Procès des bébés échangés : 1,8 million d'euros pour les familles

En 1994, les deux fillettes avaient été échangées à la naissance... Après 10 ans de procédure, leurs familles sont enfin dédommagées financièrement. Au total ce sont près de 2 millions d'euros qui vont leur être versés, à la charge complète de la maternité de Cannes, jugée responsable, et de son assureur.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le
Procès des bébés échangés : 1,8 million d'euros pour les familles

"Après tant d'années, enfin, l'erreur est reconnue", a réagi sur iTélé Sophie Serrano, l'une des deux mamans des bébés échangés à la clinique de Cannes. Agée de 38 ans, la mère s'est dite "soulagée". "Maintenant, je suis lavée de tout, je n'ai plus de raison de me sentir responsable de quoi que ce soit", a-t-elle ajouté, alors que la partie adverse la jugeait en partie responsable de l'erreur. Le 10 février, le verdict a été rendu par le tribunal de grande instance de Grasse (Alpes-Maritimes) qui a condamné solidairement la Clinique Internationale de Cannes (Clinica Jourdan) et son assureur la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) "en réparation des préjudices consécutifs au manquement à cette obligation de résultat".

La clinique et la société d'assurances devront verser 400.000 euros par enfant échangée, 300.000 euros aux trois parents concernés, et 60.000 pour chaque frère et sœur, au nombre de trois. Les familles ont en revanche été déboutées de leurs demandes formées contre les médecins de la clinique. Au total, les familles recevront 1,88 million d'euros. Elles avaient réclamé début décembre plus de 12 millions d'euros de dommages, un montant record.

Le scénario digne d'un film

Cette affaire, rappelant le scénario du film La vie est un long fleuve tranquille, débute le 4 juillet 1994. Ce jour-là, Sophie Serrano accouche d'une petite Manon. Atteinte d'une jaunisse, la fillette est placée dans la même couveuse munie de lampes UV que Mathilde, venue au monde le lendemain. Dans la nuit du 8 juillet, elles sont interverties par mégarde et remises à leurs faux parents par une auxiliaire puéricultrice. Les jeunes mamans expriment des doutes, face à la longueur des cheveux des bébés, mise sur le compte des lampes par le personnel.

C'est à l'âge de 10 ans que Manon et ses parents découvriront l'erreur. Le père de Manon réclame des tests ADN de paternité, troublé par son absence de ressemblance avec sa fille au teint plus hâlé, source de railleries et de soupçons d'infidélité. Le résultat tombe : ce ne sont pas les parents de Manon... En 2005, une enquête est ouverte pour retrouver l'autre famille. La police s'aperçoit qu'à l'époque, trois nourrissons souffraient de la jaunisse dans la maternité cannoise, un garçon et deux filles, selon l'avocate de l'un des gynécologues accoucheurs mis en cause, aux côtés d'un autre gynécologue, deux pédiatres, la clinique et son assureur, et l'auxiliaire puéricultrice.

Des retrouvailles douloureuses et bouleversantes

L'autre famille, d'origine réunionnaise, vit dans la région de Grasse. Les parents rencontrent pour la première fois leurs filles biologiques de 10 ans, sans demander d'échange. "C'est un moment assez troublant, très bizarre", avait confié Manon, 20 ans, à la sortie de l'audience en décembre 2014. "On se retrouve devant une femme qui est biologiquement sa mère et qui est une inconnue". Les deux familles ne se côtoient pas, "trop difficile" et "bouleversant", avait expliqué Sophie Serrano. Sophie et Manon ont choisi l'exposition médiatique, l'autre famille préfère rester anonyme.

"C'est quelque chose que je ne souhaite vraiment à personne. Il faudrait des peines exemplaires", avait estimé Sophie, très proche de sa fille non biologique. Me Sophie Chas, avocate de la clinique et de sa société d'assurance, avait rejeté la faute de l'inversion de bébé sur une auxiliaire puéricultrice "alcoolique chronique". Le personnel médical n'a finalement pas été condamné. La défense a désormais un mois pour faire appel.

 

 

 

Comment prévenir les échanges de bébés ?

Pour éviter les échanges et bien identifier chaque nouveau-né, les maternités ont l'obligation d'accrocher deux bracelets nominatifs au bébé : un au poignet et l'autre au pied. Manon et Mathilde n'avaient pas de bracelet au moment de leur placement sous couveuse. Certaines maternités utilisent également des bracelets électroniques, qui émettent une alarme dès que la porte de l'hôpital est franchie, mais ce dispositif vise plus à prévenir les enlèvement qu'à éviter les échanges.