Allergies respiratoires : la désensibilisation bientôt moins remboursée ?

La Haute autorité de santé pourrait proposer d'abaisser de 65% à 15% le taux de remboursement des allergènes individualisés utilisés pour la désensibilisation des allergies respiratoires.

La rédaction d'Allo Docteurs
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Rédigé le , mis à jour le
Image d'illustration.
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L’une des stratégies de traitement de plusieurs affections respiratoires allergiques (rhinite, asthme…) est la désensibilisation à l’aide d’APSI, ou allergènes préparés spécialement pour un individu.

A la suite d'une saisine de la direction de la Sécurité sociale, la Haute autorité de santé (HAS) s’est récemment penchée sur l’intérêt relatif de ces traitements par rapport à d’autres traitements, notamment en termes d’efficacité et de risques. Présenté mi-décembre, le projet de recommandation qui découle de ces travaux n’a pas manqué d’inquiéter les associations de patients. En effet, le taux de remboursement des APSI pourrait passer de 65% à… 15%.

"Pas d’intérêt pour la santé publique"

La HAS constate que les études cliniques disponibles, "réalisées sur des cohortes de patients restreintes, notamment du fait de la forte variabilité, de l’adaptabilité et de l’individualisation des traitements", sont "peu comparables aux études habituellement développées pour les spécialités pharmaceutiques disposant d’une autorisation de mise sur le marché".

De même, elle juge que si les méta-analyses (synthèses critiques d’étude) "témoignent globalement de l’efficacité de l’immunothérapie allergénique administrée par voie sublinguale ou sous-cutanée, dans la rhinite et dans l’asthme allergique", "les données disponibles montrent une efficacité faible et mal démontrée". La place des ASPI "eu égard aux alternatives thérapeutiques (Acarizax, Grazax, Orolair) devrait être en deuxième intention, après les traitements symptomatiques médicamenteux, ou en troisième intention (lorsque ces alternatives peuvent être utilisées)", poursuit la HAS, qui conclut que ces traitements "ne présentent pas d’intérêt pour la santé publique".

"Les modalités de prise en charge des APSI devraient être harmonisées à celles de leurs alternatives thérapeutiques, à l’exception des formes injectables qui ne devraient pas relever d’une prise en charge par la solidarité nationale", conclut la recommandation.

Des réactions vives de la part des professionnels

Immédiatement après la publication de ces conclusions, une consultation publique a été ouverte pour cinq semaines, afin que les préoccupations des différents acteurs (institutions, associations de patients) puissent être prises en compte, pour être intégrées dans la version finale de la recommandation de la HAS.

Dans une tribune publiée début février dans les Échos, les représentants de la Société française d'allergologie et du Collège des enseignants d’allergologie ont dénoncé un constat erroné. Selon eux, si "le niveau de preuve [quant à l’efficacité de la désensibilisation] ne remplit pas les standards actuels de la HAS", c’est parce que les traitements "sont sur le marché bien avant la mise en place de ces standards, et [que] la multitude des doses et choix d’allergènes rendent les études techniquement impossibles".

"La communauté allergologique est choquée", poursuivent les auteurs de la tribune. "Si une baisse drastique du remboursement de la désensibilisation venait à être prononcée, qu’elle soit partielle ou totale, la pratique des allergologues serait profondément impactée, l’accès aux soins pour les patients concernés serait considérablement réduit et les coûts pour notre système de santé ne diminueraient pas… et pourraient même augmenter."

la rédaction d’Allodocteurs.fr