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La sexualité en 9 lettres : I comme imaginaire érotique

Fantasmes doux ou torrides, scénarios coquins ou débridés… L'imaginaire érotique est une caresse de l'esprit qui démultiplie l'excitation et attise le désir. Très intime, parfois inavouable, c'est aussi un allié de choix pour alimenter sa libido et parfois intensifier la vie sexuelle.

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La sexualité en 9 lettres : I comme imaginaire érotique
La sexualité en 9 lettres : I comme imaginaire érotique
Sommaire

Les fantasmes en folie

Les sexologues connaissent bien le terme d'imaginaire érotique, qui est un outil précieux pour nourrir la libido de leurs patients en mal de désir. C'est une sorte de boîte à fantasmes, dans laquelle puiser pour démultiplier son excitation sexuelle. L'imaginaire se définit comme la capacité à penser à des images et/ou à en fabriquer de nouvelles. Dans le domaine érotique, il consiste à imaginer des personnes, des situations, ou à produire des scénarios, pour augmenter son excitation sexuelle. Les fantasmes constituent donc le matériau clé de notre imagination sensuelle et ils sont souvent révélateurs du fonctionnement sexuel.

D'où vient le mot fantasme ?

Il vient du grec phantasma, signifiant apparition, fantôme, hallucination visuelle. Deux mots co-existaient en français : phantasme, pour signifier une hallucination, et fantaisie, pour désigner la capacité à imaginer. Freud, père de la psychanalyse, a utilisé le mot phantaisy, de signification plus globale, qualifiant le monde imaginaire, ce qui l'anime ; ses traducteurs ont fusionné les termes français. Le mot fantasme, tel que nous le connaissons, était né.

Tout le monde fantasme, même ceux qui en doute. Ils n'en ont pas forcément conscience ou ils ont tout simplement un imaginaire érotique plus doux, comme anticiper sa prochaine étreinte. Et c'est toute la spécificité de la vie imaginaire intime : elle est propre à chaque personne et suivant l'histoire personnelle, la vie sexuelle, les envies ou la capacité à s'autoriser des fantasmes, elle se pare d'un voile très léger ou au contraire plus dense. Elle fera beaucoup d'effet à un individu mais laissera un autre indifférent, ou le bloquera. Il n'y a aucune raison d'avoir honte ou de penser que ses fantasmes sont moins riches, moins osés que ceux de son ou sa partenaire : ils sont simplement différents et c'est ce qui fait leur spécificité et leur charme.

À quoi servent les fantasmes ?

Les fantasmes sont irréels et cette irréalité leur confère justement un pouvoir aphrodisiaque puissant : leur goût d'interdit ou d'impossibilité est puissant… Ce sont d'intenses stimulants de l'excitation et le plus souvent du plaisir. Plus l'excitation est élevée, plus le plaisir est susceptible d'être ardent. Et la transgression de l'interdit a de tout temps été un moteur explosif : la crainte côtoie l'excitation et démultiplie les sensations.

Comme tout se joue dans l'imagination, ces jeux de l'esprit ne font aucun mal et ils permettent d'expérimenter toute une palette de comportements que l'on ne réaliserait pas dans la vie réelle. C'est donc un carburant de l'activité sexuelle (qu'elle soit masturbatoire ou à deux).

Autre fonction de la panoplie de fantasmes, et pas des moindres : elle sert également à compenser une baisse de l'excitation le jour où le désir commence à s'émousser, où la fatigue ralentit les réactions, où l'on ne se sent pas d'humeur légère. C'est pour cette raison que les sexologues constatent qu'un imaginaire érotique riche est souvent le témoin d'une vie sexuelle plus épanouie.

La vie fantasmatique sert également à combler les manques de la vie, qu'ils concernent son partenaire (ah faire l'amour avec Brad Pitt...), soi-même (ah le double de nous-même, qui a tellement plus confiance en son sex-appeal que nous) ou encore de sa vie sexuelle (ah si elle nous faisait davantage vibrer).

Quels sont les fantasmes les plus courants ?

Une étude[1] publiée en 2014 dans le Journal of sexual medicine avait posé la question à plus de 1.500 Américains. Les hommes avaient confié être émoustillés par le triolisme (rapport à trois), le sexe oral, le fait de regarder sa femme avoir un rapport avec un autre homme, la sodomie et plus de la moitié fantasmaient sur la soumission. Les femmes, elles, vibraient davantage pour une plage isolée, le fait d'être attachées, de recevoir des fessés ou d'être forcées. Différences majeures entre les sexes : les hommes étaient prêts à réaliser certains fantasmes tandis que les femmes les laissaient à leur place imaginaire.

Faut-il parler de ses fantasmes ou les réaliser ?

En parler à son partenaire est très personnel et ce ne devrait être en aucun cas une obligation : il faut être suffisamment à l'aise avec soi-même ou se sentir en confiance pour accepter le jugement de l'autre. La sensibilité de certains peut être heurtée par des fantasmes qui semblent anodins à l'autre. Le fantasme est susceptible de se dresser entre les partenaires et de compromettre l'entente sexuelle.

Quant à les réaliser, la réponse est difficilement prévisible tant elle varie d'une personne à l'autre et d'un fantasme à l'autre. Il vaut mieux en parler dans un premier temps et définir des règles, Risque principal, la réalisation concrète fait perdre un fantasme qui fonctionnait bien et impose d'en trouver un autre aussi efficace, souvent plus fort, avec le risque de tomber dans une sorte de surenchère sexuelle.

Des sentiments négatifs, comme la déception, peuvent survenir : la réalité est bien différente de l'imagination, qui nous offre une maîtrise absolue, du type de corps aux détails précis du scénario, en passant par le lieu exact où l'envie sexuelle est assouvie. Le contrôle y est complet, ce que la réalisation dans la vie réelle ne reproduira jamais aussi intensément. La réalisation de son fantasme est donc susceptible d'entraîner une forme de déception, un sentiment d'insécurité, de la possessivité, voire même de la jalousie si d'autres personnes sont impliquées.


[1] Joyal, Christian. Cossette, Amélie et Vanessa Lapierre. What exactly is an unusual sexual fantasy, Journal of Sexual Medicine, 31 octobre 2014

Enrichir son imaginaire érotique : arts et vie quotidienne

Cultiver son jardin intime est une très bonne façon d'alimenter sa libido pour la faire grandir. La première étape passe par une connexion intime avec ses désirs, sans les brider et sans les juger.

Nos fantasmes révèlent-ils nos envies inconscientes ?

Les fantasmes sont plus ardus qu'il n'y parait, tout simplement parce que le plus souvent, ils ne reflètent pas du tout nos désirs dans la vie réelle ! Par exemple, si une femme fantasme souvent de faire l'amour avec une autre femme, cela ne traduit pas pour autant une homosexualité refoulée (elle peut simplement avoir envie d'une amante qui sache parfaitement la faire jouir). Ou imaginer faire l'amour à trois, alors que l'on a un rapport à deux, traduit parfois simplement l'envie de tester de nouvelles choses, tout en étant sécurisé par la présence de son partenaire. Un fantasme de soumission ne révèle pas forcément l'envie de domination. Il faut donc se méfier des interprétations de prime abord… Mais si un fantasme devient étrangement obsédant, il peut être nécessaire de réfléchir sur sa signification et à ce que cela dit de vous et de votre vie sexuelle.

L'imaginaire érotique se nourrit surtout de "rêveries" sensuelles ou d'images torrides, qui laissent la place à l'imagination. Au contraire, les fantasmes peuvent être puisés dans la vie réelle, avec un plombier très séduisant, une photo évocatrice, une situation de vie, un souvenir érotique puissant remis au goût du jour avec une autre personne ou dans un autre endroit.

Tout est possible, c'est le propre du fantasme, et sa grande force. Il ne faut pas hésiter à explorer sa part d'ombre, nous en avons tous une, plus ou moins entravée par notre éducation, nos censures, nos principes. Avant tout, il faut savoir s'écouter, sans culpabilité et sans reproche.

Se forger une culture érotique

Les arts regorgent d'idées plus sensuelles les unes que les autres… La littérature a offert de délicieux frissons et décliné toute la palette de l'érotisme, du plus léger au plus intense. Sade et sa Justine, Aragon et son Irène, mais aussi Guillaume Apollinaire avec son roman jugé pornographique les Onze mille verges. Les femmes ont eu davantage de mal à s'imposer aux mâles qui relataient la mise en scène de leurs fantasmes ; mais Pauline Réage ou Anaïs Nin, pour ne citer qu'elles, ont ouvert la voie. En 2013, le "mummy porn" (porno pour Maman) avec Fifty shades of Grey, a eu le mérite de libérer la parole (et le geste) des femmes, même si certain(e)s regrettent que ces romans reprennent les codes de la littérature érotique masculine. Alors pour toucher au plus près les fantasmes féminins, certains éditeurs n'ont pas hésité pas à créer une collection de livres érotiques, écrits par des femmes pour les femmes. Octavie Delvaux, directrice de la collection G à la Musardine et auteure du remarqué Sex in the kitchen, confiait ainsi des différences notables aussi bien dans la forme que dans le fond. Les fantasmes féminins sont extrêmement riches et parfois "trash" ; le style littéraire fait la part belle à la montée du désir et à l'expression des sentiments.

Classiquement, les hommes sont dits plus visuels que les femmes : un décolleté plongeant, des bas joliment portés, une cambrure sensuelle, les mettent parfois dans tous leurs états. Ils sont souvent plus sensibles aux vidéos ou films qu'aux livres, tout comme certaines femmes d'ailleurs. Là encore, si l'on est réceptif aux images, il est possible d'approfondir sa culture cinématographique érotique ou X. Et pour les femmes qui reprochent au porno de promouvoir une vision sexiste de la femme, pourquoi ne pas découvrir le X féministe, que réalisent entre autres Ovidie et Erika Lust.

Pour ceux qui sont plus sensibles à l'ouïe, certaines œuvres sont disponibles en version audio… Les plus à l'aise avec les mots, se mettront à l'écriture de nouvelles érotiques si le cœur (ou le corps) leur en dit, ou de scénarios qui seront réalisés à deux. Et ceux dont les mains aiment créer pourront se mettre à la sculpture ou la peinture de corps.

Accueillir l'érotisme de la vie

La vie autour de nous est riche de symboles ouvrant la porte aux fantaisies érotiques. La nuque d'une femme assise dans le bus devant soi, une main puissante d'homme ou une voix grave qui résonne dans tout votre corps. Cultiver ses fantasmes, c'est aussi accueillir toutes les images et tous les sons de la vie quotidienne qui font de l'effet. Encore faut-il y être attentif ! C'est prendre le temps lors d'une sieste à moitié endormi, ou crapuleuse, de voir ce qui vient à l'esprit, sans juger et sans brider ses envies imaginaires.

L'environnement qui nous entoure peut être aussi une source de fantasmes. La nature offre ainsi des parallèles avec la sexualité : certaines fleurs, comme les orchidées, sont ouvertes comme la vulve aux pétales humides. D'autres ressemblent à un pénis, tels que l'anthurium. Les citadins apprécieront certaines sculptures, divinement sensuelles, comme celles de Rodin qui sublime les courbes féminines ou retranscrit puissamment le désir au sein d'un couple. Lors d'un concert, les mains du musicien sur les cordes d'un violoncelle ou les touches d'un piano, peuvent faire grimper aussi haut que la musique, grâce aux pensées intimes…

Il y a tant de façons de faire fonctionner son imagination, seul ou à deux : par exemple au restaurant ou ailleurs, en regardant une personne attirante, en imaginant comment elle embrasse. En matière d'imaginaire érotique, tout est question d'état d'esprit et de liberté, celle de s'embraser…

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