Morsures d'animaux domestiques : ne pas les prendre à la légère

Chiens, chats, furets... une morsure n'est jamais anodine. Une revue de 193 cas d'hospitalisation pour morsure de chat, publiée début février 2014 dans le Journal of Hand Surgery (JHS), nous donne l'occasion de revenir sur ces accidents fréquents…

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Morsures d'animaux domestiques : ne pas les prendre à la légère
Morsures d'animaux domestiques (cc-by-sa L.M. Bugallo Sánchez)

Quelle serait votre réaction si vous vous écorchiez avec un objet qui a baigné plusieurs heures dans une culture de bactéries, parmi lesquelles se trouveraient divers staphylocoques, quelques Pasteurella multocida ("choléra des poules") et autres Capnocytophaga ? Vous rinceriez bien sûr la blessure à l'eau claire, désinfecteriez, et envisageriez peut-être une visite rapide aux Urgences... et vous auriez raison. Pourquoi, alors, agir différemment lorsqu'un animal vous a mordu, même si c'est le vôtre ?

En cas de morsure, lavez abondamment la plaie à l'eau et au savon (le mieux étant d'utiliser du savon de Marseille) et consultez un service d'urgence (au besoin, appelez le 18 ou le 15), car toute morsure présente un risque d'infection, surtout si elle est profonde.

Les morsures représenteraient 1% des visites aux Urgences. Huit à neuf fois sur dix, la blessure a été infligée par un chien, et les dommages sont profonds. Mais ce n'est pas parce que la bête est de petite taille et la plaie en apparence peu profonde qu'il ne faut pas s'inquiéter.

Les bactéries précitées sont inoculées dans environ un tiers des cas de morsures animales(1), entraînant infections et formation d'abcès. A noter que si les bactéries à l'origine de l'infection proviennent le plus souvent de la bouche de l'animal, les auteurs d'une importante synthèse sur les morsures publiée en 2011 rappellent que les germes "peuvent aussi provenir de la peau de la victime ou l'environnement physique au moment de l'accident."

Chiens, chats et autres animaux de compagnie…

Les morsures du chien peuvent transmettre la virus de la rage ou le bacille du tétanos. Il est indispensable d'effectuer un examen médical pour vérifier qu'aucun de ces pathogènes n'ait été transmis.

La plupart du temps, ce sont les enfants qui se font mordre par des chiens, et le plus souvent au niveau de la tête, du cou ou des membres inférieurs. Les auteurs de l'article du JHS ont constaté qu'une majorité de morsures de chats sont infligées aux femmes adultes.

Ces dernières blessures (environ 10% des consultations aux Urgences pour morsure) ne sont pas anodines : environ 30% des consultations aux Urgences pour morsures de chat entraînent une hospitalisation, pour une durée moyenne de trois jours.

"Les chats ont des dents très pointues qui peuvent pénétrer profondément les tissus mous et inoculer des bactéries dans des espaces fermés, tels que des gaines tendineuses, les articulations et les os", rappellent les auteurs de l'article du JHS.

"La profondeur et la gravité d'une morsure de chat est difficile à déterminer [par le patient]", alertent ces médecins.

Comme l'expliquait le Dr Lejwi, médecin urgentiste, dans un reportage du Magazine de la Santé, il est impératif de vérifier que la morsure n'a pas touché la gaine d'un tendon. Si cette gaine est percée, l'infection bactérienne peut s'installer, et endommager ces tendons (ténosynovite). Une anesthésie locale doit être réalisée pour explorer la blessure, et nettoyer celle-ci en profondeur pour éviter tout risque de septicémie.

Il est important de signaler au médecin quel animal a provoqué la morsure. En effet, les "nouveaux animaux de compagnie" ont une flore buccale différente de celle des chats et des chiens. En février 2013, un cas d'infection par Mycobacterium chelonae (qui prolifère très rapidement dans l’organisme humain), consécutive à une morsure de furet, a été rapportée dans une revue médicale. Les cas de morsures par dragons de Komodo, iguanes, cochons d'Inde ou hamsters font également régulièrement l'objet d'articles d'infectiologie associés à des pathogènes inhabituels.

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(1) Dans les infections consécutives à une morsure de chat, la bactérie Pasteurella multocida est impliquée une fois sur deux. Le germe serait présent dans la cavité buccale "de 70% à 90% des chats en bonne santé", soulignent les auteurs de l'étude du JHS.

Source : Cat Bite Infections of the Hand: Assessment of Morbidity and Predictors of Severe Infection. N. Babovic et coll. JHS, fev. 2014. doi:10.1016/j.jhsa.2013.11.003
 

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