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Attentats de Paris : vos questions, nos réponses

Si toute la population est choquée après les terribles attentats de Paris, les réactions peuvent être diverses. On peut être particulièrement touché parce qu'on connaissait quelqu'un ou parce que ces évènements peuvent en raviver d'autres. Il y a la sidération, la tristesse ou encore la colère. Il y a aussi les questions des enfants. La peur qui peut s'emparer de chacun d'entre nous.

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Attentats de Paris : vos questions, nos réponses
©Lionel Simon
Sommaire

Comment expliquer à un enfant ce qu'il se passe ?

Comment expliquer à ma fille de 3 ans ce qu'il se passe en ce moment ?

Les réponses avec le Pr Catherine Jousselme, pédopsychiatre, et avec Françoise Rudetzki, fondatrice de l'association SOS Attentats :

"Je crois que plus le temps va passer, plus les médias sont ce qu'ils sont, plus les petits copains sont ce qu'ils sont… plus les enfants vont se rendre compte qu'il s'est passé quelque chose. Et ils vont s'en rendre compte avec des mots qui ne sont pas forcément adaptés. Il est important, qu'à un moment ou à un autre, les parents puissent juste expliquer en quelques mots qu'il s'est passé des choses graves dans notre pays, que tous les adultes sont solidaires pour que cela s'arrête et que si l'enfant est inquiet, les adultes sont disponibles à ces questions.

"La difficulté quand on dit strictement rien, c'est que si l'enfant a peur, il n'ose même pas en parler aux adultes. Il faut ouvrir le terrain pour dire à l'enfant qu'on n'est pas très bien en ce moment, que des évènements se sont passés… et que si l'enfant veut en parler, on est disponible pour en parler. C'est par la créativité que les enfants s'en sortent. Dès qu'ils peuvent imaginer, dessiner… cela les aide à se représenter quelque chose de pensable.

"Ce qui s'est passé est impensable pour notre cerveau humain, c'est inhumain. Il faut arriver à ré-humaniser les choses et par rapport aux enfants l'expression des choses par les mots n'est pas toujours faisable. Mais par le dessin, par les jeux… cela devient possible. Les parents peuvent être simplement présents pour ouvrir cette porte sans donner pour les plus petits des détails.

"Lors des événements de Charlie Hebdo, trois écoles sont à proximité du lieu. Et les enfants du quartier ont été réunis dans les écoles et des dessins ont été faits. Ils ont repeint des poteaux dans le XIe arrondissement… Il y a eu une prise en charge de ces enfants qui sont venus exprimer leur solidarité à travers la peinture, les dessins… Et en janvier 2016, une publication sera distribuée gratuitement. Elle recueillera tous les dessins, toutes les peintures avec des textes. Cela a été la façon des enfants d'extérioriser, de participer à l'événement. C'est une très bonne initiative.

"Cela est essentiel car dans ce qu'il se passe, c'est l'impuissance qui domine. Penser, c'est résister. Mais pour l'enfant, penser ne passe pas forcément par les mots, mais par d'autres moyens."

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Je ne ressens aucune émotion, est-ce normal ?

Je ne ressens rien du tout par rapport à vendredi, est-ce normal ? Dois-je appeler la cellule psychologique ?

Les réponses avec Carole Damiani, psychologue clinicienne, le Pr Catherine Jousselme, pédopsychiatre :

"Si cette personne ne ressent rien, ce n'est pas la peine de consulter pour autant.

"Cette réaction est intéressante. Il y a tellement de réactions émotionnelles que les personnes qui se sentent un peu froides, c'est aussi un mode de défense. Il faut se surveiller, c'est bien si cette personne se pose des questions. Il faut qu'elle se surveille, que les personnes qui l'aiment la surveillent et observent si quelque chose ne va pas bien… Et à ce moment-là, elle pourra en parler autour d'elle."

Faut-il éviter la répétition d'images ?

Je n'arrête pas de pleurer lorsque je vois les images de la tragédie, pourtant je n'habite pas à Paris. Pourquoi ?

Les réponses avec le Pr Catherine Jousselme, pédopsychiatre :

"Le mouvement est double. Je pense qu'il est négatif de passer des heures à voir en boucle les mêmes images. Une fois que l'on sait, c'est bon, on n'a pas besoin de les revoir. Ensuite, le fait d'avoir vu les visages des victimes fait que l'on se pose des questions, on se demande pourquoi… et en même temps c'est leur mémoire. On est donc dans un double mouvement. On se dit que c'est extrêmement violent et en même temps c'est la mémoire de ces personnes. Et parfois il est important pour les familles de victimes que cette image passe.

"On a fait l'état des lieux de ce qui s'est passé. Maintenant, l'avenir c'est tout ce qui passe dorénavant (la sécurité, l'Etat…) et le lien humain qui va nous permettre de digérer au mieux. Si on est très mal, si on a vraiment l'impression de pleurer tout le temps, si cela nous empêche de travailler, de penser, d'être normal avec nos enfants, d'arrêter nos activités… dans ce cas, il faut consulter. Il faut aller voir quelqu'un de confiance, pas forcément un psy au départ. Si notre médecin généraliste est une personne de confiance, il faut y aller, il ne faut pas rester avec ça."

Comment surmonter sa peur ?

J'habite à Valenciennes et j'ai 21 ans. Je veux être forte mais la peur m'envahit dans la rue. Que faire ?

Les réponses avec Carole Damiani, psychologue clinicienne, le Pr Catherine Jousselme, pédopsychiatre :

"On a vu des choses similaires au moment des attentats de 1995. La différence avec les attentats de janvier 2015, c'est qu'en janvier les attentats étaient ciblés. On a ciblé des policiers, des juifs, des caricaturistes… mais les attentats du 13 novembre 2015 ont visé tout le monde. Et le terrorisme a pour fonction de concerner tout le monde. Tout le monde peut être victime.

"Le but du jeu est d'essayer malgré tout de surmonter son angoisse, d'en parler avec les autres… Mais il faut aussi prendre des mesures de sécurité car on sait que ces événements peuvent se reproduire. Ce serait se voiler la face de dire qu'il n'y a plus de danger… Il est important de prendre en compte cette angoisse et cette anxiété. Et il y a des choses qu'on ne peut pas faire avec la même désinvolture, avec la même "innocence" comme on le faisait autrefois.

"On voit dans les personnels soignants des services, on a passé notre temps à s'appeler. Ce réseau de solidarité, c'est aussi le lien humain. Ce qui se passe, c'est une effraction par rapport à l'humanité. Le lien, c'est humain. Nous sommes des êtres de relation, même les bébés sont des êtres de relation. C'est ce lien qui va permettre d'avoir moins peur. Il faut que cette solidarité entre les gens existe, toutes les générations confondues, et que cela réanime quelque chose d'humain entre nous. Cela est très important sinon on a des angoisses terrifiantes. Et les soignants s'engagent pour rappeler qu'il y a des choses pensables et que l'on peut en créant des choses les rendre de nouveau plus humaines et les partager. Ce qui est terrible, c'est l'impartageable, l'impensable.

"Ce genre d'événement n'est pas une catastrophe pour les soins mais c'est très compliqué pour les enfants et pour les parents qui sont avec des enfants plus fragiles en grande difficulté, de les contenir et de les rassurer. On organise des choses pour que tout soit cadré, encadré… que la vie continue dans les services, qu'il s'y passe des choses positives et que ces enfants aient le moins d'angoisse qui les mettrait vraiment mal.

"On a aussi vu que pour une personne disparue, on avait 40-50 personnes qui venaient demander des nouvelles. Ce n'était pas uniquement la famille proche. On a les collègues qui viennent, les amis… Il y a une inquiétude les uns pour les autres et ce sont ces marques de solidarité qui vont à l'encontre justement de l'angoisse qui nous est injectée à un moment donné.

"Pour les personnes fragiles, les grands anxieux, les dépressifs… il est préférable qu'ils consultent et qu'ils se fassent aider pour éviter qu'ils ne soient seuls  avec cette angoisse."

Faire face au traumatisme par procuration

• Je n'étais pas sur les lieux, aucun proche n'a été atteint et pourtant, depuis cette nuit, je tremble et ne dors plus, pourquoi ?

Les réponses avec Carole Damiani, psychologue clinicienne, le Pr Catherine Jousselme, pédopsychiatre :

"Quand on n'a pas vécu l'événement, normalement les troubles s'apaisent relativement rapidement. Si les images les touchent autant, il faut arrêter de les regarder. Un choc a été ressenti, mais un traumatisme ne se transmet pas aussi facilement. Pour les personnes traumatisées, on va être exigeant sur les mots : le terme traumatisme s'adresse aux personnes qui ont vécu l'événement, qui étaient présentes, qui ont des conséquences à long terme… Pour les personnes qui sont devant leur écran, il s'agit d'un choc psychologique mais ces personnes peuvent le gérer et si elles ne le gèrent pas, il faut se poser des questions sur l'impact que cela a sur elles. Être touché c'est une chose mais quand ça dure, ça pose question.

"Je pense que cela est souvent lié à l'histoire de chacun. Cela réanime nos fantômes, nos failles, nos deuils… Concernant les enfants, ils passent beaucoup de temps à l'école et il est important que leurs parents leur disent que si ça ne va pas dans la journée, ils peuvent en parler à la maîtresse. La maîtresse est aussi présente pour écouter si ça ne va pas. Il est important pour un enfant de ne pas se sentir seul. A un moment donné il peut simplement avoir peur pour ses parents.

"Dans la tête c'est un peu le monde qui bascule. Il faut avoir cette optique que les enfants ont souvent une grande sensibilité. Ils sentent ce que les adultes vivent de l'insécurité. Il faut les rendre actifs et leur permettre de se réinscrire dans un mouvement de vie sans avoir l'impression que ça ne sert à rien de vivre dans un monde comme ça. Il y a plein de choses à vivre tous ensemble dans un monde comme ça… et les adultes doivent être présents sur ces points."