour republier l'étude et nous avons choisi Environmental Sciences Europe car cette revue [est libre d'accès], ce qui va permettre de mettre à la disposition de toute la communauté scientifique les données brutes [de nos travaux]", a expliqué mardi 24 juin Gilles-Eric Séralini au cours d'une conférence de presse.

Enrichi de nouvelles analyses statistiques, le nouvel article s'appuie sur les mêmes données que la publication de 2012.

"Nos travaux montrent de graves perturbations hépatiques et rénales, ainsi que des hormones sexuelles et l'apparition de tumeurs mammaires" sur des rats nourris avec du maïs OGM NK603 et de l'eau contenant des doses de Roundup, a-t-il réaffirmé.

Publier les données brutes

Au cours de sa conférence de presse, le professeur Séralini a de nouveau dénoncé le fait que le retrait de son article de Food and chemical toxicology, en novembre 2013, correspondait avec l'arrivée dans le comité éditorial de la revue de Richard Goodman, "un biologiste qui a travaillé plusieurs années chez Monsanto".

"La plupart de nos détracteurs ont des liens avec l'industrie des biotechnologies", a accusé le biologiste de l'Université de Caen, en mettant en avant la publication des données brutes de ses travaux.

"Nous aimerions qu'il en soit de même pour les industriels", a-t-il ajouté. "Or, il n'en est rien, l'opacité sur les données des industriels est aujourd'hui complètement anormale, c'est une anomalie scientifique", a-t-il estimé.

Winfried Schröder, éditeur pour la revue Environmental Sciences Europe, a dit dans un communiqué souhaiter, en republiant cet article, "permettre une discussion rationnelle" sur ces travaux. 


Source : Republished study: long-term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize. G-E. Séralini et coll. Environmental Sciences Europe, juin 2014. doi:10.1186/s12302-014-0014-5


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