IVG : un échec de plus

IVG : un échec de plus

Contrairement aux promesses faites, le gouvernement n'augmentera pas le forfait versé par la Sécurité sociale aux établissements pratiquant les avortements. Les associations de défense des droits de la femme demandent une suppression de cette notion de forfait, pour que cet acte soit facturé comme les autres.

Cécile Guéry-Riquier
Rédigé le

Drôle d'annonce du ministère de la Santé en cette journée de la femme. Contrairement à ce qu'avait promis Roselyne Bachelot en 2010, le forfait versé par la sécurité sociale aux établissements pratiquant des interruptions volontaires de grossesse (IVG) ne sera pas augmenté.

Pourtant il y a tout juste un an, Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, avait promis une "revalorisation moyenne de l'IVG de 50 %", pour pousser d'avantage les établissements à pratiquer cette intervention. Elle avait même chiffré cette hausse à 27 millions d’euros, et l’avait annoncé pour "les prochaines semaines".

L'IVG chirurgicale est une activité déficitaire pour les établissements de santé, conduisant certains à se désengager, et donc à réduire le nombre de prise en charge.

Aujourd'hui, un avortement coûte selon la méthode, médicamenteuse ou chirurgicale, entre 200 et 450 euros, remboursés à 70 ou 80 % par l'Assurance-maladie. Le reste à charge peut être remboursé par la mutuelle.

Faux argument

L'entourage de Nora Berra explique cette décision ainsi : "cette augmentation du forfait entraînerait de fait une augmentation du reste à charge pour les femmes".

Pour Marie-Laure Brival, gynécologue-obstétricienne et chef de service à la maternité des Lilas, c'est un faux argument. "L'IVG doit tout simplement sortir du remboursement au forfait et l'acte doit être facturé et remboursé comme tous les autres actes chirurgicaux. Ainsi il serait pris en charge à 100 %".

"Compte tenu de la budgétisation des hôpitaux, tant que l'IVG sera sous-remboursée, et qu'elle entraînera un déficit pour l'hôpital qui le pratique, les chefs de service seront tentés de réduire au fur et à mesure le nombre d'avortements chirurgicaux pratiqués", se désole Marie-Laure Brival.

Le prix de facturation de l'IVG est critiqué depuis longtemps par les associations de défense des droits de la femme. L'aspiration chirurgicale suite à une fausse couche, qui est le même geste chirurgical, avec moins de risques de complications, est remboursée trois fois plus, soit 900 euros contre 290 euros pour l'IVG.

La revalorisation de l'IVG n’est pas un nouveau combat. En 1975, lors de la légalisation de l'avortement, il était prévu que cet acte soit revalorisé tous les ans. La première revalorisation a eu lieu en 1991, et la seconde en 2004…

Alors que la candidate du Front national à l'élection présidentielle a annoncé son intention de supprimer le remboursement de l'IVG si elle était élue, le droit à l'avortement reste, presque 40 ans après sa légalisation, remis en question à chaque instant.

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