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Maladie de Lyme : pourquoi les recommandations de la HAS ne font pas consensus

La Haute autorité de santé a présenté le 20 juin ses recommandations sur la prise en charge des maladies transmises par les tiques. Plusieurs membres du groupe de travail ont refusé de signer le document, dénonçant des partis pris incompatibles avec l’état des connaissances scientifiques.

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Maladie de Lyme : pourquoi les recommandations de la HAS ne font pas consensus
Maladie de Lyme : pourquoi les recommandations de la HAS ne font pas consensus

Si l'essentiel des recommandations relatives aux maladies transmises par les tiques présentées par la HAS (voir notre article) fait consensus, une partie du texte fait l'objet d'une vive controverse entre les rédacteurs. Il propose en effet de regrouper les cas qui ne relèveraient ni d'une maladie de Lyme dûment diagnostiquée, ni d'autres infections proches, sous un terme générique : SPPT (pour "symptomatologie/syndrome persistant(e) polymorphe après une possible piqûre de tique")

Le nom choisi trahit l’embarras des rédacteurs, qui n’ont pas pu s’entendre sur le fait qu’il s’agit, ou non, d’un syndrome (ensemble de signes cliniques caractéristiques). Le contact avec une tique n'apparait pas, non plus, comme un prérequis.

La Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF), qui a coorganisé les travaux, et ses membres intégrés à l'équipe de travail, ont dénoncé un "ensemble de symptômes mal défini, [qui] n’existe pas dans la littérature médicale internationale, et pourrait conduire à des excès de diagnostics susceptibles d’orienter les patients vers des prises en charge inadéquates".

Quand le problème ne vient pas des tiques...

L’infectiologue Eric Caumes, membre du groupe de travail, regrette le fait que la HAS, "dans une recommandation portant sur les maladies transmises par les tiques, invente une entité que l’on ne connaît pas, et pour laquelle on n’a pas besoin d’être piqué par une tique". Selon lui, "ce qui est ici désigné par SPPT renvoie à des choses très diverses", pour lequel un diagnostic peut être posé.

"Mon expérience d’infectiologue me donne un point de vue différent sur la situation", explique-t-il. "Nous avons récemment mené une étude sur 301 malades venus consulter à Lyon parce qu’ils soupçonnaient être atteints de la maladie de Lyme. Seuls 9% était effectivement infectés par une Borrelia, et seulement 3% par d’autres [pathogènes]. Concernant l'immense majorié des cas restants, un diagnostic a pu être posé".

"Dans un quart des cas, il s’agit de problèmes neurologiques (scléroses en plaques, maladies neurodégénratives, démences vasculaires…). Dans un autre quart, des maladies rhumatologiques (polyarthtrite rhumatoide, spondylarthrite…). Pour un troisième quart, les troubles ont une origine psychosomatique, liés à l’épuisement professionnel, à du harcèlement moral, un stress post traumatique, et peuvent être traités en conséquence. Le reste des cas renvoie à des choses très variées, telles que des pathologies thyroïdiennes, ou endocriniennes".

Un timing qui interroge

Selon lui, introduire un "SPPT" dans un document officiel n’a rien de "scientifique". "C’est une démarche politique : on ménage la chèvre et le chou, en cherchant à faire plaisir aux associations. Mélanger politique et science ne fait pas bon ménage".

Il observe que la HAS "a donné au SPILF jusqu’à début juillet pour formuler son opinion sur ce document, mais l’a tout de même présenté en l’état. Je ne comprends pas la position de la HAS." Pour le SPILF, "l’enjeu est suffisamment important pour que les sociétés savantes prennent le temps nécessaire pour analyser l’ensemble des textes proposés. [...] Aucun argument épidémiologique ne justifie une validation dans des délais contraints. Les recommandations [...] seront d'autant plus crédibles et scientifiquement légitimes si elles sont validées par les principales spécialités médicales concernées."

la rédaction d'Allodocteurs.fr

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