Psychiatrie : d’anciens patients pour épauler les nouveaux

Des hôpitaux d'Ile-de-France, de la région Paca et du Nord-Pas-de-Calais vont recruter à titre expérimental 30 anciens patients psychiatriques comme "médiateurs en santé mentale". Dès ce mois de janvier, ces derniers recevront une formation alternant cours théoriques et stages pratiques afin de devenir non pas des soignants mais des "facilitateurs de santé" pour les malades psychiatriques qui, eux, bénéficient encore de soins. Une initiative rejetée par certains soignants.

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Psychiatrie : d’anciens patients pour épauler les nouveaux
Psychiatrie : d’anciens patients pour épauler les nouveaux

Trois questions à Danielle Hengen, responsable du Collectif Psychiatrie à la Coordination Nationale Infirmière des Bouches-du-Rhône :

  • Pourquoi êtes-vous opposée à cette expérimentation ?

Danielle Hengen : "D’abord la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine de l'hôpital. Nous n'avons ni plateau technique, ni bloc opératoire. Notre seul matériel c'est le personnel humain, et pourtant nous manquons cruellement de personnel. Sans compter les suppressions de lits d'hôpital…

"Cette intrusion du patient médiateur nous paraît indécente pour les soignants. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'il est inutile de former du personnel et que des patients équilibrés pourraient soigner à notre place ? Sans compter qu'on nous dit qu'ils vont être payés, peut-être plus qu'une infirmière débutante. Cela nous paraît inacceptable."

  • Leur expertise d'ex-patients serait pourtant intéressante à utiliser ?

Danielle Hengen : "Je pense que les patients médiateurs seraient un bon dispositif à l'extérieur de l'hôpital. Cela existe sous la forme de groupes d'entraide, comme par exemple les Alcooliques anonymes. Mais à l'hôpital, ça pourrait induire un manque de distance entre les patients et ces patients médiateurs.

"Les traitements psychiatriques sont souvent lourds, et la maladie mentale s'assimile ensuite à une maladie chronique. Comment un médiateur, ancien patient, va t-il vivre le retour à l'hôpital ? Cela ne nous semble pas être la bonne solution."

  • Quelles solutions alternatives doivent être explorées selon vous ?

Danielle Hengen : "Plutôt une augmentation du numerus clausus dans les IFSI (écoles d’infirmières) ainsi que la mise en place d'une spécialité psychiatrie. Il faut également réintroduire l'internat en psychiatrie pour les médecins. Améliorer les conditions d'hébergement en services de soin, mais aussi dans les structures d'accueil extra-hospitalières. C'est là notamment où les patients médiateurs ont un rôle à jouer."