Salles de shoot : le débat relancé

Après les déclarations de Jean-Marie Le Guen, député socialiste et adjoint au maire de Paris réclamant au gouvernement d'autoriser la création de salles d'injection, la polémique autour des "salles de shoot" est relancée. Si les partis de gauche y sont favorables, l'UMP se montre plus hostile.

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Salles de shoot : le débat relancé
Salles de shoot : le débat relancé
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Salles de shoot : bientôt des expérimentations ?

Reportage dans une salle de consommation de drogues en Suisse (diffusé en septembre 2010)

Le député socialiste et adjoint au maire de Paris en charge de la santé, Jean-Marie Le Guen, a lancé, mercredi 29 août 2012, un pavé dans la mare en demandant au gouvernement d'autoriser la création des salles d'injection de drogues pour faire face "à l'augmentation de la consommation d'héroïne à Paris".

Les salles de shoot permettent d'encadrer les toxicomanes et leur consommation.

Dans une interview accordée au quotidien Le Parisien du 29 août 2012, le député socialiste a évoqué une situation d'urgence. "La consommation d'héroïne augmente à Paris. Le nombre de seringues utilisées dans les distributeurs automatiques progresse de 7 % au premier semestre 2012 par rapport à la même époque en 2011 et les personnels des associations trouvent davantage de seringues dans les rues", a-t-il déclaré avant d'ajouter : "C'est préoccupant. Il faudrait autoriser, comme cela se fait à l'étranger, des salles de consommation de drogue mais de façon très encadrée." Le député, également médecin, s'est d'ailleurs dit "prêt à monter très rapidement une ou plusieurs de ces salles à Paris" avant de préciser : "Evidemment, l'Etat ne doit pas fournir la drogue, le deal doit être interdit".

Un clivage droite-gauche

Après les déclarations du député socialiste, l'opposition n'a pas tardé à réagir en réaffirmant son hostilité à l'ouverture de salles de shoot. Par la voix de Camille Bedin, secrétaire nationale de l'UMP à l'égalité des chances, le principal parti d'opposition qui souhaite prôner davantage la prévention de la toxicomanie, s'est indigné de la proposition de Jean-Marie Le Guen : "Ouvrir des salles de consommation de drogues, ce n'est pas lutter contre le fléau de la drogue, c'est banaliser l'usage et c'est légaliser la consommation des drogues les plus dures et cela aux frais des contribuables." Pour les députés Jean-François Lamour et Philippe Goujon responsables parisiens de l'UMP, "la priorité nationale est de prévenir et réduire la consommation, non de l'encadrer." Pour rappel en 2010 Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, avait souhaité la mise en place d'une concertation sur le sujet. Quatorze députés UMP avaient vivement réagi en se prononçant contre.

Du côté du Front National, on juge cette idée "délirante". Florian Philippot, vice-président du parti, a appelé le gouvernement à rapidement oublier cette proposition jugée "irresponsable" car elle "constituerait une brèche dans le bannissement de la consommation de la drogue dans le pays."

À gauche en revanche les propos de Jean-Marie Le Guen ont plutôt été bien accueillis. Ce jeudi 30 août 2012, Jean-Vincent Placé, président du groupe Europe Écologie Les Verts, a tenu à féliciter le député socialiste en espérant des expérimentations rapides : "J'espère que le gouvernement permettra rapidement cette expérimentation à Paris et à Marseille" des salles de moindre risque", a-t-il déclaré avant d'ajouter : "C'est ça qui peut en réalité réduire la consommation."

Reste désormais à connaître la position du gouvernement et celle de François Hollande qui s'était montré plutôt favorable à ce genre d'expérimentation au cours de la campagne présidentielle.

Les associations parlent d'urgence sanitaire

Plusieurs associations, parmi lesquelles Médecins du monde, Act-up, AIDES, Sidaction et SOS, ont également rappelé les nécessités des salles d'injection de drogue, parlant même "d'urgence sanitaire". Depuis des années les associations souhaitent "l'ouverture de salles de consommation à moindre risque", pour aider les usagers de drogues les plus précaires, les plus exclus, "en leur permettant d'intégrer un parcours de soins et des dispositifs sociaux". Un intérêt validé scientifiquement par l'Inserm dans une expertise collective, qui s'est appuyée sur la littérature scientifique mondiale et les expériences des salles déjà existantes.

Suisse, Allemagne… des exemples à suivre ?

Les salles de shoot ont déjà fait leurs preuves dans plusieurs pays européens. La Suisse (l'un des premiers pays à avoir expérimenté les salles d'injection), l'Allemagne, le Luxembourg ou encore les Pays-Bas ont créé des centres d'accueil où les héroïnomanes peuvent consommer leurs propres produits dans de bonnes conditions d'hygiène et encadrés par un personnel de santé. Les toxicomanes y bénéficient de kits stériles à usage unique pour éviter la transmission de virus tels que le sida ou l'hépatite C. Depuis l'installation de ces structures d'accueil, aucune hausse de la toxicomanie n'a été constatée dans ces pays, et la consommation dans la rue a diminué.

La France va-t-elle finir par suivre l'exemple de ses voisins européens ? Affaire à suivre…

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