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Pourquoi les hommes se suicident-ils plus que les femmes ?

75% des morts par suicide sont des hommes, soit 6 750 hommes en France. Contrairement à ce qui se passe chez les femmes, ce chiffre important ne baisse pas chez les hommes, particulièrement entre 35 et 65 ans. 

Rédigé le , mis à jour le

Pourquoi les hommes se suicident-ils plus que les femmes ?

Partout, en Europe, les hommes se suicident beaucoup plus que les femmes, c’est en fait, le cas dans la plupart des pays les plus développés économiquement. D’ailleurs ce chiffre de 75% de morts par suicide chez les hommes est le même aux Etats-Unis. Certains auteurs américains parlent aujourd’hui de "crise silencieuse" en parlant de la santé mentale des hommes.

La crise silencieuse des hommes

Cette crise est silencieuse et apparaît pour 2 raisons : 

- La souffrance morale des hommes dont il est question prend des formes différentes, pas toujours celle d’une dépression caractérisée, comme on pourrait l’imaginer a priori. Il faut tenir compte de manifestations diverses, addictions, comportements à risque, négligence de soins, problèmes relationnels, on peut aussi parler de troubles de la personnalité... La liste est longue malheureusement et donc les chiffres, les statistiques peinent à rendre compte de l’ampleur du phénomène.

- Les hommes eux-mêmes ne parlent pas des problèmes qu’ils traversent.

Le constat global c’est que, de plus en plus d’hommes, semblent souffrir de troubles mentaux mais ne font pas appel aux structures d’aide.

Les professionnels de la santé mentale en Amérique du Nord sonnent l’alerte parce qu’ils sont confrontés à un nombre très alarmant d’addictions aux opioïdes, et de décès liés à ces addictions. On sait qu’au-delà du traitement de la douleur, l’utilisation abusive de substances toxiques est très souvent liée à une souffrance psychique sous-jacente.

Comment expliquer l'augmentation de la souffrance ?

Parmi les hypothèses qui sont faites, celle qui revient le plus souvent est celle des effets de la crise économique. Les hommes entre 35 et 65 ans sont probablement les moins à même de composer avec ces effets, particulièrement avec la perte d’un emploi.

L’impossibilité de subvenir à ses propres besoins ou à ceux de sa famille, le risque accru d’isolement social, qui, est lui-même majoré par un sentiment de honte, tous ces facteurs peuvent amener à une situation de crise psychique. Tout cela entre en conflit direct avec les représentations classiques du masculin, c'est là encore un facteur aggravant.

Si on reprend l’exemple des Etats-Unis, on voit notamment les vétérans de l’armée développer toutes sortes de problèmes psychiques, pas uniquement le stress post-traumatique qui est aujourd’hui heureusement mieux pris en compte. Ces vétérans doivent en plus se réinsérer dans une société qui peine à leur faire de la place, notamment en terme d’emplois.

Une dépression souvent cachée

Les femmes sont plus susceptibles de vivre une dépression que les hommes, on le voit à certains indicateurs. Il est toujours envisagé que, chez les hommes, la forme clinique, les symptômes, soient différents, et n’amènent pas à ce diagnostic de dépression. Le recours aux toxiques, à l'alcool ou aux stupéfiants est donc un signe à prendre en compte, une manière d’anesthésier une souffrance morale liée à leur situation qui serait jusqu’ici plus fréquente que chez les femmes.

L’institut Santé Publique France interroge aussi régulièrement sur les idées suicidaires et les différences entre femmes et hommes sont intéressantes. Dans les raisons associées aux pensées suicidaires, les femmes mettent majoritairement en avant des raisons dites "familiales", là où les hommes les lient plus souvent au "travail".

Honte sociale

Le regard social peut peser très lourd, et on a sans doute du mal à se représenter ces difficultés comme quelque chose qui supposerait un appui extérieur, de l’aide ou de la solidarité.

Un problème au travail, la difficulté à retrouver un emploi quand on est au chômage, le discours collectif laisse entendre qu’on doit pouvoir y faire face, le côté "quand on veut, on peut" a parfois des effets dévastateurs. Dévastateurs notamment parce que ça peut vraiment freiner une demande de soutien, d’aide ou de soins, et donc contribuer à isoler une personne en souffrance.

Rompre l’isolement : un enjeu très important

On sait que pour lutter contre le suicide, il faut lutter contre le sentiment de solitude lié à une souffrance morale. On y travaille beaucoup, de manière ciblée parfois, comme avec les agriculteurs qui sont particulièrement touchés. C'est un axe de travail qui est repris dans les nouvelles stratégies de prévention qui visent les hommes en général.

La notion de solidarité, d’entraide, apparaît comme une bonne manière de les amener à pouvoir prendre soin d’eux par eux-mêmes. Des études ont montré l’efficacité de l’aide entre pairs, amis, collègues, coéquipier.

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