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Mucoviscidose : l'espoir de la thérapie génique

Depuis des décennies, les thérapies géniques expérimentées pour traiter le gène défaillant de la mucoviscidose ont systématiquement échoué. Une nouvelle piste encourageante est aujourd'hui apportée par une équipe de recherche britannique, qui a réussi à stabiliser l'état de la maladie chez certains patients.

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Les chercheurs ont fait inhaler aux malades une version saine du gène CFTR responsable de la mucoviscidose (Image d'illustration)

La mucoviscidose est une maladie génétique grave, qui affecte principalement les voies respiratoires et digestives. Le gène responsable, CFTR, a été découvert en 1989. Depuis, les scientifiques n'ont cessé de chercher un moyen pour faire pénétrer la version saine de ce gène dans le corps des malades. Jusque là, tous les essais de thérapie génique ont été décevants, le problème venant du vecteur utilisé pour faire entrer ce gène dans les poumons. Classiquement en génétique, les chercheurs utilisent l'enveloppe d'un virus pour faire voyager le gène sain. Mais pour la mucoviscidose, ce vecteur viral provoquait systématiquement des réactions inflammatoires chez le malade.

Qu'est-ce que la mucoviscidose ?

La mucoviscidose est la conséquence du défaut d'une protéine qui permet l'hydratation du mucus pulmonaire. Chez les personnes malades, le mucus circule mal et s'accumule, l'empêchant de jouer son rôle protecteur. Les germes qu'il est censé transporter à l'extérieur du corps restent dans l'organisme, les infections sont plus fréquentes. De plus, l'épaisseur du mucus gêne le passage de l'air et le patient respire mal.

Pour la première fois, une nouvelle enveloppe d'introduction a été testée. La version normale du gène de la mucoviscidose n'était cette fois-ci plus incorporée dans un virus, mais dans un vecteur synthétique. L'étude britannique, publiée le 3 juillet dans la revue The Lancet Respiratory Medicine, donne des résultats "modestes" mais "encourageants". La technique mise au point consiste à faire inhaler aux patients des molécules d'ADN afin d'amener une copie non altérée du gène jusqu'aux cellules pulmonaires.

Une stabilisation de la maladie, mais pas d'amélioration

Une fois par mois, 136 patients atteints de mucoviscidose ont respiré soit ce gène, soit un placebo. Après un an de traitement, les patients du groupe thérapie génétique avaient une fonction respiratoire (1) supérieure de 3,7% à ceux ayant reçu un placebo. L'augmentation atteignait même 6,4% chez les patients ayant la fonction respiratoire la plus dégradée.

Cependant, il ne s'agit pas d'une amélioration de la maladie, mais bien d'une stabilisation. D'autant plus que les réponses à l'inhalation ont été "hétérogènes" avec des patients traités qui répondaient et d'autres non. Mais pour le Pr Eric Alton, l'un des auteurs de l'étude, "la stabilisation de la maladie respiratoire est en elle-même un objectif valable". De nouvelles études vont être menées sur des thérapies géniques non-virales, utilisant des vecteurs plus performants, avec différentes doses ou combinaisons de traitements, ajoute le chercheur.

Ces résultats restent un espoir pour les malades, car aucun traitement curatif n'existe contre la mucoviscidose. La prise en charge s'accompagne généralement d'une palette de soins : aérosols, kiné respiratoire et souvent des dizaines de médicaments. La thérapie génétique pourrait donc être un pas de plus dans l'arsenal de lutte contre cette maladie qui touche 6.000 Français. Depuis des décennies, la recherche avance offrant une meilleure espérance de vie aux malades. Il y a 50 ans, une personne atteinte de mucoviscidose mourrait en moyenne à 7 ans, aujourd'hui l'espérance de vie est de plus de 40 ans (2).

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(1) La fonction respiratoire est mesurée grâce à la quantité d'air expulsée durant la première seconde d'une expiration rapide et forcée.

(2) Selon l'Inserm

Source : Repeated nebulisation of non-viral CFTR gene therapy in patients with cystic fibrosis: a randomised, double-blind, placebo-controlled, phase 2b trial. E. Alton et al. The Lancet Respiratory Medicine, juillet 2015. http://dx.doi.org/10.1016/S2213-2600(15)00245

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