L'esprit agile des musiciens

Une formation musicale précoce apporte-t-elle des bénéfices intellectuels mesurables, hors des compétences purement artistiques ? En comparant deux petits groupes d'enfants et d'adultes de quotient intellectuel (QI) et de statut socio-économique équivalents, des chercheurs nord-américains ont identifié quelques fonctions cérébrales particulièrement agiles chez les musiciens...

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L'esprit agile des musiciens
Jouer d'un instrument pour assouplir son esprit ? (cc-by-sa Stilfehler)

Les études qui cherchent à établir un lien entre la pratique d'un instrument et les compétences intellectuelles sont souvent biaisées. En effet, les conditions socio-économiques nécessaires pour permettre à un enfant de prendre des cours de musique favorisent également de nombreux autres aspects de son éducation...

Par ailleurs, les aspects de "l'intelligence" mesurés par les tests, dans ces recherches, sont rarement bien définis.

Conscients de ce fait, des chercheurs de l'Hôpital pour enfants de Boston ont cherché à comparer deux groupes d'enfants et deux groupes d'adultes d'origines sociales identiques, et dont les scores aux tests de QI étaient globalement équivalents. Parmi les enfants, quinze jouaient assidûment d'un instrument depuis environ 5 ans, douze autres s'étant contentés des cours obligatoires dispensés dans leur école.

L'étude, dirigée par le professeur Nadine Gaab, s'est focalisée sur les différences éventuelles au niveau des fonctions exécutives. "Les fonctions exécutives sont les processus cognitifs qui nous permettent de traiter rapidement des informations, de réguler nos comportements, de faire les bons choix, de résoudre des problèmes, de planifier..." détaille la chercheuse dans un communiqué. Les performances aux tests qui mesurent les fonctions exécutives "constituent un prédicteur fort de la réussite scolaire des enfants, encore plus que leur QI", insiste-t-elle, justifiant l'orientation de ses travaux.

De meilleures performances à certains tests

Selon les résultats publiés le 17 Juin 2014 dans la revue PLoS ONE, les scores des musiciens aux tests évaluant certaines de ces fonctions exécutives seraient significativement supérieurs à celles des non-musiciens. Les tests montrent ainsi que les membres du premier groupe parviennent plus rapidement à connecter des points entre eux, ont un débit de parole spontané plus important lorsqu'ils doivent décrire une image, et ont une mémoire de travail (mémorisation à court terme) plus importante.

Des mesures réalisées à l'aide de l'imagerie à résonnance magnétique fonctionnelle ont confirmé que les zones du cerveau dévolues aux fonctions exécutives sont plus sollicitées, au cours des tests, chez les musiciens que chez les non-musiciens.

Si les auteurs considèrent que ces travaux "ont de fortes implications éducatives", "à l'heure où de nombreuses écoles réduisent la part consacrée à la musique dans leurs programmes", ils concèdent que rien, en réalité, ne démontre que la musique assouplit réellement l'esprit.

"Notre étude ne permet pas d'établir l'existence d'une causalité", écrivent-ils. Les enfants ayant, initialement, de meilleures fonctions exécutives pourraient en effet avoir de plus grandes facilités dans l'apprentissage de la musique. Celles-ci seraient alors la conséquence, et non plus la cause, des performances observées au cours de ces expériences...

Source : Behavioral and Neural Correlates of Executive Functioning in Musicians and Non-Musicians. N. Gaab et coll. Plos One, 17 juin 2014. doi:10.1371/journal.pone.0099868

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