Naissance posthume : naître à tout prix ?

Au Texas, une jeune femme en état de mort cérébrale est gardée artificiellement en vie, contre la volonté de ses proches, parce que celle-ci est enceinte. Le Texas est l'un des 12 Etats ayant adopté une règlementation stricte obligeant le maintien des soins pour les personnes enceintes, "dans le coma ou en état végétatif".

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PHOTO : La famille Munoz, peu de temps avant le décès de Marlise. De gauche à droite : Erick, Mateo (aujourd'hui âgé de 15 mois) et Marlise. VIDEO : Peut-on donner la vie en état de mort ?

Le 26 novembre 2013, Marlise Munoz, une femme de 33 ans alors enceinte de 14 semaines, s'est effondrée chez elle, vraisemblablement victime d'une embolie pulmonaire.

Les situations de naissance posthume soulèvent de nombreuses questions éthiques, débattues par la communauté médicale depuis près de trente ans. Dans la plupart des cas, la décision du maintien des fonctions vitales de la mère en état de mort cérébrale est prise en concertation avec les familles, en considérant avant toute chose l'intérêt de l'enfant qui pourrait naître.

La jeune femme, hospitalisée au John Peter Smith (JPS) Hospital de Fort Worth, y avait été prononcée en état de mort cérébrale mais gardée artificiellement en vie car enceinte, comme le veut la loi du Texas.

"Notre hôpital se doit d'être une entreprise citoyenne tout en fournissant un soin de qualité à ses patients", a indiqué début janvier à l'AFP une porte-parole de l'établissement, Jill Labbe, qui parle d'état de santé "grave" de la jeune femme, sans plus de précisions. "Dans tous les cas, JPS appliquera la loi comme elle s'applique au Texas, qui dit qu'une femme enceinte ne peut pas se voir privée d'un traitement qui la maintient en vie", ajoute-t-elle dans un courrier.

La loi, initialement adoptée en 1989 et modifiée en 1999, stipule en réalité "que nul ne peut interrompre un 'traitement de survie' d'une patiente enceinte" dans le coma ou dans un état végétatif. Interrogés par l'agence Associated Press le 3 janvier 2014, deux des experts ayant participé à la rédaction de la loi ont en revanche souligné que le texte "ne couvrait pas le cas d'un patient en mort cérébrale".

La volonté des familles, l'intérêt de l'enfant

La presse américaine rapporte que les époux Erick et Marlise Munoz, tous deux secouristes, avaient fait savoir ne pas vouloir être l'objet d'acharnement thérapeutique.

Erick Munoz, interrogé par la télévision locale WFAA-ABC, s'inquiétait également de savoir quel serait l'état de l'enfant, ne sachant pas pendant combien de temps il avait été privé d'oxygène.

Pour Lynne Machado, la mère de la jeune femme, interrogée par le New York Times, il "ne s'agit pas d'une question d'être pour ou contre l'avortement mais de la volonté de notre fille qui n'est pas respectée par l'Etat du Texas".

Une pétition a été lancée le 8 janvier par l'organisation américaine pour le droit à l'avortement Naral pour que la jeune femme soit "débranchée" selon les vœux de sa famille.

Adressée au ministre de la Justice de l'Etat Greg Abbott, le document demande que ces "décisions difficiles et pénibles soient laissées à la famille" et apporte son "soutien à la décision de la famille de débrancher Marlise, comme elle-même le voulait".

L'affaire, complexe, pose aussi la question de l'interprétation de la loi, la jeune femme étant pour certains légalement morte et donc un "simple incubateur" sur qui la loi ne s'applique pas.

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