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"Les Sentinelles", des hommes contre des multinationales

Les Sentinelles, documentaire en salles le 8 novembre, retrace le combat de plusieurs ouvriers et paysans intoxiqués à l’amiante ou aux pesticides.

Rédigé le , mis à jour le

Le documentaire Les Sentinelles sort en salles le 8 novembre

Le 10 juin 2015, la cour d’appel de Lyon donne raison à Paul François, céréalier en procès contre Monsanto. Pour la première fois, la justice française reconnaît qu’un industriel a mis l’un de ses clients en danger. Cette victoire est au coeur du documentaire Les Sentinelles, en salles mercredi 8 novembre. Son réalisateur, Pierre Pézerat, y retrace le parcours de Paul, ainsi que celui de ses camarades de lutte. Il dresse des portraits touchants et tragiques de travailleurs ordinaires qui se sont révoltés et sont devenus, par la force des choses, des lanceurs d’alerte. Il dépeint un monde ouvrier et paysan digne et courageux, et, selon ses propres mots, "des personnes à la haute stature intellectuelle et morale". Ce film est aussi un hommage à son père Henri Pézerat, chercheur au CNRS et acteur majeur du combat contre l’amiante et les pesticides.

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Une lutte pour la reconnaissance des maladies professionnelles

Dans son documentaire, Pierre Pézerat accorde une large place à Paul François. Le combat de ce dernier débute en 2007, quand il décide d’attaquer Monsanto. Depuis qu’il a inhalé le pesticide phare de la multinationale, le Lasso, l'agriculteur souffre de graves défaillances cérébrales. En 2012, Monsanto est condamné à l’indemniser intégralement. Pierre Pézerat recueille le témoignage poignant de ce céréalier, qui a bien connu son père, le toxicologue Henri Pézerat, mort en 2009. Dans les années 1970, ce dernier avait mis au jour le caractère cancérogène de l’amiante. Toute sa vie, il a défendu ses victimes. Après sa rencontre avec Paul Martin, Henri Pézerat a étendu son combat aux personnes intoxiquées par les pesticides.

Elever la voix contre les grands groupes industriels

Le combat de Paul contre Monsanto, c’est aussi celui des ouvriers de l’amiante Josette Roudaire, ex-employée d’Amisol, et de Jean-Marie Birbès, qui travaillait chez Eternit, auxquels Pierre Pézerat s’est intéressé. Tous deux se battent depuis les années 1970 pour que soient reconnues les maladies professionnelles provoquées par cette substance toxique. Pourtant, à l’inverse de Paul, Josette et Jean-Marie n’ont jamais réussi à faire condamner les firmes qui les ont exposés à un danger mortel – et qui ont provoqué le décès de plus de 35 000 ouvriers français, d’après les chiffres du Sénat.

Dans son documentaire, Pierre Pézerat évoque aussi le parcours d'autres ouvriers qui ont osé élever la voix et mettre en garde contre des firmes surpuissantes. C'est le cas de trois employés de la coopérative bretonne Nutrea Triskalia, Pascal Brigant, Laurent Le Guillou et Claude Le Guyader, intoxiqués après avoir déversé plus de 5000 litres de pesticides interdits. En 2014, ils réussissent à faire condamner leur entreprise et la Mutualité sociale agricole, et font reconnaître leur hypersensibilité chimique multiple comme maladie professionnelle.

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Paul, Josette, Jean-Marie, Pascal, Laurent, Claude, mais aussi Dhélia Cabrit, veuve d’un ouvrier mort de l’amiante, Jean-Marie Desdins, touché par un cancer des os et qui a perdu son procès contre le géant Monsanto, et Gilbert Vendé, atteint de la maladie de Parkinson depuis une intoxication aiguë à l’insecticide Gaucho de Bayer : tous sont des victimes des grands groupes industriels. Tous ont été menacés, tous ont combattu, et tous ont gardé la tête haute.

Là dessus, Pierre Pézerat n’a aucun doute : "Jouer sur la peur de faire perdre son emploi à quelqu’un, le forcer à accepter ainsi des conditions de travail qui détruisent sa santé et même sa fierté d’être humain est quelque chose de criminel, n’en déplaise aux tenants de la dérégulation économique. Et ce sont les sentinelles qui le disent."

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