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Guerre 14-18 : la sculpture au service des gueules cassées

Durant la Grande Guerre, Jane Poupelet, une sculptrice française, a redonné un espoir aux soldats défigurés en créant des masques adaptés.

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Réparer les gueules cassées : tout un art

Sculptrice française renommée du début du XXe siècle, la Grande Guerre aura sur la carrière de Jane Poupelet un retentissement inattendu. L'artiste va en effet mettre son art au service des mutilés de la face. 

Une carrière bouleversée par la guerre

1874, au château de La Gauterie en Dordogne, Jane Poupelet voit le jour dans une famille bourgeoise. Elle suit une éducation classique mais très vite, son caractère entêté ressort, elle sera sculptrice, peu importe que ce soit une profession réservée aux hommes.

Animaux, corps humains... elle sculpte et dessine les êtres vivants. Parfois décrite comme réservée et timide, ses traits de caractère n'empêchent pourtant pas la jeune femme d'avoir des opinions. Jane Poupelet est une femme engagée. D'abord sous un pseudonyme masculin, puis sous son vrai nom, Jane Poupelet connaît la gloire au début du XXe siècle. Mais un événement mondial vient bouleverser sa carrière.

La Grande Guerre éclate et avec elle, de nouvelles blessures inconnues jusqu'alors apparaissent. C'est le cas notamment des blessures de la tête et de la face qui se multiplient en raison de la guerre des tranchées et aux types d'armes employés (obus, shrapnel...). Les médecins prennent en charge un grand nombre de ces combattants défigurés. Des nouvelles techniques sont testées : "C'est les balbutiements de la chirurgie maxillo-faciale. Les chirurgiens vont apprendre sur le « tas » de leurs échecs et de leurs réussites", explique Eric Dussourt, membre de la Société française d'histoire de l'art dentaire.

Une artiste au service des Gueules Cassées

A Paris, fin 1917, une Américaine s'installe rue Notre-Dame- des-Champs. Anna Coleman Ladd est aussi sculptrice, elle ouvre le "Studio for Portrait Masks". Un atelier où l'on redonne un visage aux gueules cassées. Déjà impliquée dans l'effort de guerre, Jane Poupelet la rejoint quelques mois plus tard pour mettre ses talents de sculptrice au service de ces hommes mutilés.

"L'idée, c'est de faire un moulage à partir du visage existant blessé et de reconstruire les parties manquantes grâce au savoir-faire du sculpteur qui s'aide de photos prises avant la guerre ou qui interprète. Il connaît l'anatomie et donc à partir des parties existantes, il peut reconstituer les parties manquantes", raconte Anne Rivière-Petitot, historienne de l'art.

Le modèle en cire est plongé dans un bain de sulfate de cuivre. Grâce à un courant électrique, un mince dépôt de cuivre se forme à la surface du modèle et constitue le masque. Les sculpteurs adaptent ensuite la couleur au teint de la peau mais cette solution pour redonner un visage reste marginale. Les masques sont réputés lourds, désagréables à porter et les démarcations sont souvent très visibles. Mais pour certaines gueules cassées, c'est un élément capital pour retrouver une vie civile.

Jane Poupelet s'y investit de 1918 jusqu'à l'hiver 1920. Une parenthèse dans sa carrière qui marque son art. Après la guerre, Jane Poupelet se consacre presque exclusivement au dessin et à la sculpture animalière. Dès 1925, son état de santé se dégrade considérablement, elle décède de complications pulmonaires quelques années plus tard.

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