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"Implant files" : témoignages de victimes

Victimes de complications liées à la pose de prothèses PIP, d’implants Essure ou de la prothèse Prolift, plusieurs femmes se sont confiées au Magazine de la Santé ces derniers mois.

Rédigé le , mis à jour le

La société PIP a vendu des implants remplis d’un gel silicone frauduleux

Coup de tonnerre dans le monde médical. Les "implant files", une enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), révèlent que la certification européenne (CE) de nombreux dispositifs médicaux ne fait l’objet de quasiment aucun contrôle. Sont notamment concernés des implants mammaires, des prothèses vaginales, des implants contraceptifs, des prothèses de hanche ou des pacemakers.

En France, selon les chiffres de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui tient un répertoire des signalements de matériovigilance, le nombre d'incidents lié à ces implants aurait doublé en dix ans, avec plus de 18.000 cas en 2017 et environ 158.000 incidents en 10 ans. D’après l’ICIJ néanmoins, ce bilan est très opaque. Le Magazine de la Santé, pour sa part, a récolté plusieurs témoignages au fil des années.

Joëlle, victime des prothèses PIP

Joëlle Manighetti est l’une de 7.445 femmes à s’être portées partie civile dans le procès de Jean-Claude Mas, à l’origine du scandale des prothèses PIP. "J’ai eu un cancer du sein diagnostiqué en 2009 suite à un dépistage systématique. Ce cancer devait être traité par une mastectomie unilatérale avec reconstruction immédiate. On m’a implanté une prothèse PIP le 9 novembre 2009. Trois semaines plus tard, j’ai commencé à avoir de gros problèmes inflammatoires. Un mois plus tard, ma cicatrice s’est rouverte. Dès la mois de janvier, j’ai eu une coque [quand ça durcit autour de la prothèse, ndlr] très importante de manière très précoce, avec une rétraction du sein et des douleurs assez importantes. J’avais rendez-vous avec mon chirurgien le 1er avril : la veille, on avait appris la décision sanitaire d’interdire ces prothèses. Il m’a proposé de l’enlever tout de suite, et il a réalisé que la prothèse avait perdu 10% de son volume. Du silicone s’était répandu dans la loge opératoire au bout de six mois."

Elle explique qu’au sein de l’entreprise PIP, tout le monde était au courant de ces malfaçons. "Ca a duré comme ça pendant 10 ans, puisque les contrôles de l’organisme certificateur étaient annoncés en amont, et que tout était caché. On faisait croire qu’on fabriquait ces prothèses avec du gel homologué." Pour rappel, la société PIP a vendu des implants remplis d’un gel silicone frauduleux entre 2001 et 2010. Elle a utilisé un gel industriel destiné au gainage électrique, le gel Brentagg, au lieu du gel médical réglementaire, le Nusil. Après avoir apporté la certification avant la mise sur le marché, TÜV avait réalisé 13 contrôles dans les locaux de PIP, entre octobre 1997 et janvier 2010, sans jamais constater de manquements à la réglementation ni faire de vérification concernant les matières premières.

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Marielle et Christelle, victimes des implants Essure

L’implant Essure a été suspendu du marché pour trois mois en août 2017. Le marquage CE n’a pas été renouvelé : sans ce sigle, aucun dispositif médical ne peut être vendu en Europe. Mais il s’agit d’un simple problème administratif, d’après l’organisme de certification irlandais, le National Standards Authority of Ireland (NSAI). Selon l'ANSM cepandant, 1.087 femmes ont été confrontées à un dysfonctionnement du dispositif ou à la survenue d'effets indésirables entre 2003 et début février 2017. Depuis 2001, environ un million d'unités du dispositif médical Essure ont été vendues dans le monde, dont 240.000 en France, selon Bayer.

Marielle, maman de quatre enfants, a décidé d’opter pour une contraception définitive en 2012. Son gynécologue lui propose alors une méthode récente : les implants Essure. Elle est d’abord très satisfaite, mais après un an, des douleurs inexpliquées surviennent. "J’ai le côté du visage qui a commencé à enfler. J’ai eu des douleurs indescriptibles. J’ai commencé à avoir des règles très abondantes fin 2014. Là, l’enfer a commencé", raconte-t-elle. Ses symptômes s’intensifient, au point de l’obliger à rester couchée des journées entières. Mais aucun médecin ne comprend ses douleurs. C’est sur Internet qu’elle se rend compte qu’elle n’est pas isolée : "Je découvre que c’est aux Etats-Unis, en Hollande et en Espagne qu’on compte le plus de problèmes. Je ne suis pas la seule à avoir ce parcours médical."

Christelle, quant à elle, s’est fait poser des implants en 2015. Ceux-ci sont soupçonnés de provoquer des réactions allergiques. "J’avais l’impression que mon corps me lâchait complètement, qu'il était en train de mourir. C’était une torture. Parfois, j’avais des décharges électriques dans les jambes, même la nuit lorsque j’étais allongée" se souvient-elle. Les implants sont définitifs. Pour les retirer, Christelle a donc subi une hystérectomie.

 

Catherine, victime de la prothèse Prolift

Catherine souffre d’un prolapsus génital. En 2010, quand sa descente de vessie finit par lui rendre la vie impossible, elle n’hésite pas à se faire poser une prothèse vaginale Prolift. Pour elle, le problème est réglé, mais trois ans plus tard, des douleurs intenses apparaissent. "Ca n’a fait que s’amplifier, c’étaient des infections urinaires terribles, des douleurs urinaires, des coups de couteau dans le ventre, l’impression d’avoir une râpe dans la vessie…", se souvient-elle.

Après plusieurs mois d’errance médicale, Catherine découvre que ses souffrances sont liées aux attaches de sa prothèse vaginale.  "On m’a fait une radio du basin qui a montré une calcification : on voit une petite tâche blanche, un amas calcaire qui s’est aggloméré autour de l'attache de ma prothèse et qui a migré dans la vessie. Elle a finalement traversé la paroi de la vessie", explique-t-elle.

Un chirurgien décide de la réopérer pour retirer les morceaux de la prothèse. C’est un travail très délicat, comme le souligne Catherine : "La prothèse se mélange dans les tissus, on ne peut donc pas décider de tout enlever." Catherine en est déjà à sa troisième intervention, et une quatrième n’est pas à exclure. Sa prothèse est en polypropylène, et son corps rejette ce tissu en plastique.

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