Evaluer le succès de la chimiothérapie in vivo, à même la tumeur

Evaluer le succès de la chimiothérapie in vivo, à même la tumeur

Il est aujourd'hui difficile d’évaluer à l’avance quelle chimiothérapie sera la plus adéquate pour un patient donné. Les essais réalisés en laboratoire sur des échantillons tumoraux sont imparfaits, car les cellules testées ne sont plus dans l'environnement qui a assuré leur développement. Deux équipes indépendantes viennent de présenter des dispositifs qui permettent d'injecter de faibles doses de médicaments dans les tumeurs cancéreuses in vivo.

Florian Gouthière
Rédigé le , mis à jour le
La Une du Science Translational Medicine du 22 avril 2015. A gauche, le dispositif du MIT, à droite le CIVO™ de la société Presage Bioscience (crédits : C. Bickel / Science Translational Medicine)
La Une du Science Translational Medicine du 22 avril 2015. A gauche, le dispositif du MIT, à droite le CIVO™ de la société Presage Bioscience (crédits : C. Bickel / Science Translational Medicine)

La revue Science Translational Medicine publie cette semaine les résultats de deux études, portant sur des dispositifs très similaires, destinés à éclairer les choix thérapeutiques en termes de chimiothérapie.

Le premier système présenté a été développé par une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il s’agit d’une sonde rigide, de la taille d’un grain de riz, dans laquelle ont été creusées 16 petites cavités. Chacune peut recevoir un échantillon distinct de médicament. La sonde est injectée directement dans la tumeur, à l'aide d'une seringue à biopsie.

Les doses de médicaments entrent en contact avec des régions suffisamment éloignées de la tumeur pour pouvoir mesurer leurs effets dans des conditions physiologiques réelles. Après 24 heures d'exposition au médicament, le dispositif est retiré, de même qu'un petit échantillon de tissu tumoral. Le succès de chaque micro-thérapie est évalué en laboratoire.

Des tests ont été réalisés sur des souris sur lesquelles avaient été implantées des cellules tumorales humaines (prostate, sein et mélanome). Les évaluations réalisées à l'aide de la sonde ont permis de traiter efficacement les tumeurs, ce qui semble confirmer l'intérêt de la démarche.



Représentation d'artiste du dispositif (crédits :  Eric Smith (edited by Jose-Luis Olivares/MIT)

Le second dispositif décrit dans Science Translational Medicine a été élaboré par la société nord-américaine Presage Bioscience, et évalué par des chercheurs de Seattle. Dénommé CIVO™, il consiste en un simple jeu de seringues, très rapprochées, qui permet de réaliser simultanément jusqu’à huit micro-injections de médicaments en des points espacés de la tumeur.

Le système est actuellement conçu pour être utilisé sur des tumeurs superficielles (ou chez la souris), mais pourrait, selon ses concepteurs, "être modifié pour interagir avec des tumeurs malignes situées plus profondément".

Avantage du CIVO™ : les injections peuvent être réalisées alors même que les aiguilles sont, progressivement, retirées. Les médicaments sont ainsi diffusés sur toute la profondeur de la tumeur. Comme ces masses sont généralement très hétérogènes (composées de cellules cancéreuses présentant des mutations distinctes), les biologistes peuvent observer les interactions chimiques avec une vaste gamme de cellules.

Pour l'heure, cet appareil nécessite toutefois de réaliser l'ablation totale de la tumeur pour réaliser les tests. Sa vocation première est donc celle de la recherche clinique, c’est-à-dire l’évaluation de l’intérêt de nouvelles molécules pour le traitement de cancers fréquents. Mais ses créateurs n’excluent pas que le CIVO™ puisse peut-être trouver des applications thérapeutiques analogues à celles de l'appareil du MIT.  


Présentation du CIVO™, réalisée par la société Presage Bioscience (en anglais)