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35 heures à l'AP-HP : les raisons de la colère

Au bord du burn-out, les agents des hôpitaux de Paris ont manifesté le 21 mai pour protester contre la réforme du temps de travail, dite "des 35 heures". Celle-ci prévoit notamment de faire des économies vertigineuses, en supprimant des jours de repos et des acquis sociaux.

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35 heures à l'AP-HP : les raisons de la colère (Image d'illustration)

Les syndicats avaient promis du monde, ils ne se sont pas trompés. Entre 6.000 et 8.000 agents des hôpitaux de Paris ont clamé en cœur leur colère contre la réforme du temps de travail à l'AP-HP. Les slogans sont témoins de leur épuisement : "Les RTT, c'est pour souffler", "On n'est pas des super héros, on a besoin de repos". "Cela fait longtemps que l'on n'avait pas vu une telle mobilisation", commente Yann Flecher, de la CGT. Les personnels de la Pitié-Salpêtrière ont assuré être venus à "800". Vêtus de blouses blanches, les personnels se sont rassemblés devant le siège de l'AP-HP, près de l'Hôtel de ville. Tous les syndicats ont appelé à cesser le travail. "Votre combat est juste", leur a lancé l'urgentiste Patrick Pelloux. Les médecins, qui ont un statut différent, ne sont pas concernés par la réforme de l'organisation du temps de travail. 

Le projet, porté par Martin Hirsch, prévoit de réorganiser totalement les plages horaires des agents hospitaliers. Il permettrait surtout d'économiser quelque "20 millions d'euros" à l'heure où l'hôpital public est sommé de se serrer la ceinture. Actuellement, plus de 60% des agents travaillent 7h36 (38 heures/semaine) ou 7h50 (39h10) par jour, avec un nombre de RTT allant de 18 à 20 jours par an, auxquels s'ajoutent des journées propres à l'AP-HP. Problème : en raison du manque de personnel, les journées non prises s'accumulent sur les comptes épargne temps. Un stock évalué à 74,7 millions d'euros fin 2014, rappelle la direction. 

Des services déjà saturés

La réduction des plages horaires journalières à 7h30, voire 7h00, atténuerait ces frais, en diminuant, ou supprimant les RTTSans embauche, cette réduction serait "socialement injuste pour des agents dévoués et en première ligne au quotidien auprès des patients" et dont les salaires sont gelés depuis 2010, estime Rose May Rousseau, déléguée syndicale. Au vu du plan drastique d'économie, aucune embauche n'est prévue… "Faire en 7h ce qui se fait en 7h36, se traduirait par une productivité plus intense, moins de repos", et nuirait à la "sécurité des patients", s'indigne-t-elle.

Quels agents pourraient voir leur RTT diminuer, ou disparaître? Les jours de congés octroyés pour des événements particuliers comme la fête des mères sont-il menacés ? Les agents sont inquiets, car les jours de RTT sont le seul moyen pour souffler… Lors de la manifestation, une infirmière de l'hôpital Georges-Pompidou (15e arr.) expliquait au nom de ses collègues assignées à l'hôpital qu'"il y a des choses qu'on ne peut pas accepter". "On est d'accord pour se réorganiser mais il y a des limites, des piliers, et le premier pilier c'est le repos", a-t-elle estimé, ajoutant qu'"on ne peut pas s'occuper des gens si on est fatigué". Elle a confié qu'elle n'avait pas manifesté "depuis les années 90".

Les syndicats craignent en outre de perdre d'autres droits, comme la comptabilisation de la pause déjeuner de 30 minutes dans le temps de travail effectif. "Le message qui est adressé (aux agents) est "vous bénéficiez de trop de congés et de trop d'avantages"" juge Force ouvrière Santé dans un courrier à Marisol Touraine. Pour l'instant, la ministre de la Santé n'a pas apporté un franc soutien au projet de Martin Hirsch, sans pour autant afficher son opposition.

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