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Histoire de la médecine : John Snow et le choléra

S'attaquer au vecteur d'une épidémie, à la façon dont elle se répand, est une méthode efficace pour limiter la propagation d'une maladie infectieuse. Dans l'histoire, le premier scientifique à l'avoir compris est un médecin anglais du XIXe siècle, confronté alors à un fléau : le choléra. Le Dr John Snow va mener une véritable enquête policière pour savoir comment cette maladie se répand.

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Histoire de la médecine : John Snow et le choléra

Au milieu du XIXe siècle, alors qu'il n'existait aucun remède contre le choléra, John Snow n'a jamais abandonné ses patients à la malédiction du choléra. Etre au service d'une population défavorisée est pour lui une vocation. Pourtant, tout destinait John Snow à une brillante carrière dans la haute société britannique.

John Snow est devenu célèbre pour avoir réalisé la première anesthésie générale de la reine d'Angleterre pour son accouchement. Précurseur reconnu, le Dr Snow n'a pour autant jamais trouvé sa place dans la communauté médicale de son temps.

Choléra : le jeu de piste du Dr Snow

En cette fin d'été 1854, toutes les conditions sont réunies pour que le choléra ravage Soho, son quartier londonien. John Snow le sait car il a déjà été confronté à une épidémie similaire cinq ans plus tôt.

En pratiquant des autopsies, il a observé que le choléra s'attaque aux intestins et non pas aux poumons, comme le suggère la théorie dominante à l'époque : la théorie des miasmes. Selon cette théorie, l'air "qui porte de mauvaises odeurs, de mauvais éléments, serait responsable de toutes les maladies infectieuses et aussi du choléra", explique le Pr Jean-Noël Fabiani, professeur d'histoire de la médecine.

Pour le docteur Snow, ce n'est pas l'air qui serait à l'origine du choléra mais l'eau. Reste à trouver la source de la contamination. John Snow se lance alors dans une véritable course contre la montre pour tenter de stopper le massacre. Et d'emblée, le médecin a une intuition. Il faut chercher le coupable du côté des pompes à eau du quartier.

Le médecin réalise des prélèvements d'eau sur toutes les pompes de Soho. Mais ses observations au microscope ne donnent rien. L'eau semble propre. Il n'a donc aucune preuve pour confirmer son intuition. Mais Snow ne se décourage pas et il décide de retourner en plein coeur de l'épidémie.

En trois jours seulement, 127 personnes sont mortes. Minutieusement, le Dr Snow reporte chacun de ces décès sur un plan du quartier. Sous ses yeux, finit par apparaître une véritable carte de la mort, avec au centre une pompe : la pompe de Broad Street.

Le coupable semble tout désigné mais le médecin détective se heurte à une énigme. Une femme habitant un autre quartier de Londres, éloigné de Soho, est atteinte par le choléra. S'il pense qu'il existe un lien entre l'épidémie de Soho et cette femme, il lui est impossible d'interroger la victime car elle est décédée. Mais si le Dr Snow ne résout pas ce cas mystérieux, toute sa théorie s'effondre…

Après une nuit de recherches, il trouve un homme qui connaît la réponse : le fils de la victime. Ce dernier l'informe que sa mère habitait auparavant à Soho et qu'elle adorait l'eau de la pompe de Broad Street. C'est la preuve que Snow cherchait. La pompe de Broad Street est bien la source de la contamination.

Après bien des discussions, il persuade les autorités de démonter le bras de la pompe. Dès lors, l'épidémie de choléra s’arrête. Même si le choléra a tué plus de 500 personnes en une semaine, pour John Snow c'est une immense victoire. Il a trouvé le moyen d'arrêter l'hécatombe. La vie reprend alors doucement son cours dans les ruelles de Soho. Mais le médecin reste profondément marqué par cette épreuve.

John Snow, premier épidémiologiste de l'histoire

John Snow en est convaincu : le quartier n'est pas à l'abri d'une nouvelle épidémie de choléra. Pour protéger la population, il faut absolument comprendre pourquoi l'eau de cette pompe était souillée. C'est au hasard d'une discussion avec le révérend de Soho, Henry Whitehead, qu'il obtient un indice déterminant après le décès d'un bébé trois jours avant le début de l'épidémie.

Pour en savoir plus, les deux hommes se rendent chez la mère de ce bébé défunt. Elle habite au 40 Broad Street, juste en face de la pompe meurtrière. La maman leur explique que face aux diarrhées de son bébé, elle lavait les couches avec de l'eau qu'elle jetait dans une fosse d'aisance qui se trouvait à proximité de la pompe.

Pour le Dr Snow, cette eau impure pourrait avoir contaminé la pompe. Pour le vérifier, il réclame aux autorités des travaux d'excavation autour de la fosse d'aisance. Ces travaux vont alors montrer la présence d'une fissure dans le revêtement en brique de la fosse. Le médecin a enfin la preuve qu'il cherchait depuis des années : c'est par l'eau souillée que le choléra se propage. Il compile tous ses travaux dans un livre pour faire partager sa découverte. Mais il n'aura pas l'écho attendu.

John Snow meurt trois ans plus tard d'une crise cardiaque. Incompris. Pourtant, pour le Dr Fabiani, le Dr Snow est le "premier épidémiologiste de l'histoire". Sa clairvoyance de médecin détective lui a permis de comprendre le mode de propagation du choléra. Mais il faudra attendre 1883 et le microbiologiste allemand Robert Koch pour identifier la bactérie responsable de cette maladie. Aujourd'hui, on recense encore chaque année près de quatre millions de cas de choléra à travers le monde.

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