Transgenre : une association souhaite simplifier le parcours médical des personnes en transition

Transgenre : une association souhaite simplifier le parcours médical des personnes en transition

Le premier congrès de l’association Trans Santé-France s'est tenu le 23 septembre à Lille. Ses membres souhaitent une simplification de la démarche suivie par les personnes trans pour obtenir une chirurgie ou une thérapie hormonale.

Lucile Boutillier
Rédigé le , mis à jour le

Je n’avais pas besoin d’aller voir un psychiatre pour dire que j’étais transgenre”, s’exclame Béatrice Denaes, vice-présidente de l’association Trans Santé-France. Autrefois connue comme un homme, Mme Denaes a fait son coming-out comme femme trans en 2019. Elle a depuis subi une vaginoplastie et une féminisation du visage.

Pour ces opérations, elle a été obligée de rencontrer un psychiatre durant quatre ou cinq séances. “Il m’a dit lui-même après coup qu’il n’y en avait pas besoin, raconte-t-elle. J’ai eu besoin du psy pour ensuite rencontrer un endocrinologue (ndlr : médecin spécialiste des hormones), puis enfin il y a eu une réunion de médecins pour accepter ma vaginoplastie.

Cette réunion de médecins correspond à une recommandation de la Haute Autorité de Santé émise en 2010. En effet, avant une chirurgie d'affirmation de genre (vaginoplastie ou phalloplastie), la HAS préconise d'étudier le projet de la personne trans dans des structures composées de psychiatres, d'endocrinologues et de chirurgiens.

A lire aussi : Les conséquences sur la santé des discriminations anti-LGBT

Des avis de plusieurs médecins

Toutes les personnes trans ne souhaitent pas subir de chirurgie, qu’elle concerne les organes génitaux, la poitrine ou le visage. Beaucoup se contentent de prendre des hormones, qui donnent progressivement au corps des caractéristiques physiques du genre visé. Par exemple, une voix plus grave, ou l’apparition de seins.

Mais pour prescrire une thérapie hormonale, les médecins généralistes exigent souvent l’autorisation d’un psychiatre, voire orientent le patient vers un endocrinologue. Coraline, 31 ans, s’est rendue chez un médecin généraliste début 2019 pour recevoir des hormones féminisantes. Ce médecin a refusé de les lui prescrire sans l’avis d’un endocrinologue.

Au bout de trois ou quatre mois de recherche, j’ai pu voir une endocrino, qui a été totalement exécrable et m’a humiliée, raconte Coraline. Elle m'a dit qu'on ne devient pas une femme et a refusé de me prescrire les hormones. Elle a ajouté un ‘monsieur’ à chaque phrase et a refusé mon certificat d’affection longue durée, donc j'ai dû payer la consultation …

Un processus trop long et trop contraignant

Généralistes, psychiatres et endocrinologues se renvoient ainsi régulièrement leurs patients trans. Selon le Dr Nicolas Morel-Journel, président de Trans Santé-France et chirurgien spécialiste des phalloplasties et vaginoplasties, ce parcours est très critiqué aujourd’hui et avec raison.

Souvent, on est très gêné de demander l’avis d’un psychiatre et d’un endocrinologue à des gens qui vont très bien, qui sont très équilibrés. Quand on discute avec eux, on ne voit pas de raisons de leur demander d’aller rencontrer des gens qu’ils n’ont pas envie de rencontrer et de les mettre en difficulté”, raconte ce chirurgien.

Pour les personnes concernées, cette perte de temps pose de grandes difficultés au quotidien. Capucine Hasbroucq, 50 ans, s’est vue refuser son augmentation mammaire par l’Assurance Maladie et doit attendre avant de subir cette chirurgie : “Je ne peux pas aller à la piscine par exemple. Quand j’enlève mes prothèses, je me sens comme une femme à qui on a retiré la poitrine.

Débrouillardise forcée des patients

Alors pour éviter de trop nombreux rendez-vous ou pour gagner du temps, de nombreuses personnes trans choisissent un chemin détourné. Après sa mauvaise expérience avec son endocrinologue, Coraline a décidé de commander ses hormones en ligne. Elle a ensuite suivi les conseils d’autres personnes trans trouvés en ligne, ainsi que ceux de médecins et de publications de pharmacologie.

Six mois d’automédication plus tard, son médecin généraliste a fini par accepter de lui prescrire ces hormones et elle est désormais suivie correctement.

Cassandre, 23 ans, a décidé quant à elle de choisir une généraliste connue dans la communauté trans pour accepter de prescrire des hormones sans difficulté. “Comme je me suis renseignée avant, je n’ai pas eu besoin d’aller voir un psychiatre”, explique-t-elle.

Simplifier les parcours de transition

Face à toutes ces difficultés, le premier congrès de l’association Trans Santé-France veut  “dépathologiser” les parcours des personnes trans. “Ce n’est pas une pathologie, rien n’est dysfonctionnel”, insiste son président. Alors ce chirurgien souhaite que les personnes trans ne soient pas obligées de rencontrer un psychiatre si elles n'en expriment pas le besoin.

"Dans le cas où la personne vient nous voir avec un discours limpide, très cohérent et équilibré, on pourrait avancer plus vite. Mais il faut aussi pouvoir adresser certains patients qui ne vont pas bien à un psy spécialisé, précise-t-il. Il vaut mieux éclaircir ses doutes avant la chirurgie qu’après …

Pour ce médecin, le processus est demeuré figé pendant trop longtemps. “Au début, avoir ces parcours rigides nous a permis de faire accepter les chirurgies et d’aider les gens à faire des transitions. On a sûrement été trop rigides trop longtemps. C’est en ce moment que ça va se passer, c’est assez excitant de se dire qu’on va pouvoir faire évoluer des choses qu’on espérait faire évoluer depuis longtemps. Je crois que c’est inéluctable.