Ces écrivains célèbres qui souffraient de migraines

Beaucoup de femmes et d’hommes célèbres ont souffert de migraines, ce sont les grands auteurs du 19e s qui en parlent le mieux. Voyage à travers l'Histoire en compagnie de quelques migraineux célèbres.

Maroussia Renard
Rédigé le , mis à jour le

Dans un essai paru en 1829, "Physiologie du mariage", Balzac forge le premier cette idée de la migraine, meilleure des excuses dans la vie amoureuse.

"L’affection dont les femmes connaissent le mieux les ressources est la migraine. Cette maladie est la plus facile de toutes à jouer car elle est sans symptômes apparents. Il suffit, pour l’avoir, de dire : J'ai la migraine".  

Plus loin, Balzac enfonce le clou.  

"Aussi la migraine est-elle, à notre avis, la reine des maladies, l’arme la plus plaisante et la plus terrible employée par les femmes contre leurs maris".

"Dans la "Physiologie du mariage", la migraine est une mise en scène féminine. La migraine est un prétexte pour échapper au devoir conjugal et c’est une comédie qui revient régulièrement puisque Balzac nous dit c’est un impôt conjugal. Le mari va payer, c’est comme les impôts, ça revient sans cesse", explique Esther Lardreau, historienne de la médecine. 

Une maladie de bonnes femmes !

Cette mise en scène tourne généralement au vaudeville sous la plume de Balzac. Si l’épouse prétexte une migraine, c’est pour mieux retrouver son amant. De quoi conforter sa théorie de maladie imaginaire. 

"Du coup ce texte de Balzac a construit vraiment une image de la migraine, qui aujourd’hui perdure selon laquelle, la migraine serait une maladie de bonnes femmes", confirme Esther Lardreau. 

Balzac aurait pourtant lui-même souffert de migraines. C’est ce qu’il écrit dans ses lettres enflammées à Madame Hanska, son grand amour. Ça n’est pas le seul écrivain à s’épancher sur le sujet. Quelques décennies plus tard, la migraine envahit la correspondance de Guy de Maupassant.  

La migraine dans la correspondance de Maupassant

"C’est une correspondance très riche, notamment avec ses médecins. Il essaye de décrire la migraine mais ce qu’il constate c’est que le caractère violemment douloureux de la migraine est absolument insaisissable par les mots. S’il y a moyen d’exprimer la migraine, ce serait carrément dans le cri "j’aurais voulu pouvoir hurler à la mort comme font les chiens". Pourtant l’homme n’arrive même pas à hurler, comme s’il était dans la douleur la plus folle, condamné au silence" relate Esther Lardreau

Quand la crise de migraine surgit, elle empêche Maupassant de travailler, de penser, de créer. Il consulte tous les médecins possibles, essaye des dizaines de remèdes mais rien n’y fait, la migraine le plonge dans le désespoir. 

George Sand, ce migraineux

Un autre grand auteur du 19 siècle, loin de cette vision tragique, a écrit sur cette maladie. C’est George Sand.

"La migraine chez George Sand est une maladie chronique, qui s’inscrit dans le quotidien et avec quoi il faut faire" confie Esther Lardreau

Jour après jour, heure après heure, George Sand recense de manière systématique chacune de ses crises de migraine dans les agendas, qu’elle rédige de 1852 jusqu’à sa mort. 

"Les agendas sont des petites notes qui commencent toujours de la même façon, voici le temps qu’il fait, Madame a la migraine, c’est très violent… On n’est pas dans l’ordre de la plainte, du gémissement, mais du constat," explique Esther Lardreau.  

Dans l’œuvre de George Sand, la migraine devient une réalité médicale, elle n’en reste pas moins un objet littéraire. Peu de maladies chroniques ont donné lieu à autant d’écrits et d’images.