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Peut-on mourir de chagrin ?

Mourir de chagrin ou de peur, ces expressions sont entrées dans le langage courant, mais se fondent-elles sur une réalité médicale ? Est-il possible de mourir de chagrin comme de peur ? A quelle réalité médicale correspond le syndrome du coeur brisé ?

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Peut-on mourir de chagrin ?
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Le syndrome du coeur brisé

L'autre nom de ce syndrome... Le syndrome du coeur brisé revêt également le nom de syndrome de Tako-Tsubo (ou Takotsubo), ce pot à fond rond et col étroit dans lesquels les pêcheurs japonais piègent les pieuvres. Le ventricule gauche prend en effet à l'échographie une morphologie particulière au cours des "dyskinésies", des mouvements anormaux d'une paroi cardiaque.

Le bon sens populaire témoigne une fois de plus de sa justesse. Il est tout à fait possible d'avoir voir le cœur brisé, le cœur gros ou de mourir de chagrin, au propre comme au figuré !

Le "broken heart syndrom", ou syndrome des coeurs brisés, a fait l'objet de publications depuis une vingtaine d’années. Il touche préférentiellement les femmes, notamment après la ménopause, tout comme les personnes présentant une anxiété chronique.

Une forte colère, une peur intense, une brutale surprise et une grande émotion sont autant de facteurs susceptibles de déclencher ce syndrome. Il prend alors la forme d'un "faux infarctus" avec une douleur et une oppression au niveau de la poitrine, des difficultés pour respirer, une tension artérielle basse et une atteinte du muscle cardiaque.

Le syndrome des coeurs brisés met parfois la vie en péril lorsque le coeur est soumis à trop rude épreuve via une hypotension sévère, des troubles du rythme, une défaillance cardiaque appelée choc cardiogénique.

En cause, un stress aigu

Un autre nom du syndrome des coeurs brisés explique mieux la réalité médicale : le syndrome de stress. Il traduit une atteinte du muscle cardiaque, une "cardiomyopathie", qui est provoquée par le stress. Elle se manifeste quelques minutes ou heures après l'exposition à un stress sévère et inattendu sans qu’aucune autre cause n'explique les troubles constatés.

Ce stress peut être psychologique ou physique, ses causes sont par conséquent extrêmement variées : un conflit conjugal, le décès d'un proche, des problèmes professionnels, un rapport sexuel, une opération chirurgicale, un accident de la route ou une catastrophe naturelle, etc.

L'adrénaline, au coeur du syndrome

C'est la décharge d'adrénaline suscitée par le stress, qui est à l'origine des différents symptômes : le système sympathique est alors activé, comme dans tous les cas de stress aigu pour que le corps réagisse et se protège de l'agression. Les études scientifiques ont ainsi retrouvé des taux élevés des substances impliquées dans le stress, les catécholamines et les neuropeptides de stress. Autant de substances qui submergeraient le muscle cardiaque chez certaines personnes…

Si le mécanisme exact est mal connu, l'adrénaline pourrait agir en diminuant le calibre des artères, et donc l'apport de sang. Elle entraînerait peut-être l'entrée de grosses quantités de calcium dans les cellules cardiaques perturbant ainsi temporairement leur fonctionnement.

Plus de peur que de mal

Pris en charge rapidement par des praticiens familiers avec le syndrome, les symptômes s'améliorent favorablement sans laisser de séquelles dans une grande majorité des cas. Aux Urgences, les examens complémentaires objectivent l'atteinte du cœur avec un électrocardiogramme modifié, une échographie typique (voir encadré) mais une coronarographie montrant l'absence d'atteinte des artères coronaires, irrigant le coeur. Et c'est la particularité de ce syndrome de prendre la forme d'un infarctus, mais dont le mécanisme est très différent : les artères coronaires, qui irriguent le cœur (et dont l’obstruction est responsable de l’infarctus) sont saines. Les dégâts sont alors réversibles et durent peu de temps, ce qui garantit un excellent pronostic de guérison.

Les patients sont rassurés par les soignants, parfois mis sous tranquillisant et reçoivent des médicaments adaptés à leur état cardio-vasculaire : un inhibiteur de l'enzyme de conversion, un bétabloquant pour prévenir les troubles du rythme, un médicament pour diminuer les risques de thrombose ou d'embolie.

Après quelques jours, voire quelques mois, le syndrome des coeurs brisés restera simplement un mauvais souvenir. Comme dans les chagrins d'amour finalement...

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