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Des gélules d'hélium pour perdre du poids

MISE A JOUR DU 2/4/15 : POISSON D'AVRIL ! A l’approche des beaux jours, certains jettent quotidiennement un regard inquiet à leur balance… Pour lutter contre les kilos en trop, des chercheurs nord-américains ont élaboré un procédé particulièrement efficace, basé sur l’ingestion de gélules d’hélium comprimé. Un essai clinique vient de démontrer l’innocuité du procédé.

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Des gélules d'hélium pour perdre du poids
Des gélules d'hélium pour perdre du poids

Une idée simple et élégante

Les promesses de perte de poids rapide sont généralement des miroirs aux alouettes : régimes dangereux, reprise de poids express, produits simplement inefficaces... Le printemps est arrivé, et l’immobilité de l’aiguille du pèse-personne mine le moral de tout ceux qui, quelques mois plus tôt, se disaient que cette troisième part de tartiflette n’était pas un bien grand mal.

Le film contenant l'hélium s'élève dans la grosse tubérosité (fundus) et fait légèrement remonter l'estomac contre le diaphragme, entraînant parfois de violentes crises de hoquets ou des spasmes d'hilarité.

A la fin des années 2000, un laboratoire de chimie canadien a développé un procédé simple et peu coûteux, dont l’efficacité clinique a été démontrée dans le cadre d’un essai de grande envergure.

L’idée a surgit en 2007 dans l’esprit du chercheur Ray Fischer à la lecture d’un article de l’International Journal of Obesity concernant les effets de la supplémentation alimentaire sur la prise de poids.

"Nous avions fait fausse route durant des années !", s’est-il exclamé en courant en tout sens dans son laboratoire. Sous les yeux médusés de ses collaborateurs, il pointa du doigt le tableau périodique des éléments chimiques accroché depuis des années au mur. Sur la pointe des pieds, il indiqua la case la plus en haut, à droite. "Tout le monde s’est mis à danser dans la pièce en chantant", se souvient le scientifique. "L’idée était tellement évidente qu’elle avait échappée à tout le monde depuis des décennies !"

"On sait depuis très longtemps comment diminuer le poids d’un corps", nous explique le professeur Ziege Angler, co-auteur de ces travaux. "Malheureusement, on peut difficilement influer sur les principaux paramètres qui caractérisent notre poids. Celui-ci est presque entièrement déterminé par la pesanteur terrestre, mais l’on ne va pas envoyer les patients sur la Lune pour se peser !" s’amuse-t-il. "La force centrifuge terrestre est également difficile à modifier, et surtout très négligeable. Mais il nous était tout à fait possible de jouer sur la poussée d’Archimède."

Des souris très légères

Les premières expériences ont été menées sur des souris. Sous anesthésie, des tubes de plastique étaient acheminés dans leur estomac, et de l’hélium(1) injecté en petites quantités.

"Ces animaux sont très légers, et certains ne pesaient plus qu’un ou deux grammes sur la balance", commente Ziegle Angler, qui avoue avoir cherché à faire voler deux ou trois de ces petits mammifères. Seul écueil : le gaz s’échappait "rapidement des animaux, par la bouche et les autres orifices naturels", explique-t-il. L’étape suivante a donc consisté à gonfler de petits ballons dans l’estomac des rongeurs. Nouveau problème, le poids du caoutchouc était trop élevé. "La densité de l’ensemble était trop importante, et les effets observés n’étaient plus aussi spectaculaires", soulignent les chercheurs dans l’article publié dans la prestigieuse revue Flatus Medicine.

A l’issue de très nombreux essais, les chercheurs se sont orientés vers un matériau particulièrement léger et résistant : le latex. "En utilisant un préservatif du commerce, dont la paroi ne mesurait que 3 microns, nous sommes parvenus au résultat optimal", poursuivent les scientifiques.

Les essais sur l’homme n’ont pas tardé. La première expérience a été menée fin mai 2009 sur un patient américain, Carl Fredricksen. Plutôt que d’acheminer l’hélium par intubation, les scientifiques ont utilisé des capsules pouvant contenir un fort volume de gaz comprimé. "Le plus difficile a été de contrôler la dissolution de la paroi des gélules", commente Ray Fischer, évoquant quelques erreurs de dosages sur le modèle animal, ayant eu des conséquences fâcheuses.

Les résultats obtenus sur ce premier patient étaient particulièrement encourageants.

Le film de latex se gonfle dans la partie supérieure de l’estomac, et y reste coincé. Outre la perte de poids immédiatement constatée, la procédure a un effet secondaire positif à long terme : "lorsque la partie supérieure de l’estomac se dilate, des fibres nerveuses sont stimulées et transmettent un signal vers le centre de la satiété, via le nerf vague", ont constaté les chercheurs.

Un procédé réversible sans grands dommages

Le procédé imaginé par l’équipe canadienne a l’immense avantage d’être réversible : "il suffit d’une longue aiguille, insérée dans le ventre, pour percer le sac", notent les auteurs de l’étude. Du fait de la légère porosité du film de latex, celui-ci se dégonfle naturellement en quelques mois. "Ceci a un très léger effet secondaire, négligeable et somme toute assez amusant", souligne Carl Fredricksen. "Si l’hélium ressort par la bouche, il y a un petit effet sur les cordes vocales. On peut se retrouver avec une voix haut perchée pendant quelques minutes, mais ce n’est vraiment pas très dérangeant. Cela m’est arrivé lorsque j’ai fait ma demande en mariage à celle qui est devenue mon épouse. Je pense qu’elle hésitait à dire oui, mais je l’ai fait rire, et vous savez ce qu’on dit d’une femme qui rit !"

Dans un éditorial accompagnant la publication, le chirurgien bariatrique Dory Wrymouth – qui a collaboré aux travaux canadiens – note que les volumes de gaz nécessaire à la diminution d’un kilo de poids sont de l’ordre de 1.250 litres. "C’est beaucoup moins que l’on aurait pu imaginer en basant les calculs sur des ballons de baudruche. L’idée d’utiliser le latex est réellement révolutionnaire." La spécialiste confirme au passage que la masse du corps du patient reste la même, au poids du dispositif près : "c'est l'un des quelques problèmes liés à notre procédé qui mérite probablement de nouvelles expérimentations", concède-t-elle, mentionnant également la question de l'augmentation du volume général de l'estomac.

Source : Gaz-troenterology  Weight loss induced by 2He uptake and subsequent storage in fundus : a multicentre, randomised, phase III trial. Ray Fisher, Ziege Angler, Rudd Coley, Dory Wrymouth and Kaluga Venjaram. Flatus Medicine, published ahead of print April 1st 2015

 

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(1) L'hélium est neutre, n’a aucun rôle biologique et est dépourvu de toxicité pour l’organisme. "C’est la substance idéale", commente Ray Fischer. A noter que des asphyxies sont possibles si le gaz est inhalé en trop grande quantité, mais le procédé développé par les canadiens met en jeu l’hélium à l’écart des voies respiratoires.