Une personne sur huit souffre d'isolement en France

Les résultats du rapport 2014 de la Fondation de France sur les solitudes montrent qu'en 2014, 5 millions de Français souffrent d'isolement social. Soit 1 million de plus qu'en 2010.

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Entretien avec le Dr Christophe Trivalle, gériatre

Pour la quatrième année consécutive, la Fondation de France publiait ce lundi 7 juillet 2014 un baromètre ayant pour objectif d'évaluer la situation des Français au regard de l'isolement relationnel. Les chiffres recueillis par l'association caritative montrent une situation qui se dégrade. Comparativement à 2010, la solitude semble en effet gagner du terrain et aujourd'hui un Français sur huit est seul contre un sur dix en 2010. Si le phénomène s'est surtout aggravé chez les plus âgés, il n'épargne désormais plus les jeunes.

Isolement pluriel

Sont considérés comme isolées les personnes qui n'ont pas ou peu de relations au sein de cinq réseaux distincts : réseau familial, professionnel, amical, affinitaire, et enfin de voisinage. Un Français sur huit ne bénéficie donc d'aucune de ces interactions sociales, l'étude ne prenant toutefois pas en compte les relations au sein des ménages (enfant et conjoints au domicile) ou informelles (commerçants, aide à domicile). Quand aux réseaux sociaux virtuels, non comptabilisés par la fondation dans son enquête, ils ne permettent pas selon elle une compensation au manque de liens sociaux car 80% des personnes en situation d'isolement ne les fréquentent pas.

De plus, un tiers des Français n'a accès qu'à un seul de ces cinq réseaux. Une situation d'exclusion potentielle qui touche plus particulièrement les inactifs, les bas revenus, et les moins de 40 ans et qui, sans que la personne en ait toujours conscience, la fragilise. Une séparation, un déménagement, une perte d'emploi, ou parfois même un simple différent, peuvent ainsi mettre en péril l'intégration de ces individus qui ne tient qu'à un lien.

Aucune tranche d'âge n'est épargnée

De toutes les générations, celle des plus de 75 ans est la plus concernée par la montée des solitudes, avec une personne sur quatre concernée. La perte d'autonomie et la maladie "jouent de manière très négative sur le maintien ou le développement de la vie sociale" selon le rapport. Mais, nouveauté dans ce baromètre annuel, l'isolement prend aujourd'hui un coup de jeune et la solitude s'installe chez les 18-29 ans, préservés jusque-là.

Chez les moins de 40 ans, la solitude a même doublé passant de 3 à 7% en quatre ans. Une forte augmentation que l'association impute en partie à la dégradation du climat social, le fait d'accéder ou non à l'emploi constituant l'une des variables les plus explicatives de l'isolement entre 30 et 60 ans. "La crise économique a creusé les écarts, augmentant les difficultés et le mal-être des personnes fragiles. De plus en plus d'hommes et de femmes sont touchés par l'aggravation de la pauvreté, le délitement du lien social et l'explosion du phénomène de solitude", explique Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France en introduction de son rapport.

Disparité géographique

Si la solitude n'a pas la même ampleur selon sur les classes d'âge, son impact varie également en fonction de cadre de vie. Ainsi l'étude rappelle que les citadins les plus âgés font les frais de "la solitude des grandes villes" et 33% des personnes âgées résidant dans une ville de plus de 100.000 habitants sont en situation d'isolement, contre 21% de celles résidant au sein d'une commune rurale. Les relations de voisinages sont notamment moins présentes en ville qu'à la campagne.

Enfin l'étude témoigne de "l'affaiblissement des grands réseaux de proximité" que sont la famille et les amis. Pour un quart des Français, les relations familiales se limitent de nos jours à quelques rencontres annuelles, et les relations amicales sont inexistantes.

Source : "La Fondation de France agit contre les solitudes", Fondation de France, juillet 2014.

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