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Affaire Vincent Lambert : en quoi consiste l'arrêt des soins ?

L'arrêt des soins de Vincent Lambert a débuté ce lundi matin au CHU de Reims. Le processus obéit à un cadre strict.

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Affaire Vincent Lambert : en quoi consiste l'arrêt des soins ?

C’est la fin d’une bataille judiciaire qui dure depuis plus de 6 ans. A compter d'aujourd'hui, Vincent Lambert, dans un état végétatif chronique irreversible, ne sera plus maintenu en vie artificiellement, a appris l’AFP auprès de l'avocat des parents et de source familiale.

"C'est une honte, un scandale absolu, ils n'ont même pas pu embrasser leur fils", a réagi auprès de l'AFP Me Jean Paillot, avocat des parents, farouchement opposés à l'interruption des traitements, qui a commencé lundi matin à l'hôpital Sébastopol sur décision du médecin Vincent Sanchez.

Comment va se passer l'arrêt des traitements de Vincent Lambert? Quelle différence avec l'euthanasie? Allodocteurs.fr refait le point.

Comment arrête-t-on les traitements?

Les médecins vont arrêter la nutrition et l'hydratation artificielles qui sont prodiguées à Vincent Lambert, tout en mettant en oeuvre une "sédation profonde et continue" jusqu'à sa mort. Cette procédure est encadrée par la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui interdit l'euthanasie et le suicide assisté mais autorise l'arrêt des traitements en cas "d'obstination déraisonnable". Selon cette loi, les traitements peuvent être "suspendus" lorsqu'ils "apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie".

La décision doit être prise par les médecins de façon "collégiale".

Dans le cas de personnes qui ne peuvent pas exprimer leur volonté, comme Vincent Lambert, la "sédation profonde et continue jusqu'au décès" est "une mesure de précaution" pour s'assurer "que le patient ne souffre pas", selon des recommandations publiées l'an dernier par la Haute autorité de santé (HAS).

Quelle substance utilisent les médecins?

Pour la sédation, on utilise le midazolam en voie intraveineuse. Ce médicament de la famille des benzodiazépines est puissant et son action rapide. Avec l'arrêt simultané de l'hydratation et de l'alimentation, la mort survient aux alentours d'une semaine, explique à l'AFP le Dr Bernard Devalois, spécialiste des soins palliatifs à la maison de santé protestante de Bordeaux Bagatelle.

Vincent Lambert va-t-il "mourir de faim et de soif"?

Non. C'est l'argument des opposants à l'arrêt des traitements, dont ses parents, soutenus par des associations catholiques. Au-delà du cas Lambert, l'argument est également utilisé dans un camp pourtant diamétralement opposé: les militants pro-euthanasie, qui jugent que la loi Claeys-Leonetti ne va pas assez loin pour les patients incurables.

Cet argument est en revanche réfuté par les spécialistes des soins palliatifs. "Vincent Lambert n'aura ni faim ni soif, il va mourir naturellement en quelques jours", fait valoir le Dr Devalois."Les gens confondent la soif et la sécheresse de la bouche, poursuit-il. Dans le cas de M. Lambert, il n'y a pas de sensation de soif: pour avoir soif, il faut avoir conscience". Par ailleurs, la déshydratation peut renforcer le processus de sédation.

A quoi la mort sera-t-elle due?

A la défaillance des organes, qui cesseront de fonctionner après l'arrêt des traitements. Quand les reins ne sont plus assez irrigués, ils cessent de fonctionner: c'est l'insuffisance rénale. Le potassium s'accumulera dans le sang et finira par provoquer l'arrêt du coeur.

L'équipe soignante se doit d'accompagner le patient jusqu'au bout, avec des soins comme la toilette, le toucher-massage, les soins de bouche (compresses humidifiées contre la sécheresse...) ou des yeux (gouttes).

Le processus "n'est pas un arrêt des soins, c'est un arrêt du maintien artificiellement en vie", souligne le Dr Devalois.

Pourquoi ne s'agit-il pas d'une euthanasie?

C'est le coeur du débat. Ses parents, un demi-frère et une soeur estiment que Vincent Lambert est une personne handicapée et que le fait de lui couper la nutrition et l'hydratation équivaut à une forme d'euthanasie. 

A l'inverse, son épouse Rachel, cinq de ses frères et soeurs et son neveu dénoncent un "acharnement thérapeutique" en raison des lésions irréversibles causées à son cerveau par un accident de la route en 2008.

Leur point de vue a été conforté à plusieurs reprises par la justice, selon laquelle la poursuite du traitement traduirait bien "une obstination déraisonnable".

"C'est une application exemplaire de la loi Claeys-Leonetti, qui interdit l'acharnement", selon le Dr Devalois. "Cela n'a rien à voir avec l'euthanasie par injection létale comme en Belgique".

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