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La dépression, toute une histoire

D'après l'OMS, la dépression touche 350 millions de personnes dans le monde. Mais si ce trouble mental est très répandu, il ne s'agit pas à proprement parler du mal du XXIe siècle. Car en tous temps, et sous d'autres noms, l'état dépressif a existé. C'est la perception de cette maladie, et donc les traitements associés qui ont évolué. À la Cité des sciences et de l'industrie, à Paris, l'exposition "Mental désordre" a justement été conçue pour changer le regard sur les troubles psychiques, dont fait partie la dépression. Comment soigne-t-on et a-t-on soigné cette maladie ? Petit rappel historique.

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Comment la dépression a-t-elle été soignée au fil des siècles ?

Fais un effort, secoue-toi… Pour les personnes dépressives, l'incompréhension des proches stigmatise et sape un peu plus encore l'estime de soi. L'exposition "Mental désordre" a voulu changer de regard sur ce trouble mental reconnu aujourd'hui comme une maladie à part entière. Mélancolie, folie ou neurasthénie… au fil des siècles, la dépression a peut-être changé d'appellation mais elle a toujours existé. "Dans l'Antiquité, la mélancolie c'était pratiquement dans certaines formes une expérience très proche de ce qu'on peut connaître aujourd'hui. C'est une maladie qui a son origine dans les viscères. Et plus précisément, c'est l'étymologie du terme mélancolie dans un dérèglement de la bile, la bile noire qui envahirait toute la personne", explique Nicolas Henckes, sociologue historien.

Pour évacuer cette bile noire, pendant des siècles les seuls traitements sont les bains, les potions à base d'ellébore, les laxatifs et autres vomitifs. Jusqu'aux années 1800, où la psychiatrie devient une discipline médicale officielle : "On va abandonner l'idée organique qu'on avait hérité de l'Antiquité et qui avait dominé toute l'histoire jusqu'alors, pour situer l'origine de la dépression dans le cerveau. Et précisément, dans ce qu'on appelle la monomanie, une idée fixe qui s'empare de la personne et qui va dominer toute sa psyché", raconte Nicolas Henckes.

La mélancolie s'apparente désormais à une maladie de l'esprit. Et bien souvent elle conduit à l'enfermement. Placés en asile psychiatrique, les patients subissent un traitement moral alors qu'en ville, d'autres font l'expérience de la psychanalyse popularisée par le célèbre Sigmund Freud. "Et dans les années 30, il y a eu des traitements biologiques qui ont été destinés aux patients mélancoliques, c'est-à-dire souffrant de dépression très sévère et notamment l'utilisation de l'électricité avec l'électroconvulsivothérapie connue par le grand public sous le terme d'électrochocs, avec beaucoup d'efficacité et qui permettait de guérir certains états. Et dans les années 50, on a, à partir d'un antituberculeux, découvert des vertus antidépressives d'un médicament", note le Pr Luc Mallet, psychiatre. Le premier antidépresseur est alors né.

D'autres innovations pharmacologiques lui succèdent. Et à la fin des années 70, les chercheurs isolent une molécule mieux tolérée avec moins d'effets secondaires : la fluoxétine, commercialisée sous le nom de Prozac® : "Ce qui va être déterminant dans le Prozac®, c'est sa diffusion massive. Et du fait qu'il a moins d'effets secondaires, il va être administré à des formes plus légères. Le Prozac® va être considéré par certains psychiatres et éventuellement certains patients comme une drogue du bonheur, comme une façon de se booster, pratiquement une manière de se doper dans la vie de tous les jours sans nécessairement avoir des symptômes extrêmement graves", souligne Nicolas Henckes.

Les médecins savent aujourd'hui que le médicament miracle n'existe pas. Mais les avancées scientifiques ont permis de vaincre certaines idées reçues. La dépression n'est pas une simple maladie psychologique. Elle entraînerait des lésions visibles dans le cerveau comme le confirme le Pr Mallet : "On a réalisé des études avec l'imagerie cérébrale qui montrent qu'il y a des régions cérébrales qui dysfonctionnent quand on est dépressif. Et ces régions sont soit liées à la régulation des émotions, il y a aussi un système lié à la mémoire et on sait par exemple que des neurones qui sont dans une région du cerveau qu'on appelle l'hippocampe sont touchés et ont un dysfonctionnement, voire souffrent de façon très active pendant les épisodes dépressifs ce qui pourrait expliquer une partie des symptômes qui sont des troubles de mémoire, des troubles de concentration".

Ces troubles continuent d'intéresser les chercheurs car en matière de santé publique, l'enjeu est de taille. D'après l'Organisation mondiale de la santé, la dépression serait la deuxième cause d'invalidité dans le monde.

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