Plan cancer : ''Le cancer fait basculer dans la pauvreté''

Le président de la République, François Hollande, dévoile son nouveau Plan cancer qui porte sur la période 2014-2018, aujourd'hui, mardi 4 février. Les mesures semblent s'orienter vers la lutte contre les inégalités sociales et territoriales. Pour mieux comprendre les difficultés auxquelles doivent faire face les malades, Emmanuel Jammes, délégué à la mission Société et Politiques de santé, à La Ligue contre le cancer, a accepté de répondre à nos questions.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Plan cancer : ''Le cancer fait basculer dans la pauvreté''
  • A quels types d'inégalités les malades du cancer sont-ils exposés ?

Emmanuel Jammes : "Les inégalités face au cancer sont d’abord d'ordre socio-professionnel. Les populations ouvrières sont deux fois plus exposées que les cadres aux risques de cancer. Les classes sociales inférieures ont tendance à négliger leur bien-être. C’est dans cette tranche de la population que l’on retrouve le plus grand nombre de fumeurs ou encore d'obèses, des facteurs de risque importants.

"Or, on sait que 40% à 50% des cancers peuvent être évités si quelques recommandations sont respectées, notamment concernant la consommation du tabac et en adoptant une alimentation équilibrée.

"Aujourd'hui, le cancer est un véritable fléau. Chaque jour, 1.000 cas de cancers sont diagnostiqués, dont 600 en guérissent et 400 en meurent."

  • Pendant le cancer, les malades doivent-ils faire face à d'autres inégalités ?

Emmanuel Jammes : "Les inégalités sociales déterminent de prime abord les difficultés que les malades rencontreront par la suite. Lorsque le cancer s'installe, le traitement médical (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie) est pris en charge à 100% par l'Assurance maladie. Mais en raison de ces traitements lourds, les malades sont contraints d'arrêter de travailler. Ils perdent alors leur revenu. La totalité pour les travailleurs indépendants. Quant aux salariés, ils peuvent bénéficier d'une indemnité journalière qui reste plafonnée. C'est alors que les malades se voient obligés de puiser dans leurs économies pour survivre.

"De la même manière, les inégalités territoriales subsistent. Lorsque les malades vivent dans une zone rurale éloignée d'un centre de cancérologie, ils sont en proie à l'isolement. Ces centres sont limités. Leur nombre est inférieur à celui des hôpitaux sur le territoire français. Pour pouvoir rejoindre ces centres, les malades doivent solliciter des amis ou un membre de la famille pour l'accompagner. Le cancer a également un impact sur les proches du malade."

  • Et après le cancer ?

Emmanuel Jammes : "Si nous prenons l'exemple d'une femme qui a subit une ablation du sein à la suite d'un cancer du sein et qu'elle veut faire une reconstruction mammaire. Elle devra supporter les dépassements d’honoraires imposés par les médecins. Là, encore les inégalités sociales ont un fort impact. Les femmes les plus modestes ne pourront pas y avoir recours.

"Sur le plan professionnel, les personnes ayant eu un cancer souffrent d'une image sociale dégradée. Elles souffrent des stigmates du cancer au moment de la reprise du travail. La maladie remet en question les compétences du salarié auprès de l'employeur. Parfois, cela peut aller jusqu'au licenciement pour inaptitude. Les entreprises ne sont pas en faute, elles doivent de leur côté tenir leurs engagements en matière de rentabilité.

"Les stigmates du cancer poursuivent également les malades dans leur vie privée. Il est quasiment impossible pour eux de contracter un prêt ou d'obtenir des assurances complémentaires associées à ce prêt, si la personne a un projet d'achat immobilier par exemple. Ou bien, elles doivent se soumettre à des taux d'intérêts exorbitants pour assurer leur prêt. Les malades doivent payer pour guérir les stigmates.

"Le cancer est une maladie qui fait basculer dans la pauvreté. De nombreux malades ont recours à l'aide solidaire proposée par La Ligue contre le cancer pour se nourrir ou encore s’habiller."

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