Les joyeuses chroniques d'une chambre d'hôpital

Les joyeuses chroniques d'une chambre d'hôpital

Les lecteurs de L'Express ont fait leur choix : leur roman, "Bon rétablissement", élu coup de coeur 2012, raconte le quotidien d'un vieux monsieur mysanthrope, hospitalisé après une chute mystérieuse dans une rivière.

La rédaction d'AlloDocteurs
La rédaction d'AlloDocteurs
Rédigé le
Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger
Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger

"Bon rétablissement, quelle formule à la con !". Jean-Pierre est un vieil ours de 67 ans, "veuf, sans enfant ni chien", tel qu'il se décrit. Ce vieux bourru et solitaire, au détour d'un étrange accident, se retrouve immobilisé sur un lit d'hôpital. Sauvé in extremis par un jeune prostitué et brisé de toutes parts, il est hospitalisé plusieurs semaines. Dans cet univers qu'il découvre, il va se confronter au pire comme au meilleur. Sa dignité et son égocentrisme en prendront un coup.

L'auteure, Marie-Sabine Roger, a choisi une plume digne des Tontons flingueurs, ponctuant son récit de tous les clichés que l'on connaît si on a été hospitalisé, ou que l'on imagine, pour décrire le quotidien des patients à l'hôpital. Pas toujours drôle, mais pas tragique pour autant. Son dernier roman, La Tête en friche, a connu un joli succès au cinéma, adapté par Jean Becker. Le cinéaste reprendra également Bon rétablissement.

En attendant la sortie du film, dont l'adaptation en est aux prémices, nous avons posé quelques questions à Marie-Sabine Roger :

  • Hier, vous avez reçu le Prix des lecteurs de L'Express, demain votre nouveau roman sera sur les écrans...

Marie-Sabine Roger : "Les prix des libraires font plaisir, mais le Prix des lecteurs est beaucoup plus rassurant, car ils ne cherchent pas à faire plaisir, ils sont honnêtes. Ils procèdent au coup de cœur. Maintenant, il va y avoir l'adaptation et j'en suis ravie. Jean Becker sera le maître d'oeuvre, on va travailler à deux sur les dialogues, ce que j'adore. Mais il va devoir trouver une voie pour l'adapter, car c'est un huit-clos."

  • Pourquoi avoir choisi l'hôpital comme unique lieu d'action dans ce roman ?

M.-S. R. : "J'aime parler des histoires de gens simples, des gens que je rencontre dans la rue. Je me suis aussi inspirée des nombreuses longues hopitalisations de mon père, quand il était en fin de vie. L'hôpital est un lieu unique, commun a nous tous. Rares sont les gens qui n'ont jamais été confrontés à l'hôpital, que ce soit en tant que visiteurs de proches hospitalisés ou comme patients. Et lors d'une hospitalisation, on est mis à la porte de soi-même. Les soignants n'ont pas beaucoup de temps à nous consacrer, il vont à l'essentiel. 

"A l'hôpital, on perd son humanité au profit de la pathologie. On devient une pathologie. On est confronté au jargon, à la promiscuité, à la chaleur, tout cela est brutal. On ne choisit plus rien : l'heure du lever, la façon de s'habiller, l'hygiène, les repas. Tout ce qui faisait notre vie en dehors est balayé et remplacé par un autre quotidien."

  • Vous n'y allez pas de main morte avec le personnel hospitalier et le quotidien qu'ils imposent aux patients !

M.-S. R. : "Attention, je ne voulais pas accabler l'hôpital, car il devient quasiment un personnage principal de mon livre d'ailleurs, mais plus j'avançais dans l'histoire de Jean-Pierre, plus j'avais de choses à dire. Ceux qui y passent du temps se reconstruisent une vie là-bas. Mais je ne voulais pas non plus tomber dans le pathos. J'ai donc choisi l'humour, car je trouve qu'on peut faire passer beaucoup de chose avec l'humour.

"Ces nouvelles vies, c'est justement ce qui arrive à Jean-pierre. Il est confronté au ballet incessant des kiné, des infirmières, des médecins et de leurs étudiants. Un ballet d'humanité dans un lieu unique, la chambre de cet ours qui va faire un retour sur lui-même et mettre à mal ses a priori. Il réalise des choses, se confronte à des réalités, comme ce jeune prostitué qui l'a sauvé et qui se révèle être un étudiant sans moyens. L'humour me permet de parler de ces faits de société durs, mais réels. Et à leur contact, Jean-Pierre va grandir."

  • Les personnes âgées vous touchent particulièrement ?

M.-S. R. : "C'est vrai que j'écris pas mal sur les personnes âgées. J'ai écrit un recueil de nouvelles qui se déroulait dans une maison de retraite. Il  y a eu La Tête en friche. Mais le personnage, Marguerite, est très différent de Jean-Pierre. En fait, je suis partagée entre les tout petits et les personnes âgées. Ce sont des âges où il y a des fragilités, qui m'intéressent. Mais il est plus rare qu'on s'attendrisse sur les personnes âgées. Et pourtant, comme le disent les Japonais, ce sont des trésors vivants, une somme de vécu et d'expériences. Dans cette société de jeunisme où il faut être beau et heureux, les troisième et quatrième âges ne doivent pas être oubliés."