Narguilé, chicha : une bouffée équivaut à une cigarette

Fumer le narguilé peut être plus nocif que la cigarette, ont rappelé des experts réunis à Abou Dhabi à l'occasion de la 16ème conférence mondiale sur le tabac ou la santé. Ils confirment "qu'une simple bouffée de narguilé (450 mL) est presque égale au volume de fumée inhalé avec une cigarette entière (500 mL)".

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Narguilé, chicha : une bouffée équivaut à une cigarette
Narguilé, chicha, pipe à eau : une bouffée équivaut à une cigarette

De nombreux usagers du narguilé (ou chicha) supposent que cette pipe à eau est moins dangereuse que la cigarette, car qu'elle filtrerait les toxines du tabac. Il n'en est rien, rappellent les experts réunis à l'occasion de cette conférence(1).

Lorsque la fumée chaude passe à travers l'eau à la base du narguilé, elle se refroidit. De ce fait, elle est ensuite "facilement et [plus] profondément inhalée par les fumeurs", détaille la dernière édition de l'Atlas du tabac. [pdf]

Pour Edouard Tursan d'Espaignet, un responsable de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), "une séance de chicha [d'une vingtaine de minutes] peut être équivalent à fumer 20 à 30 cigarettes […] ce qui peut être très dangereux".

Une pratique populaire

Le narguilé, qui jusque récemment était surtout fumé par des hommes âgés, est devenu une grande source d'inquiétude pour les mouvements anti-tabac, dans la mesure où il est de plus en plus populaire sur les campus universitaires.

Le nombre d'adeptes s'est développé ces dernières années aux Etats-Unis et en Europe.

"Des jeunes entre 18 et 24 ans, éduqués et urbains" fument de plus en plus le narguilé, a indiqué à l'AFP Gemma Vestal, qui travaille pour l'"Initiative pour un monde sans tabac", un département dépendant de l'OMS.

Selon Ghazi Zaatari, de la faculté de médecine de l'Université américaine de Beyrouth, les saveurs aromatiques ajoutées au tabac offrent aux jeunes fumeurs une alternative "plus douce", en terme de goût, au tabac traditionnel.

De nombreux composés toxiques

Gemma Vestal met notamment en garde contre la grande quantité de monoxyde de carbone dans le narguilé. "Ses effets nocifs comprennent un impact sur le système respiratoire, le système cardio-vasculaire, [la bouche] et les dents".

De nombreux travaux ont démontré les dangers du narguilé. Selon une étude réalisée en 2005 par l'OMS, la fumée d'un narguilé délivre de grosses concentrations de composés toxiques incluant, outre du monoxyde de carbone, des métaux lourds, des substances chimiques cancérigènes et un niveau de nicotine suffisant pour créer une dépendance.

Mi-2012, des chercheurs avaient souligné que des symptômes de gêne respiratoire étaient observés chez une proportion analogue de fumeurs de narguilé et de fumeurs de cigarettes "ayant l'habitude d'inhaler profondément". Cette proportion était 30% supérieure à celle de fumeurs "inhalant normalement", et triple par rapport à des non-fumeurs.

Un nouveau créneau pour l'industrie

Les experts notent que les compagnies internationales de tabac investissent de plus en plus dans le créneau du narguilé. Or, peu de mesures ont été prises pour en freiner l'utilisation, comparées à celles prises contre la cigarette.

L'Atlas du tabac, actualisé à l'occasion de la conférence, souligne que les pipes à eau relèvent d'une catégorie moins ou pas contrôlée de produits liés au tabac.Les auteurs notent qu'en Europe et en Amérique du Nord, ces dispositifs jouissent d'exemptions spécifiques, "qui permettent de fumer en public dans des zones en principe sans fumée".

 

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(1) La Conférence mondiale sur le tabac ou la santé (WCTOH) a lieu tous les trois ans. Accueillant près de 3.000 délégués du monde entier, elle est organisée cette année avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates, de Bloomberg Philanthropies, de New Venture Fund, des Centres étasuniens pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), du Département de la santé et des services sociaux des États-Unis (National Institutes of Health et National Cancer Institute), de l'Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires, de la Société américaine du cancer, de l'Office de promotion de la santé de Singapour, de l'Organisation mondiale de la Santé, l'Autorité de la santé d'Abou Dhabi, de l'Autorité du tourisme et de la culture d'Abou Dhabi, de l'Autorité de la santé de Dubaï. The Emirates Cardiac Society est l'hôte de la conférence.

 

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